‹ Ça!...et le resteChapitre 42 sur 60 · CHANGEMENTS DE SAISONS · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS DE SAISONS

Troubles du cœur, vagues à l'âme, Rêves, projets, langueurs, frissons Naissent en nous, lorsque la femme Passe, aux changements de saisons.

Pour mieux nous griser la cervelle Dès que mai nous monte au eerveau, Klle-même se renouvelle.

A l'approche du renouveau.

Plus de toilette lourde et sombre, Souvenir des brumeux hivers, Les yeux ne veulent plus, comme ombre, Que l'ombre des grands chapeaux clairs.

La marche devient flânerie ; Le regard, à demi fermé, Répond bien à la rêverie Indécise qu'inspire mai.

A ce moment où dans notre être Un besoin d'aimer germe et poind, Il nous semble la reconnaître, Tant elle arrive juste ù point.

Moins légère est la libellule, Le papillon moins caressant Que ce petit chiffon de tulle Qui froufroute, en nous agaçant.

Elle passe, sourit, nous frôle, C'est imperceptible, et voilà Qu'elle nous prend et nous enjôle Rien qu'avec ce frôlement-hï!

Le printemps, comme un vieil avare, Pour lui peut garder fruits et ileurs, Des nouveautés qu'il nous prépare Elle nous offre les primeurs.

Oui, bien avant les fleurs écloses, Quand les champs sont nus et muets, Sa lèvre dit : « Prenez mes roses, »

Et ses yeux : « Voici des bluets.

» Ma joue est veloutée et fraîche, » N'est-ce pas un régal choisi, » Meilleur que la meilleure pêche?

» Vous ne croyez pas ? Goûtez- y !

» Viens! Ce qui trouble, charme, grise, » Emeut, j'ai tout ce que tu veux.

» Ne devines-tu pas la brise » Dans le parfum de mes cheveux ?

» Fauvettes, rossignols ou merles » Lanceront-ils, à travers bois, » Perles plus pures que les perles » Qu'égrènent mon rire et ma voix '■'

» Lorsqu'il s'entr'ouvre, mon corsage

» Te laisse-t-il à désirer

» Un plus séduisant paysage

» Où tu rêves de t'égarer? -•

» Choisis, prends à ta fantaisie, » Car je t'offre, à cœur que veux-tu, m Gaîté, fleurs, chansons, poésie » Et même, au besoin, ma vertu I

» Viens! Le printemps de la nature

)) Est en retard pour tes vingt ans,

» Ce n'est qu'un printemps d'aventure,

w Viens ! Viens I C'est moi le vrai printemps ! »

Mais voici l'hiver qui va naître.

Fin d'automne. Second tableau.

Et la femme de reparaître Nouvelle en un décor nouveau.

Plus de langueurs, de rêveries !

La bise nous fouette le sang, 11 faut changer ses batteries ; Il ne llâne plus le passant !

Alors la coquette fieffée Apporte à son ajustement Le soin que prendrait une fée Pour séduire un Prince Charmant.

Les étoffes à bigarrures Sont mises par elle à l'écart Et cèdent la place aux fourrures Qui réchauffent mieux le regard.

Le froid pique, il nous émoustille, Elle se met à l'unisson Et dans sa marche qui frétille Nous retrouvons notre frisson.

Juste à l'heure où le cœur réclame, Tout frileux, triste, comprimé, Ses grands yeux nous lancent leur flamme, Du fond d'un chapeau bien fermé.

Elle est deux fuis femme, elle esl chatte,

Nous fait des ronrons, i\cs mamours.

Sous le manteau montre une patte

— Gomme le manteau — de velours.

Elle nous frôle, se retire, Revient, d'un mouvement adroit, Refrôle, insiste et semble dire :

« Tu restes tout seul, par ce froid?

)) L'hiver s'avance, monotone,

» Sais-tu comme on l'évite? Eh ! bien,

» On se serre, on se pelotonne,

» Alors qu'est-ce que l'hiver? Rien.

)) Le tout est de savoir s'y prendre, » Et de s'y prendre à temps surtout.

» Pourquoi donc hésiter? Attendre? » Ne t'offrè-je rien à ton goût?

» Pour charmer les froides soirées » J'ai de merveilleux stimulants, » Des tendresses inespérées » Et de longs baisers bien brûlants.

» Je suis la causerie intime, » Du foyer grillon bien vivant ; » Ma présence égaie et ranime, » Lorsqu'au dehors souffle le vent.

» Peut-être as-tu l'âme encor tiède » De l'été qui vient de finir?

» S'il te hante, s'il te possède, » Je t'en rendrai le souvenir.

» Tu retrouveras, je le jure,

» Sa chaleur dans mes bras pressants

» Et dans l'or de ma chevelure

» Un reflet des soleils absents ! »

Et nous leur revenons, fidèles, A ces troubleuses de raisons!...

Peut-être guéririons-nous d'elles, Sans les changements de saisons

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