‹ Ça et la (volume 3)Chapitre 51 sur 74 · EN I/IIO^^EUR DU PROGRÈS · texte numérisé non relu

EN I/IIO^^EUR DU PROGRÈS

Nous entrâmes. Quelle beauté ! quelle élégante et riche architecture ! Comment faisait-on ces magnifiques choses dans de si petits endroits? « Mais, nous dit-on, ce n'est pas ici un petit endroit. Vous êtes à Haguenau. — ■ Quoi ! Haguenau, la ville forte oi!i Ton gardait les insignes et les joyaux de TEmpire? Haguenau, que Barberousse agrandit, qui fut la résidence des Hohenstauffen ? Haguenau, oîi l'on négocia la délivrance de Richard Cœur-de-Lion, où il vint lui-même, prisonnier, pour répondre devant une asstmblée de princes aux griefs qu'on lui imputait ? Nous sommes dans cette ville célèbre ? — Précisément.

Hélas! grandeurs humaines! Haguenau avait un palais à cinq tours; dont la plus belle portail l'aigle impériale. Plus tard Mansfeld l'avait choisie pour être la capitale du petit royaume qu'il voulait se créer en Allemagne. Dans la guerre de Trente ans, c'était une des places importantes que se disputaient les Allemands, les Suédois et les Français. Ce fut là qu'en 166^ les dix villes d'Alsace prêtèrent serment à la France.

D'une si belle et si féconde histoire Haguenau n'a gardé que son église, et, si son église n'existait pas, peut-être que le souvenir même de tant de gloire serait perdu. C'est aujourd'hui une ville ouverte, une souspréfecture. [Un sous-préfet remplace Barberousse!

La dernière grande construction que vit élever Haguenau, devenue française, fut un collège de Jésuites. Cet établissement lui promettiait une sorte de splendeur littéraire et religieilse. De ville politique elle devenait ville d'études : c'était bien finir et se retirer honnêtement du

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monde. Mais le collège est présentement une casevne de cavalerie.

« Contemplant un jour ses ruines, Haguenau voulut' enfin rehausser par quelque ouvrage de marque son ' grade actuePde sous-préfecture. Elle s'est bâti un théâtre. L'édifice n'est pas beau, mais il a coûté trois cent mille francs. On y donne chaque année deux représentations, quelquefois trois. Cette somptuosité a aussitôt excité, à vingt lieues de Haguenau, l'émulation jalouse de Schlestadt, qui, sans perdre une heure, s'est mise en frais de plans et de devis. La maladie des pommes de terre, la misère, la république ont forcé Schlestadt d'ajourner son généreux dessein. Ce n'est qu'un délai. Schlestadt ne se laissera pas, sans doute, humilier par Haguenau; elle aura son théâtre, oii l'on jouera deux fois par an les chefs-d'œuvre de messieurs les Scribe, de messieurs les Cogniard et de messieurs les Dumas.

«, La devise Castigat ridendo mores est maintenant fanée ; elle ne répond plus aux prétentions du Théâtre. Le Théâtre serait bien fâché de corriger les mœurs ; il vise plus haut : il veut en fonder d'autres. Je propose aux municipalités de Haguenau et de Schlestadt quelque chose de fier. Qu'elles s'égalent tout d'un coup à leur métropole , l'ingénieuse Strasbourg ; qu'elles écrivent hardiment sur le fronton de leurs salles de spectacle • Et la lumière fut ! »

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