‹ CabanisChapitre 2 sur 13 · ÉDITEUR · texte numérisé non relu

ÉDITEUR

l6S, boulevard Saint-Germain PARIS

SA VIE ET SES ÉCRITS »> La jeunesse

Cabanis (Pierre- Jean-Georges) naquit à Cosnac, près Brives (Corrèze), le 5 juin 1757. Son grand père, jurisconsulte, avait été longtemps juge dans un bailliage de la province. Son père, ancien avocat, s'était occupé d'agriculture avec succès. Il avait transformé un domaine stérile en une terre productive, publié un Traité de la Greffe (1765), travaillé avec Turgot à améliorer la condition du peuple, et à introduire dans le Limousin la culture de la pomme de terre. Le jeune Cabanis fut d'abord confié à deux prêtres, puis mis au collège à Brives, chez les Doctrinaires. Il eut comme maître le père Berrut, disciple de Condillac, qui appliquait la méthode analytique à l'étude du français, du latin et du grec pour en tirer les règles de la grammaire générale. Ce maître eut sur Cabanis une grande influence. Mais de caractère assez irritable, le jeune homme

(1) Nous adressons ici nos plus vifs remerciements à M. Alfred Dutens, arrière» petit- fils de Cabanis, et à M. Noé Legrand, bibliothécaire à l'Ecole de médecine, à l'obligeance desquels nous devons la plupart des illustrations de ce volume.

se fit renvoyer du collège en rhétorique. Son père le punit d'une façon originale, en le conduisant à Paris, et en l'y laissant seul poursuivre ses études. Le procédé ne réussit pas mal. Peu assidu aux leçons de ses professeurs de logique et de physique, le jeune homme lisait Locke, et reprenait en sous-œuvre toutes les différentes parties de son éducation première. Platon et Plutarque, Epictète et Locke, Charron et Montaigne, Cicéron et Tacite, Bourdaloue et Bosouet, Saint Augustin et Saint Jérôme, Buffon et Rousseau, Pascal et Montesquieu comme Voltaire lui donnaient le texte de ses lectures et le sujet de ses méditations. Il n'était pas moins attentif à étudier la forme que le fond. « C'est, écrivait-il à son père, un article que Messieurs les économistes ont trop négligé. Je puis vous assurer que s'ils avaient eu J.-J. Rousseau pour secrétaire leur système serait celui de toute l'Europe ».

En 1773, Cabanis partit en Pologne comme secrétaire du prince-évêque de Wilna ; il apprit l'allemand, professa les belles-lettres à l'Académie de Varsovie, mais il eut aussi des déceptions ; il revint en France « avec un mépris précoce des hommes et une mélancolie sombre que sa bonté naturelle avait psine à maîtriser >>. Turgot était ministre, Cabanis espérait entrer, grâce à son appui, dans l'administration, mais Turgot quitta le ministère avant d'avoir pu placer le fils de son ami.

Revenu à Paris, Cabanis entreprend une traduction en vers de V Iliade, se fait présenter par Turgot à Mme Helvétius qui lui offre l'hospitalité dans sa maison d'Auteuil, fréquente assidûment le monde des philosophes et des Encyclopédistes. Il se lie avec Condillac, avec d'Holbach, il voit fréquemment d'Alembert et Diderot, il a l'honneur d'être présenté à Voltaire et félicité par lui (1778). Mais c'est surtout avec Franklin et Condorcet que Cabanis entretient les relations les plus étroites. Il devait plus tard épouser la belle-sœur de ce dernier, Charlotte de Grouchy.

Cabanis était alors dans un mauvais état de santé. Il alla consulter Dubreuiî, qui lui conseilla de se livrer à une occupation régulière. Le malade se décida pour « la médecine, qui offrait une ample pâture à l'activité de son esprit, et dont les fonctions exigeaient un exercice continuel du corps, devenu pour lui le plus pressant besoin ». Il renonça complètement à la poésie et se lança avec ardeur dans ses

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nouvelles études. Sous la direction et avec la coopération de Dubreuil, il analyse, traduit ou commente Hippocrate et Galien. Il lit les médecins grecs. Enfin, après avoir prêté en vers le serment traditionnel, il se consacre à la composition de son ouvrage sur le Degré de Certitude de la médecine qu'il allait terminer à la veille de la Révolution, en

