JUIFS. -— BEAU TRAIT D^INTOLÉRANCE
ANDis que nous parlions ainsi des docteurs, qui ruinent les sociétés, nous vîmes passer quelques membres de celte étrange société qui ne peut pas périr. Je crus n'avoir jamais vu de mines israélites plus impertinentes, ni de costume plus sale et plus délabré. J'en fis la remarque.
« C'est, me dit Cyprien, leur mine et leur habit du dimanche. Hier, jour de sabbat, ils se tenaient propres sur le seuil de leurs boutiques fermées. Dans nos pays, surtout dans nos bourgades, la haine entre juifs et chrétiens s'est conservée comme au moyen âge. Les juifs, seulement, ayant moins à craindre, sont plus impertinents qu'ils n'étaient alors ; et c'est surtout par imper-
300 EN l'honneur du progrès.
tinence et par défi qu*ils observent le sabbai et qu'ils profanentle dimanche avec ostentation.
a — Je pensais, dis-je, que cette hostilité avait disparu.
(( — Point du tout ; et elle a des causes. Les juifs, à peu près sans exception, font Tusure. Ils la font adroitement et cruellement. Ils s'y exercent dès l'enfance. Un père donne à son fils quelques pièces d'argent, ou plutôt le lui prête au taux le plus israélite ; mais le gars ne s'en inquiète point, et, tout en payant l'intérêt, il sait se réserver encore de beaux bénéfices. Cette petite usure sur des pièces de vingt sous et de dix sous s'élève à des taux fabuleux. Avec cinq francs, le juivron achète, revend, ne tarde pas à prêter lui-même plus qu'il n'a primitivement emprunté. Ceux qui voient ces enfants traîner leurs haillons dans les villages, demandent aux parents pourquoi ils ne les font pas travailler. « Mais ils travaillent, répondent ceux-ci ; ils font le commerce. »
« Un juif apprend qu'un paysan vient de perdre une vache. Il lui en amène une autre et l'ofTre à un prix assez raisonnable ; mais le paysan n'a pas de quoi payer. « Gela ne fait rien, dit le juif ; je n'ai pas besoin d'argent « en ce moment-ci, vous payerez plus tard. » Le paysan fait un billet ; le juif s'en va et ne parle plus de sa somme durant des années. Il semble avoir oublié qu'il est créancier. Tout à coup, au premier embarras qu'éprouve le débiteur, il se présente à lui et le presse. L'autre implore un répit : il ne l'obtient qu'à très-gros intérêt ; la dette grossit, et souvent tout ce que possède le pauvre homme finit par y passer. On m'a montré un jeune paysan qui avait ainsi payé de la totalité de son petit héritage une
EN l'honneur du PROGRÈS. 301
paire de boucles d'oreilles achetées par lui à crédit d'un maître juif plusieurs années avant sa majorité. Rien n'est invraisemblable en ce genre, et aucune leçon n'y fait. Les paysans sont perpétuellement dupes de ces vautours; ils ne peuvent se déshabituer d'avoir recours à leurs funestes services. Ils aiment mieux se mettre dans les griffes du juif, qui garde le secret, que d'emprunter endonnant hypothèque, ce qui est publier qu'ils sont endettés.
II faut avouer que l'habileté judaïque est incamparable, et que souvent aussi la bêtise de nos paysans passe toute limite. J'ai à acheter un cheval, un paysan en a un à vendre; nous nous connaissons tous deux, nous nous abouchons : rien n'est plus facile que de conclure le marché, n'est-ce pas ? et nous le conclurons s'il n'y a pas de juif dans le village; mais, s'il en existe un, il aura vent de la chose, et nous ne parviendrons pas à nous mettre d'accord sans que ce diable de juif, que nous détestons l'un et l'autre, se soit fourré entre nous et n'ait fait sa part à nos dépens. Je l'ai éprouvé dix fois, les paysans l'éprouvent dans toutes leurs transactions, De là leur haine contre les juifs. Aussi, toutes les fois qu'il arrive un mouvement politique un peu violent, dès que le frein de la police peut paraître un peu relâché, les paysans tombent d'abord sur les juifs. Dans nos campagnes c'est le premier résultat de toute révolution. Quels qu'en soient le caractère et la cause, le juif reçoit une forte raclée. Après cela il se relève et prospère, et n'en est que plus arrogant.
