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LE GOUVERNEUR

IDE VINH-LUOISra

Nous avions rendu la citadelle de Vinh-Luong. Phan-Tan-Gian, gouverneur des provinces annamites, partait en ambassade pour Paris. Je fus chargé de complimenter son successeur, de lui faire des représentations sur les actes de piraterie dont le Cambodge était sans cesse le théâtre, afin de l'informer de notre résolution de poursuivre les malfaiteurs sur le territoire annamite.

Le père Le Goff m'accompagnait.

— Je ne sais, me dit-il, si le gouverneur pourra

nous recevoir; le choléra l'a frappé ces jours derniers, et Ton désespérait hier encore de le voir revenir à la santé.

Nous fîmes route pour la citadelle.

On nous introduisit dans un petit appartement formé par des tentures. Le gouverneur reposait sur son lit, à demi caché par des rideaux de soie.

Je me rappellerai longtemps cette figure osseuse et verte, ces yeux éteints, mais encore expressifs et pleins d'énergie et de volonté.

Le vieillard me tendit une petite main fine et aristocratique, froide comme un marbre.

Je lui exposai le sujet de ma visite.

Nos prétentions de poursuivre, à main armée, les pirates sur son territoire ne parurent point le choquer.

Nous causâmes ensuite de choses indifférentes.

— Les Français , me dit-il , sont grands dans Tart de la guerre; mais j'admire encore plus la prodigieuse étendue de leurs connaissances. Leur science en médecine, en mathématiques, en astronomie, est pour moi un sujet perpétuel d'étonnement... Le ciel vous a tout donné en partage : il ne vous manque qu'une littérature.

Je ne discutai point l'opinion du mandarin.

Pour que la discussion soit possible, il faut au moins un point de contact entre les parties adverses.

Sans doute, dans la pensée du gouverneur annamite, les caractères chinois sont tellement liés au style qu'il ne pouvait comprendre comment notre système d'écriture si simple peut se prêter aux caprices de l'art.

Cette opinion du mandarin me frappa.

Nous portons sur la Chine, j'en suis convaincu, bien des jugements tout aussi erronés.

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