PAYSAGE ET CHANSONS
Dieu, qui nous montre ces âmes d'élite, nous les montre dans un cadre charmant. Je n'ai vu et je n'imagine rien de plus agréable, de plus facile, de plus varié que ce coin de l'Alsace, plein de bois et de pâturages, dans ce passage de septembre, où l'on a déjà les brumes de l'automne et où l'on jouit encore du soleil de l'été. De jolies routes percent les forêts sombres, serpentent dans les prés verts.
LA ME DK CHATEAl. 181
ij I côtoient les villages entourés de champs et ombragés ^r: d'arbres à fruits; d'élégants clochers s'élèvent de ,r^ ces masses et de ces tapis de verdure. Tout est frais, ij, propre, bien tenu. Les paysans chargent leurs chau riots attelés de chevaux agiles ou de bœufs de haute f taille, et Von s'étonne presque de ne pas voir ces gi'oupes champêtres déposer leurs outils et se mettre i. à danser, tant le spectacle a l'air parfois d'une décol ration de théâtre, arrangée pour l'agrément des . yeux. Mais à l'Opéra, quels retours fait le cœur! Ici , tout est content, le cœur comme les yeux. C'est la vraie nature, le saint travail, l'air pur du ciel, la bonne musique du vent, le salubre parfum des prairies et des bois. Les chariots de foin sont couronnés de faneuses au frais visage, robustes fleurs sur ces herbes odorantes; elles tiennent à la main leur râteau, sourient d'un air honnête et nous disent en passant : Loué soit Jésus-Christ; à quoi nous répondons : Éternellement * .
Nous roulons, bercés mollement parmi ces beaux paysages, suivant mille pensées sans nous arrêter à aucune. « C'est, dit Sylvain , laisser brouter la bête. » Dans ces repos qu'elle reçoit des bénignes et saines influences de la nature, l'âme est comme un berger qui regarde paître nonchalamment son troupeau.
Nous passons vite, nous passons contents. C'est ainsi qu'il faudrait savoir vivre , nous attachant aussi
< Gelobet sey Jésus Ghristus. -^ In Ewigkeit (Formule du salut populaire en Alsace).
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1W LA VIRDE OHATRAU.
peu à la vie et aux choaes de la vie que le voyageur au chemin qu'il fait, passant comme il passe , Tes* prit et le cœur vers son but, sans laisser même un regret au paysage qui i'a charmé, sans le regarder seulemmt aussi longtemps qu'il peut le voir. Et loué soit Jésus-Christ, et amen!
'^ Je veux chantet, s'écria Thérèse. Écoutei ceci. Les paroles sont d'un bon auteur. Quant à la mu^ stque, je la fkis pour vous.
D'une voix douce, sur une mélodie simple et lente qu'accompagnait la brise, elle chanta ce psaume de Daniel et de Pierre Corneille :
Outrages du Très-Haut , effets de sa parole ,
fiénisaei le Seigneur; El jusqu'au bout des temps , de l'un à l'autre pôle ,
Exaltez sa grandeur 1
Anges , qui le voyez dans sa splendeur entière ,
Bénissez le Seigneur; Cieux , qu'il a peints d'azur et revêt de lumière ,
Exattei sa grandeur!
Eaux , Bat le firmament par sa main suipendues ,
Bénisaez le Seigneur; Vertui, par sa clémence en tous lieux répandues.
Exaltez sa grandeur!
Soleil qui fais le jour, lune qui gerces l'ombre ,
Bénissez le Seigneur ; Éloilea , par voa feux comme par votre nombre ,
Exaltez sa grandeur!
Brouillards , Meonde p\vtie , et vous , douce rosée .
Bénissez le Seigneur; Vents à qui notre terre est sans eesse etposée ,
Exaltez sa grandeur!
Ténèbres et clartés , dans vos constants partages ,
Bénissez le Seigneur; Armes de la colère , éclairs , foudres , orages ,
Exaltez sa grandeur!
, Monts sourcilleux et fiers, agréables collines,
Bénissez le Seigneur ; Doux présents de la terre , herbes , fruits et racines ,
Exaltez sa grandeur !
Délicieux ruisseaux , inépuisables sources ,
Bénissez le Seigneur ; Fleuves et vastes mers qui terminez leurs eourses ,
Exaltez sa grandeur I
Poissons qui sillonnez la campagne liquide ,
Èénissez le Seigneur; Hôtes ailés des airs , qui découpez leur vide ,
fixaltez sa Candeur f
Animaux , que son ordre a mis sous notre empire ,
Bénissez le Seigneur i Hommes, qu*il a fhits rois de tout ee qui respirt ,
Ëxaltev sa grandeur !
Prêtres , de ses bienfaits sacrés dépositaires ,
Bénissez le Seigneur, Partout prêchez sa loi , célébrez ses mystères ,
ExaTtcjt sa grandeur f
184 I A VIK DR CHATRAI.
Ame» juites, cspriU en qui la grâce abonde.
Bénissez le Seigneur ; Humbles si méconnus , si dédaignés du monde ,
Exaltez sa grandeur !