Du reste, sachons rendre justice aux petits d'IsraêU
302 EN l'honneur du progrès.
S'ils sont aussi âpres en affaires que les grands banquiers, ils ne sont pas incrédules comme eux. Ils pratiquent leur culte avec ferveur, et même, ainsi que je vous Tai dit, avec insolence. Le samedi on les voit étaler fastueusement leur oisiveté ; ils prennent leurs plus beaux habits, ils sont presque propres. Le dimanche, au contraire, ils semblent s'appliquer à se dégueniller et à se salir. On ne sait jamais jusqu'où peut aller | la saleté d'un juif. Ils accostent [le paysan au sortir de la messe et entament des affaires. Voilà pourquoi l'Église, qui aspire à la paix et à la concorde, est pourtant obligée, dans certains cantons, de faire aux paysans un devoir de conscience de ne point communiquer avec les juifs le dimanche. Il est à souhaiter que cette coutume s'établisse généralement, dussent quelques rabbins crier au fanatisme.
« — J'avoue, dis-je, que ces cris me toucheraient peu. Sans vouloir aucunement approuver les représailles dont les juifs ont été victimes dans le moyen âge, — cruautés contre lesquelles l'Église seule les a protégés, même en frappant d'excommunication les persécuteurs, — je tolère qu'on se tienne sur la réserve à leur égard, et je m'explique parfaitement l'aversion violente dont ces malheureux ont été Tobjel parmi les peuples chrétiens. Premièrement, leur coutume invétérée de tirer des écus de tout le monde n'est agréable à personne ; secondement, il faut reconnaître que toujours et partout, depuis la pâque déicide de Jérusalem, le juif s'est montré l'ennemi le plus endiablé du chrétien. L'histoire est pleine de leurs trahisons. Quand ils ont trouvé l'occasion de livrer une ville catholique à un assiégeant infidèle, jamais ils ne l'ont man-
EN l'honneur du PROGRÈS. 303
quée. Ils ont été les alliés du païen, du Turc, de l'hérétique, ils sont les alliés du socialiste. Je ne leur en fais nul reproche, d'une certaine manière, puisqu'ils n'ont pas de patrie. Mais le peuple livré par eux n'est pas tenu d'entrer darts cette considération-là. De tels faits, assez multipliés dans les premiers siècles, s'ajoutant à l'impression générale qui résultait de la connaissance si répandue de l'histoire évangélique et aux sentiments que faisait naître leur fidèle rapacité, ont dû former contre eux. un préjugé fort éloigné de la tendresse. Je m'étonne que l'Église ait pu les sauver, lorsque le monde entier était chrétien et qu'ils faisaient seuls la banque. Cela prouve que l'Église était bien vigilante et le monde chrétien bien patient, malgré de terribles échappées de colère. On ne veut voir dans ces temps-là que la violence qui opprimait les juifs ; j'y vois la charité qui les tolérait, qui les protégeait. Ils sont bien ingrats, ces juifs d'aujourd'hui, qui attaquent l'Église, et bien imprudents, ceux qui, dans certains pays, comme en Allemagne, se font les principaux moteurs et boute-feux de l'hérésie socialiste ! ,La foi chrétienne est encore leur meilleure sauvegarde. Si les peuples brisaient ce frein, comme la haine contre les juifs survivrait, les maisons de banque d'Israël, depuis les plus hautes jusqu'aux plus infîmes, seraient mises sous un pressoir qui leur ferait rendre plus même qu'elles n'ont pris. On se soucierait bien des services qu'ils auraient rendus à la grande cause de l'impiété publique !