Qu'y a-t-il à retenir dans cette première période de la vie de notre auteur ? Tout d'abord, c'est la forte culture scientifique de Cabanis. Car ce philosophe, ne l'oublions pas, est un médecin qui a pratiqué la médecine, qui connaît les travaux de son temps, et dont la curiosité scientifique s'est éveillée dans la fréquentation des Encyclopédistes, de d'Alembert, de Diderot. Pourtant, et c'est le second point à noter, Cabanis n'est pas un pur savant. Il a commencé par s'occuper de littérature, il n'est venu qu'assez tard à la médecine, ses tendances personnelles et ses relations mondaines lui ont donné le sens et le goût de la forme élégante, apprêtée, recherchée même. Il ne fera jamais à proprement parler de travaux scientifiques personnels ; il se bornera à comprendre, à interpréter, et à systématiser la science de son temps : c'est un philosophe. Enfin nous pouvons même dès maintenant voir se dessiner quelques-uns des traits essentiels de sa philosophie. Il est, comme Condorcet, partisan de la doctrine du progrès ; le matérialisme de d'Holbach, les idées de Diderot ou de Buffon sur l'histoire naturelle influeront profondément sur l'auteur des Rapports du physique et du moral. Lettré, homme du monde, médecin amateur, — si l'on entend par là un amateur aussi érudit qu'intelligent, — tel est Cabanis à la veille de la Révolution.

Cabanis pendant la Révolution

Le premier ouvrage de longue haleine qu'ait entrepris Cabanis, le Degré de certitude de la médecine, était terminé le 10 décembre 1788. La Révolution lui en fit retarder l'impression, qui n'eut lieu que dix ans plus tard. C'est tout à fait par hasard, le lendemain de la prise de la Bastille, que Cabanis fit à Versailles la connaissance de Mirabeau avec qui il se lia aussitôt d'une vive amitié. C'est lui qui écrit pour le grand orateur les quatre discours sur

l'Instruction publique qu'on retrouvera plus tard dans les papiers de Mirabeau au lendemain de sa mort. Lorsque le tribun tombe malade, il ne veut pas appeler auprès de lui d'autre médecin, et c'est à ce propos qu'on accuse Cabanis d'avoir hâté sa mort par le poison. C'est cette accusation, qui semble du reste mal fondée, que réfute le Journal de la maladie et de la mort de Mirabeau, publiée, en avril 1791.

Avant de préparer son travail sur l'Instruction publique, Cabanis avait fait paraître des Observations sur les hôpitaux qui amenèrent sa nomination à la Commission des hôpitaux de Paris où il siégea en 1791, 1792 et 1793.

Il fait là une suite de rapports publiés en 1792 sous le titre : Essai sur les secours publics. Il défendait l'idée des secours à domicile, contre les projets des grands ateliers de travail.

Pendant la Terreur, Cabanis, qui avait refusé de fuir le danger en allant représenter la France aux Etats-Unis, demeura à Auteuil, où s'était aussi retiré D. de Tracy. « Il ne fut pas inquiété, dit Mignet, à cause du respect reconnaissant qu'il avait inspiré à tous dans le village dont il était le médecin et le bienfaiteur. » Pour distraire Mme Helvétius de ses dégoûts et de ses afflictions, il traduit des poésies allemandes, neuf morceaux de Meissner, la Stella de Gœthe, le Cimetière de Campagne de Gray, et la Mort d'Adonis de Bion qu'il publie en 1797.

Après la chute de Robespierre, Garât devint commissaire de l'instruction publique, avec Guinguené et Clément pour directeurs adjoints. Cabanis, ayant soumis à Garât quelques vues sur l'organisation de l'enseignement médical, fut encouragé par lui à les mettre en ordre. C'est de ce travail que sortit le Coup dyœil sur les Révolutions et la Réforme de la médecine, publié seulement en 1804. Cabanis avait conçu le projet de ramener à des éléments très simples toutes les parties de la médecine et d'indiquer pour chacune la méthode qui peut seule en diriger avec succès l'étude et l'enseignement. L'Introduction fut écrite pendant l'hiver de l'an III, il y exposait les différentes « révolutions » de la médecine et les principes généraux qui doivent présider à sa réforme. Cette partie de l'ouvrage était achevée en avril 1795.

Les occupations de Çabanis ne devaient pas lui permettre

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