‹ Ça et la (volume 4)Chapitre 85 sur 98 · OBJECTIONS DU PUBLICISTE GIBOU · texte numérisé non relu

OBJECTIONS DU PUBLICISTE GIBOU

REMiÈRE OBJECTION. — Le publicistc Gibou, futur meriibre de l'Académie des sciences morales, se fait la part du lion. Quand d'autres se bornent à foudroyer les ordres religieux, lui, Gibou, sans dédaigner d'anéantir par-ci par-là quelque Capucin, quelque Jésuite, il se prend à l'Église in globo ; il s'en prend à Dieu même, lorsque Dieu se permet de faire un miracle. Le publiciste Gibou n'ignore pas que cet adversaire est fort, ou que tout au moins il a souvent l'opinion pour lui. Avant de l'attaquer, Gibou prend des précautions oratoires. Je ne

sais pas si vous penserez comme moi, mais les précautions oratoires de Gibou contre le bon Dieu me paraissent charmantes.' Écoutez :

« Le respect profond et sincère que nous portons à la « religion nous fera toujours distinguer soigneusement (( le dogme, la morale, le culte, l'histoire authentique du « Christianisme et les véritables droits du clergé, des « fausses doctrines, des pratiques superstitieuses, des « jongleries et des prétentions absurdes ou coupables « des spéculateurs en religion. »

Aimable homme ! TÉglise n'est-elle pas heureuse qu'on vienne ainsi l'aider à distinguer des choses qu'elle a le malheur de confondre souvent? Mais voyons le distinguo de M. Gibou :

« A Dieu ne plaise que nous voulions jamais déverser (k le mépris et le ridicule sur les miracles de l'Évangile « et sur les pieuses traditions que l'Église a consacrées; « mais, dans l intérêt même de la foi et des croyances a respectables^ nous croyons utile de livrer à la risée « publique les contes puérils qu'on s'efforce de nouveau « d'accréditer dans le peuple, et les tours d'adresse que « de hardis escamoteurs prétendent appeler au secours « de la prédication ou substituer à l'autorité du bon « exemple. »

En d'autres termes, M. Gibou reçoit les « faits accom- .plis ; » mais, pour l'amour de Dieu, qu'on n'y ajoute pas ! Restons-en à l'Église et à la tradition, c'est bien assez; la foi de M. Gibou n'en saurait porter davantage. S'ilavaitvécudu temps de saint Bernard, il aurait trouvé souverainement déplacé que saint Bernard rendit la

lumière aux aveugles, Touïe aux sourds, la paix aux possédés, le mouvement aux paralytiques, la vie aux morts. Dans Yintérêt de la religion il se serait empressé de livrer le tout à la risée publique ; et ainsi eût été empêchée la seconde croisade, principalement déterminée par ces tours d'adresse du moine de Glairvaux. À quoi tiennent les choses !

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