‹ Ça!...et le resteChapitre 52 sur 60 · LA DOUCHE · texte numérisé non relu

LA DOUCHE

Il existe des gens farouches Qui craignent l'eau comme le feu ; Eh I bien, moi, j'adore les douches Et franchement j'en fais l'aveu.

Oh! l'eau froide qui vous arrose !

Qu'on reçoit, en disant: « Mâtin 1...

Ça fortifie et ça repose ; J'en prends une chaque matin

Je loge au quatrième étage, — L'escalier finit au-dessus — Je possède, pour tout partage, Une seule pièce, pas plus;

Mais j'ai trouvé le joint pratique Pour me livrer tranquillement A mon goût hydrothérapique, Sans mouiller mon appartement;

Gomme, le matin, on ne monte Que rarement mon escalier, Ma foi, j'en profite et, sans honte, Je me douche sur le palier.

C'est qu'à Paris la vie est chère, On ne fait pas comme l'on veut Et ce qu'on a de mieux à faire C'est de faire comme l'on peut.

Seulement, la chose est bien claire, Je n'ai de ma combinaison Rien dit à mon propriétaire, Pas plus qu'aux gens de la maison.

Donc, un jour, selon ma coutume.

Me préparant à... ruisseler, J'avais endossé mon costume.

Endossé... façon de parler,

Mais c'est la mode consacrée Que l'on soit, pour entrer dans l'eau, Autrement vêtu qu'en soirée; Bref, j'avais ôté mon chapeau...

Mon gilet... ma cravate noire...

Mes gants même... Oh ! vous pouvez bien

Ecouter la fin de l'histoire,

Sans rougir... il ne reste rien.

Je n'avais pour costume, en somme, Qu'un complet de l'antiquité :

Celui d'Adam, avant la pomme, Ou celui de la Vérité.

C'était le mien, et c'est Le vitre, Pour vous doucher, matin ou soir ; Que celui qui se sert d'un autre Me jette h' premier peignoir!

Donc, ce jour, dans l'insouciance Du costume décrit plus haut, Je me douchais en conscience ; Il faisait chaud! Il faisait chaud!

J'avais ouvert porte et fenêtre, Afin, tout comme aux bains de mer, De m'offrir ce double bien-être :

Fraîcheur de l'eau, fraîcheur de l'air.

Grâce à ce moyen efficace, Bien rafraîchi, bien éventé, Je n'aurais pas changé ma place Contre celle d'un député.

Soudain je bondis hors de l'onde !

Un bruit de pas vient m 'effrayer.

Je regarde... Pristi ! du monde !

Deux dames montaient l'escalier!

Vite j'empoigne la bassine Où je trempais, fier comme un roi, Et;je m'élance, on le devine, Pour réintégrer mon chez moi.

Mais alors... (Que le diable emporte Le plus affreux des accidents !) Le courant d'air ferme ma porte, Et la clef était en dedans !...

Moi dehors ! !... Est-ce assez horrible? Moi, stupide, ayant simplement, Dans ma position terrible, Ma bassine pour vêtement!...

Certes, je suis très économe, De mes habits prenant grand soin, Mais mon économie, en somme, N'avait jamais été si loin.

Et tandis qu'avec amertume

Je me faisais de beaux discours

Sur l'utilité du costume,

Les deux dames montaient toujours !

Que faire en cet instant critique?

11 n'est qu'un moyeu de salut :

Poser pour l'Apollon antique, Avec ma bassine pour luth '

Oui, mais où?... Je vois la croisée...

Le plomb... je grimpe sur le plomb Et je prends une pose aisée,' Quoique pénible et mal d'aplomb.

Ah! c'est alors que, moins rebelle, J'aurais, avec félicité, Changé ma place contre celle Même d'un petit député.

Hélas! c'était impraticable, Les dames étaient devant moi !...

