LES TOUTES PETITES
(RONDE MÈLANCOLlnl'E)
Elles font, font, font, Les petites marionnettes.
Elles ont de cinq à six ans,
Pus davantage, Ne pensant qu'aux jeux innocents,
Gomme à cet âge; Mais le temps, qui tient dans sa main
Les destinées,
Leur trace le même chemin Qu'a leurs aînées.
Elles grandiront,
Les gentilles Petites filles, Elles grandiront Et tout comme les grandes feront.
A cinq ans, l'on chante, et l'on rit,
Tout vous amuse ; Rien ne trouble, rien n'assombrit,
On en abuse.
A seize ans encore, tout est
Chanson, folie, Mais un rien suffit pour qu'on ait
L'âme attendrie.
Elles grandiront, Les gentilles Petites filles, Elles grandiront Et comme les grandes rêveront.
Chez les petites, quand soudain
Le cœur palpite, C'est qu'elles ont, dans le jardin,
Couru trop vite.
Lorsque les cœurs sont palpitants
Plus tard, la cause N'est plus la même ; on a vingt ans,
C'est autre chose.
Elles grandiront, Les gentilles Petites filles, Elles grandiront Et comme les grandes aimeront.
Avec vos douleurs, vos regrets,
Vieilles années, Aux petites je vous voudrais
Voir épargnées !
Mais c'est un vœu qui n'est, hélas
Que rêverie, On n'est pas petit ici-bas Toute la vie !...
Elles grandiront, Les gentilles Petites iUles, Elles grandiront Et comme les grandes pleureront...
Ceux qui possèdent la richesse Disent et répètent sans cesse :
« La fortune ? Bah ! Vanité !
,) Le seul bonheur c'est la santé. »
Ceux qui se portent à merveille Vous disent tout bas, à l'oreille :
« La santé ? quelle non valeur !
o L'argent, voilàlé vrai bonheur. »
Ceux chez qui la richesse abonde, Qui se portent le mieux du monde, Disent, en se pressant le front :
« Le bonheur, hélas ! qu'est-ce donc?.». »