ACTE QUATRIÈME
PIERRE
Dame! la vérité!
GRIGNEUX
C'est-à-dire que madame de Laversée avait raison, que j'ai menti, que sa mère... Jamais!... La mère a été une sainte, son père un misérable ; tous deux sont morts, je le lui ai dit, elle le croit, je l'espère, c'est mieux aussi : je veux que cela soit ainsi. Je veux que la mémoire de l'absente toujours chère, reste dans le souvenir de son enfant, comme j'ai voulu qu'elle restât dans le mien toujours pure. C'est le dernier sacrifice que je fais à la morte adorée et, qui sait?... elle le voit peut-être, et sa pauvre âme en est heureuse.
PIERRE
Je plains l'orpheline.
GRIGNEUX
Elle! Et de quoi donc? Quel père lui donnerais-je là? Georges Raymond, dit Grigneux, dit Verniseceltout, le rêveur sénile, le vieux rapin qui n'a pas su se faire un nom dans son art et ne s'est fait qu'un sobriquet dans son métier! Allons donc! Elle ne pourrait même pas m'estimer. Non ! cent fois non ! Je resterai pour elle un étranger qui la protégera, la défendra... Oh! cela de tout son cœur et de toutes ses forces, mais de loin et qu'elle ne connaîtra jamais ! Que voulez-vous, mon ami ? C'est ma destinée, je serai un père, comme j'ai été un artiste, chimérique et
ignoré (Apercevant Valentine qui paraît à la porte de droite.) C'cst cUc ! PIERRE.
Vous pâlissez !
GRIGNEUX, tristement.
Oui, c'est mon bonheur qui commence.