E^ l'hoînineur du progrès
médecins, nous ne trouvions de consolation qu'en répandant nos larmes et qu'en faisant des vœux devant l'autel de Marie. Nous y laissâmes un peu de nos inquiétudes. Peut-être eussions-nous laissé tout si nous avions fait la roule à pied.
« Dans les pesants souvenirs de mon passé je ressens pourtant une joie profonde, me disait un homme revenu ibien tard , de bien loin : au milieu de tant de fautes, il y en a une, slupide et félonne que j'ai, grâce à Dieu, évitée. Je n'ai essayé d'ôter à personne la foi. Partout où je l'ai vue, je l'ai respectée. J'ai imposé silence à ma raison, à ma passion, à ma vanité même. Je trouvais que c'eût été une méchanceté tout à fait lâche de fermer dans le cœur d'une créature humaine la source de consolation qu'y ouvre la foi; cela m'eût paru plus bas qu'un ilarcin, plus vil que l'acte du jaloux qui va dans l'ombre ravager la propriété d'autrui. L'esprit fort qui travaille à détruire la foi de quelqu'un pour en tirer son profit ou son plaisir, je l'ai toujours placé au-dessous du malfaiteur qui donne un narcotique à celui qu'il veut voler. Et c'est le sentiment que m'inspirèrent, dès ma jeunesse, les écrivains, les poètes, les artistes, les orateurs qui se sont ménagé le succès en caressant la fibre de l'impiété. »
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PASTEURS riÉTISTES.
jE protestantisme aussi a sa vie et sa ferveur en Alsace, non comme doctrine, mais comme haine. Ces fabricants, qui de loin ne paraissent occupés que de leur négoce, nourrissent une passion anticatholique trèsactive, très-habile, très-persévéranle. Les femmes surtout s'y distinguent : elles sont dévotes. Redoutable chose qu une dévote protestante ! Soigneusement entretenu par les pasteurs, secondé par de grandes richesses, alimenté par d'anciennes fondations ravies à l'Église, ordinairement appuyé par l'autorité politique, ce zèle fait subir aux catholiques de nombreuses vexations. La foi des paysans n'en est que plus forte. Cette année, dans la paroisse où nous sommes, tous les catholiques sans exception ont fait leurs pâques. Ce n'est pas la seule que l'on puisse donner en exemple.
Exemple d'ailleurs inutile quant aux conversions. A part quelques âmes d'élite que le besoin de la vérité tourmente et qui se convertiraient, à ce qu'il semble, partout, le prolestant de bonne famille regarde d'un œil
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dédaigneux cette humble constance cîitholique. Blessieurs les ministres n'ont de ce côté nulle alarme; ils ne craignent pas que leurs ouailles fuient le bercail. S'ils perdent quelqu'un, c'est peu de chose; quelque honnête homme qui n'est pas dans les affaires , ni dans la politique, ni dans les fonctions; on n'y prend pas garde.
Les dames, ces mêmes dames si ardentes contre le catholicisme, sont moins sûres. Elles ont des accès d'enthousiasme qui dérangent la régularité de l'action pastorale et qui embarrassent sotivent les bonnes têtes du Consistoire. Il y eut un moment, au commencement de Pie IX, où les pasteurs durent avouer qu'un Pape petit cire chrétien^ et cette concession, faite de mauvaise grâce, ne contentait pas les mères de l'Église luthérienne: elles allaient jusqu'à prétendre que le Pape était plus chrétien que beaucoup de pasteurs! Une autre fois, elles se mettront à admirer une communauté religieuse, à aimer la sainte Vierge, à admirer la beauté du cuite catholique. Il y a un temple à Strasbourg oii ce mouvement a fait introduire le crucilix.
Pauvres âmes! lorsqu'on a surmonté le premier étonnement et le premier déplaisir, si vifs chez un catholique, de voir des femmes à ce point prévenues et irritées contre l'Église catholique , — l'Église qui honore la Vierge-Mère ! — on ne sourit plus, on ne se fâche plus : on s'afflige et l'on prie avec larmes. Plusieurs de ces femmes sont des modèles de vraie et solide vertu. Elles se croient protestantes, et elles ne peuvent l'être ; elles seraient catholiques s'il était possible de ne pas l'être
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publiquement. Elles ne comprennent rien aux subtilités illogiques de leurs docteurs : elles ne comprennent pas pourquoi elles n'invoquent pas les saints ; pourquoi elles ne prient pas la Vierge ; elles regardent d'un œil d'envie nos chapelets et nos images ; elles s'ennuient dans leurs temples glacés ; elles ne connaissent rien de si ridicule que mesdames les épousos de messieurs leurs pasteurs; et notre étonnement, quand on nous montre ces pastourelles, les humilie. Elles sentent que tout cela ost faux, est froid, est mort, qu'elles ne sont pas dans la paix et dans la vérité.
Elles le sentent et le font sentir! Les pasteurs piétistes en savent quelque chose. C'est à eux que s'adressent ordinairement ces âmes sincères, à qui Dieu manque, qui le cherchent, qui ne le trouvent pas : il faut leur donner l'Église romaine à haïr lorsqu'elles demandent Dieu à aimer ! Le sens chrétien l'emporte sur cette haine factice. Quoi qu'on leur dise des idolâtries de la moderne Babylone , quelque conte absurde qu'on leur fasse, incertaines, aveuglées, elles aperçoivent toujours dans cette Église calomniée des vertus supérieures, une splendeur de foi, une puissance d'amour que leur pauvre Eglise ne connaît point et ne procure point. De là des questions auxquelles les tristes pasteurs savent mal répondre et quelquefois, de leur part, des tentatives à la fois bien périlleuses et bien saugrenues.
On rapporte que l'un d'eux, il n'y a pas longtemps, imagina de confesser, sans doute pour voir s'il ne pourrait pas aussi donner l'absolution et produire de cette manière, au sein de son troupeau, des effets et des