SECONDE OBJECTION
yuEsi Ton veut savoir pourquoi M. Gibou pourchasse ainsi les faits surnaturels, son motif est louable : les miracles Tempêchent de croire en Dieu, ce bon sire ! « Rien, dit-il, ne détruit plus efficacement chez les '« hommes sensés le désir de croire, que Tappareil ridi- « cule de la sorcellerie des thaumaturges modernes; rien n'est plus opposé à la vraie morale et à la piété « sincère, que les récits d'absurdes merveilles à Taide « desquelles on cherche à faire non des honnêtes gens^ a mais des sots ; non des chrétiens^ mais des dupes, » Voilà !
Je rends pleine justice aux sages et religieux senti*-
ments de M. Gibou ; mais qu'il consente à raisonner un
moment.
Il y a des miracles dans TÉvangile, et M.. Gibou, qui daigne les ratifier, reconnaîtra bien qu'ils y sont pour quelque chose. Sans s'exposer, il peut admettre que Dieu ne déroge pas aux lois de la nature sans avoir un but.
Quel a été ce but? Apparemment celui que l'Église et le bon sens nous révèlent : prouver par des faits merveilleux la divine mission du Sauveur, faciliter ainsi l'adhésion des peuples aux vérités qui allaient les régénérer.
>M. Gibou accepte-t-il cette explication? Allons plus loin.
La mission du Sauveur a été continuée par les Apôtres, et les Apôtres, à leur tour, ont fait des miracles assez notoires. M. Gibou mourrait plutôt que d'en douter ; car les Actes des Apôtres^ actes authentiques de ces miracles, font partie intégrante des pieuses traditions que VEglise a consacrées.
Poursuivons.
Les Apôtres sont l'Église, et l'Église continue depuis eux la mission qu'ils ont continuée depuis le divin Maître... Ici, nous le savons bien, quelques doutes arrêtent le penseur Gibou, mais c'est qu'il ne réfléchit pas. Du moment qu'il respecte profondément et sincèrement la religion, le chrétien Gibou ne peut manquer de concéder encore ce point ; car autrement rien ne pourrait lui paraître moins respectable que la religion, qui nous en fait un article de foi.
Or, si rÉglise, les Apôtres et le Sauveur ne font qu'un, si leur mission n'est pas terminée, si les mêmes incrédulités qui ont dressé le bois du Calvaire sont prêtes à le dresser encore ; si les mêmes passions émeuvent le cœur de Thomme, Tentraînent aux mêmes crimes, le retiennent dans le même aveuglement; si tant d'idolâtres et d'infidèles restent à baptiser sur la terre, si tant de baptisés restent à convertir..., pourquoi la miséricorde divine n'userait-elle plus des moyens qu'elle jugea nécessaires dès le commencement? Pourquoi ne ferai-telle pas des miracles spontanés ? pourquoi n'en accorderaitelle pas à nos prières ? Lorsqu'un prêtre, ou un simple fidèle, avec une foi pareille à celle de saint Pierre, prie Dieu de guérir un paralytique, pourquoi le paralytique, aussitôt guéri, ne se lèverait-il pas à la vue de tout un peuple naguère incrédule, que va convertir ce signe éclatant? Nous voudrions entendre là-dessus les objections du respectueux Gibou. Est-ce que Dieu ne serait pas aujourd'hui dans son droit aussi bien que du temps des Apôtres ? Et nous, serions-nous forcés de nier ce que nous aurions vu, parce qu'il plairait à un butor de crier qu'il ne le voit pas?