« Certes, je ne demande point qu'on les envoie à Jérusalem ; je ne demande point qu'on les persécute, ni
304 EN l'honneur du progrés.
qu'on les dépouille ! Qu'ils gardent tout ce qu'ils ont acquis, même au delà du dix pour cent, et même au delà du trente ! Je ne demande pas non plus qu'on leur ôte la liberté et l'égalité civile. Mais ce que je trouverais fort bon, à tous les points de vue, ce serait qu'on prît l'habitude de les fréquenter peu et de conclure avec eux peu d'affaires; et, s'il y avait quelque part en Alsace un village dont les habitants ne voulussent avoir aucune relation, sauf celles de la charité, avec leurs concitoyens juifs, j'aurais bonne opinion de ce village-là.
« — Allez donc à..;, reprit Cyprien en souriant. Il n'y a pas longtemps, les habitants apprirent qu'un juif venait s'établir dans cette commune, où' il n'en existait point. Il avait déjà loué une maison et se proposait d'ouvrir un cabaret. Ses meubles étaient arrivés. Alors les bonnes tètes s'assemblent et tiennent conseil, a Un « cabaret de plus, nous n'en avons pas besoin ; un juif, « c'est l'usure... Ma foi, nous ne le recevrons pas. »
« Ilvint pourtant. On alla le trouver.
« — Écoutez, lui dit-on, vous ne ferez pas fortune ici. a Nous ne voulons point de vous, nous n'irons pas boire « chez vous, nous ne ferons point d'affaires avec vous, « ou elles ne seront point bonnes pour vous. Faites-nous « plaisir, allez-vous-en. »
« Il répondit fièrement qu'il ne s'en irait point, et qu'il voulait voir si l'on tiendrait ces belles résolutions de ne point boire son vin et de ne point emprunter son argent.
c — Mais, ajouta-t-on, c'est que nous sommes bien « décidés.. Vous^ ne pouvez pas vivre au milieu d'un pays
EN l'honneur du PROGRÉS. SOS
« qui ne veut point vous voir; vous aurez des désagré- « ments. Nous vous disons cela de bonne amitié, o
a II alla trouver le maire et lui demanda sa protection.
« — Ma protection, lui dit le maire, vous êtes citoyen « français, je vous la dois, vous l'avez. Mais que voulez- (( vous que je fasse? Je ne puis pas forcer mes adminis- « très d'aller boire chez vous, ni de traiter avec vous ; < je ne puis pas empêcher les enfants de vous huer « dans les rues, ni de jeter des pierres dans vos vitres « à nuit close, ni de tendre des ficelles dans votre ched min. Ils auront bien tort, ceux qui feront cela. Si je a les découvre, je leur tirerai les oreilles... Cependant, (( si je ne les découvre pas ? Je ne puis vous promettre « qu'une chose, c'est de vous déclarer procès-verbal « quand vous enfreindrez les règlements ; ils sont très- « sévères ici. Au fond, voyez-vous, je vous dois protec- « tion; mais je suis de l'avis des autres, — et je vous « conseille de vous en aller. »
« Pendant qu'il parlementait ainsi, le juif aperçut des paysans qui portaient des fardeaux, et, en examinant davantage, il reconnut ses meubles. Il les .^uivit. On les déposait avec beaucoup de soin sur "une charrette tout attelée.
« Qu'est-ce que cela signifie? dit-il; où prélendez- « vous envoyer mes meubles ?
« — Mais, lui répondit-on, là où vous voudrez. Puisoc qu'il est entendu que vous partez, le plus tôt sera le « mieux, et nous avons fait le déménagement. Mainte- « nant, dites où vous voulez aller, et vos meubles y
306 EN l'honneur du progrès.
« seront transportés aux frais de la commune. Voyez « s'il n'y manque rien. »
« Le juif leva le pied; c'était ce qu'il avait de mieux à faire. Voilà, j'espère, un trait d'intolérance qui vous plaira.
