PRODUCTION
La société est l'unique propriétaire, a Le territoire avec ses mines souterraines et ses constructions supérieures ne forme qu'un seul domaine, qui est le domaine social. Les biens meubles, avec tous les produits de la terre et de l'industrie ne forment qu'un seul Capital social {^\ »
Mais il ne sufïit pas de changer le sujet de la propriété. L'égalité des jouissances et des charges ne se conçoit pas en dehors d'une distribution par l'autorite publique. Dès* lors, il ne peut être question de l'exploitation d'une fraction du capital social par un particulier ou un groupe de particuliers à qui l'Etat la louerait. Cette location serait d'ailleurs contraire à l'unité dans la production, nécessaire pour amener l'abondance. La République exploite directement son capital, organise ses ouvriers, fait construire ses ateliers et ses magasins (2).
La production est réglée par le gouvernement. Des fonctionnaires spéciaux et permanents font dans chaque commuue, dans chaque province la statistique
(1) Voyage en Icarie, p. 35.
(2) Voyage en Icnrie, p. 36.
des besoins (i) et la Représentation nationale renseignée par eux détermine chaque année tous les objets qu'il est nécessaire de produire ou de fabriquer pour la nourriture, le vêtement (2), le logement et l'ameublement du peuple.
La liste des besoins étant établie, « la République demande à chaque Commune la production agricole et industrielle qui convient le mieux à la nature de son terrain et à sa situation. » Le commerce intérieur est remplacé par une distribution faite par la communauté « La République emporte de chaque Commune son superflu pour le distribuer à d'autres, et lui apporte ce qui lui manque en le prenant à toutes celles qui le produisent » (3).
Avant de passer à la répartition, nous indiquerons les conditions dans lesquelles s'accomplit le travail. Il n'est pas exécuté dans les maisons, mais dans de grands ateliers communs : chaque atelier doit avoir une spécialité, réunir tous les ouvriers du même genre, et produire chaque objet par masse énorme (*). Ainsi, une boulangerie de la République se compose de cinq ou six immenses bâtiments parallèles, l'un pour les farines, Tautre pour la pâte, un troisième pour les fours, un quatrième pour le
(i) Voyage en Icarie, p. 362.
(2) Voyage en Icarie, p. 100.
(3) Voyage en Icarie, p. 163
(4) Vogage en Icarie, p. 103.
combiislible, et le cinquième pour recevoir le pain, d'où les voitures le distribuent partout aux consommateurs.
Un canal apporte les farines et le combustible, que des machines transportent dans les magasins. De larges tuyaux versent la farine dans les pétrissoirs, tandis que d'autres tuyaux y versent Teau à volonté (*).
La Communauté fait construire ses ateliers, choisissant toujours les positions les plus convenables et les plans les plus parfaits, organisant des fabriques immenses, réunissant ensemble toutes celles dont la réunion peut être avantageuse, et ne reculant jamais devant aucune dépense indispensable pour obtenir un résultat utile (2). Le plan de chaque atelier a été arrêté dans un concours, après avoir Consulté tous les ouvriers de la profession, tous les savants et le Peuple entier.
« La durée du travail, qui d'abord était de dix à dix-huit heures et qui a été successivement diminuée, est aujourd'hui fixée à sept heures en été et six heures en hiver, de six ou sept heures du matin jusqu'à une heure après midi. On la diminuera encore, et tant qu'on pourra, si de nouvelles machines viennent à remplacer des ouvriers, ou si
(1) Voyage en Icarie, p. 48.
(2) Voyage en Icarie, p. 100.
— esta diminution dans les nécessités de la fabrication (celle des constructions, par exemple) vient à rendre inutile un grand nombre de travailleurs (>). »
La durée du travail atteindra vite son minimum, parce que si quelques industries diminuent, d'autres industries nouvelles les remplaceront, les Icariens ayant la volonté d'augmenter toujours leurs jouissances.
« L'année dernière, dit l'un d'eux à lord Carisdall, un meuble nouveau ayant été ajouté à tous nos meubles d'alors et cent mille ouvriers étant nécessaires pour procurer ce meuble à toutes les familles, on a pris ces cent mille ouvriers sur la masse du Peuple travailleur, et la durée du travail général a été augmenté de cinq minutes (^). »
(( Dans chaque famille, les femmes et les enfants exécutent ensemble tous les travaux domestiques, depuis cinq ou six heures du matin jusqu'à huit heures et demie ; et à neuf heures jusqu'à une heure elles se consacrent aux travaux de leur profession dans l'atelier (3). »
(( Dans chaque atelier, les règlements sont délibérés et les fonctionnaires sont élus par les ouvriers eux-mêmes, tandis que les lois communes à tous les
(1) Voyage en Icarie, p. 403.
(2; Voyage en Icarie, p. 103.
(3) Voyage en Icarie, p. 103.
ateliers sont faites par les élus du Peuple entier. Le citoyen n'a jamais qu'à exécuter que des règlements ou des lois qui sont son ouvrage, et par conséquent il les exécute sans hésitation et sans répugnance (M. »
(( Chaque année la République, qui par sa statistique connaît le nombre d'ouvriers nécessaires dans chaque profession, en publie la liste pour chaque commune, et invite les jeunes gens de dix- huit ans à choisir. En cas de concurrence les professions se distribuent dans un concours, d'après des examens, et d'après le jugement des concurrents eux-mêmes constitués en jury.
Jusque là le jeune homme a reçu une éducation industrielle élémentaire et générale : maintenant, à dix-huit ans, quand il a choisi sa profession, commence pour lui l'Education spéciale ou professionnelle à la fois théorique et pratique (2). »