Plus froid qu'un marbre véritable, Ne respirant plus, restant coi,

Je me dis : « Gare les syncopes ! »

En ajoutant tout bas : « Pourvu » Qu'elles soient toutes deux myopes ! » Elles passent, sans m'avoir vu.

Et je rends grâce à la nature Qui ne leur avait pas fait don D'assez d'instinct de la sculpture Pour pressentir un Apollon!

A centrer chez moi je m'apprête, En défonçant tout, s'il le faut...

Lorsque que je reçois sur la tête Une douche, venant d'en. haut.

C'était le voisin du cinquième

Qui jetait de l'eau sur le plomb.

Malgré moi, sans réfléchir même,

Je pousse un : « Ah ! » court, mais trop long.

Les dames se sont arrêtées Et, n'osant fuir ni s'approcher, Restent d'abord épouvantées, En voyant Apollon bouger!...

Puis, scène affreuse de famille

Où je dislingue seulement

Deux cris : « Maman! » —C'était la fille —

» Ma fille! » — C'était la maman. —

Les voisins, à ce beau tapage, Sortent en foule incontinent, Et j'ai bientôt un entoura-'' Nombreux, choisi, mais très gênant,

Ne voulant pas pour l'assistance Être un plus long épouvantail, Je me fais, pour la circonstance, De ma bassine un éventail.

Ce fut le bouquet de la fête 1

La bassine était pleine d'eau,

Je m'inonde, je perds la tête

Et dam... je lâche tout !... Tableau!

Qu'auriez-vous fait, vous, à ma place?

Moi, plus pâle qu'un condamné Qui se prépare au coup de grâce, Eh! bien... je me suis retourné!...

Que se passa-t-il? Je l'ignore.

Au mur je restais, obstiné, Et peut être y serais -je encore, Si l'on ne m'eût re-retourné.

C'était monsieur le commissaire Qui, gentiment, sans s'indigner, Venait me prier de lui faire Le plaisir de l'accompagner.

Avec un soin touchant et tendre, Il me conduisit au dépôt. — Seulement, vous devez comprendre Que j'avais au moins... mon chapeau.

DOUBLE BETISE

DOUBLE BETISE

On possède une maîtresse Que l'on aime plus que soi; On fait à l'enchanteresse Vingt serments, de bonne foi ;

De crainte qu'elle ne rompe On deviendrait criminel!..

Un beau soir elle vous trompe Et s'enfuit avec un tel.

On manque perdre la tête Après un semblable tour!...

La nature est ainsi faite Qu'on bénit encor l'amour 1

On rencontre sur sa route Un homme aimable, discret, Il vous écoute, on l'écoute, Vous lui plaisez, il vous plaît.

Il est bientôt votre intime, Votre conseil, votre appui; Si vous commettiez un crime, L'ami le prendrait sur lui.

Pouitant la nature humaine, Ingrate à faire pitié, Ingratement songe à peine A bénir celte amitié.

Voilà pourquoi le vrai sage, Qui ne fait rien à moitié, Saisit l'amour au passage Et reste avec l'amitié.

AGTEON

ACTEON

Diane, un jour, se baignait. — Les déesses Avaient aussi, dit-on, de ces faiblesses. — Or Actéon, un chasseur hasardeux, Lance à Diane un œil, et même deux.

Celle-ci, sans rajuster sa toilette, Sort de l'onde et, prenant son arbalète, (Qu'on appelait, à cette époque, un arc) Vise Actéon qui fuyait par le parc Et, de deux traits lancés d'une main sûre, Lui fait au front une double blessur .

Et les deux traits, punisseurs de l'affront, Restant fixés, immuables, au front, Changent d'aspect, se tordent, s'amplifient Et comme bois enfin se ramifient.

Lors Actéon se dit : « Qu'est-ce que j'ai? » Il avait qu'il était en cerf changé.

Et voilà comme on peut avoir sur terre Des cornes, bien qu'étant célibataire.

PRIÈRE AU PRINTEMPS (souvenir d'un dur hiver)

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