a -s- Parfaitement, dis-je et il faudrait aimer bien peu la liberté pour n'être pas charmé de la résolution de ces paysans; car, s'il y a une liberté précieuse au monde, c'est celle d'écarter la tentation de boire outre mesure et d'emprunter à vingt pour cent. La liberté du juif a été gênée, j'en conviens ; mais la liberté du juif aurait gêné celle des autres. Comment faire? Entre deux libertés qui se contredisent, s'il y en a une qui lèse en même temps la morale publique et les intérêts et les sentiments du plus grand nombre, celle-là peut s'appeler l'oppression. Quiconque possède quelque moyen de s'en défaire aurait grand tort de n'y pas mettre la main » •
DU TBEATEE.
ous aperçûmes une muraille en ruines ; ia voiture nous cahota durant quelques minutes sur un pavé négligé et s'arrêta devant la porte d'une vaste église gothique.
EN l'honneur ou PROGRÈS. 307
Nous entrâmes. Quelle beauté ! quelle élégante et riche architecture ! Comment faisait-on ces magnifiques choses dans de si petits endroits ? « Mais, nous dit-on, ce n'est pas ici un petit endroit. Vous êtes à Haguenau. — Quoi ! Haguenau, la ville forte où Ton gardait les insignes et les joyaux de l'Empire? Haguenau, que Barberousse agrandit, qui fut la résidence des Hohenstauffen ? Haguenau, où Ton négocia la délivrance de Richard Cœur-de-Lion , où il vint lui-même, prisonnier, pour répondre devant une assemblée de princes aux griefs qu'on lui imputait? Nous sommes dans cette ville célèbre ? — Précisément.
Hélas! grandeurs humaines I Haguenau avait un palais à cinq tours, dont la plus belle portait l'aigle impériale. Plus tard Mansfeld l'avait choisie pour être la capitale du petit royaume qu'il voulait se créer en Allemagne. Dans la guerre de Trente ans, c'était une des places importantes que se disputaient les Allemands, les Suédois et les Français. Ce fut là qu'en 1662 les dix villes d'Alsace prêtèrent serment à la France.
D'une si belle et si féconde histoire Haguenau n'a gardé que son église, et, si son église n'existait pas, peut-être que le souvenir même de tant de gloire serait perdu. C'est aujourd'hui une ville ouverte, une souspréfecture. Un sous-préfet remplace Barberousse !
La dernière grande construction que vit élever Haguenau, devenue française, fut un collège de Jésuites. Cet établissement lui promettait une sorte de splendeur littéraire et religieuse. De ville politique elle devenait ville d'études : c'était bien finir et se retirer honnêtement du
308 EN l'honneur du progrés.
monde. Mais le collège est présentement une caserne de cavalerie.
a Contemplant un jour ses ruines, Haguenau voulut enfin rehausser par quelque ouvrage de marque son grade actuel de sous-préfecture. Elle s'est bâti un théâtre. L'édifice n'est pas beau, mais il a coûté trois cent mille francs. On y donne chaque année deux représentations, quelquefois trois. Cette somptuosité a aussitôt excité, à vingt lieues de Haguenau, l'émulation jalouse de Schlestadt, qui, sans perdre une heure, s'est mise en frais de plans et de devis. La maladie des pommes de terre, la misère, la république ont forcé Schlestadt d'ajourner son généreux dessein. Ce n'est qu'un délai. Schlestadt ne se laissera pas, sans doute, humilier par Haguenau; elle aura son théâtre, où l'on jouera deux fois par an les chefs-d'œuvre de messieurs les Scribe, de messieurs les Cogniard et de messieurs les Dumas.
(( La devise Castigat ridendo mores est maintenant fanée ; elle ne répond plus aux prétentions du Théâtre. Le Théâtre serait bien fâché de corriger les mœurs ; il vise plus haut : il veut en fonder d'autres. Je propose aux municipalités de Haguenau et de Schlestadt quelque chose de fier. Qu'elles s'égalent tout d'un coup à leur métropole , l'ingénieuse Strasbourg ; qu'elles écrivent hardiment sur le fronton de leurs salles de spectacle ; Et la lumière fut ! »
EN l'honneur du PROGRÉS. 309