‹ Cabotins! Comédie en quatre actesChapitre 45 sur 151 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

par votre élection, celui des beaux-arts par la statue, et celui des travaux publics par la fontaine.

LAVERSÉE.

C'est égal, il m'aurait bien étonné, celui qui m'aurait dit, il y a un mois, que moi, le critique esthète et qui n'aspirais qu'à l'Institut, je devrais, pour y entrer, passer par la députation.Quel drôle de chemin vous me faites prendre là!

C'est le plus court ! Rappelez-vous notre entretien, ici même, il y a un mois, le jour de mon entrée en fonctions : « Monsieur de Laversée, vous ai-je dit, l'héritage d'un grand homme no confère pas seulement le droit de porter son nom, il impose le devoir de le grandir. Je vous y aiderai. Vous voulez vous présenter à l'Institut, c'est bien ! Mais votre grand travail sur Murillo, sa vie, son œuvre, est loin d'être terminé ; par vos ouvrages, vous n'êtes pas encore académisable. Il y a mieux à faire. Les élections ont lieu dans six mois, portez-vous candidat dans le pays de vôtre oncle, son nom est un peu oublié, remettons-le sur l'aûiche, publions les Mémoires de vôtre oncle, écrivons des articles sur vôtre oncle, ouvrons une souscription pour vôtre oncle, élevons une statue à vôtre oncle. Ceci fait, vous entrez d'emblée au Parlement. Une fois là, vous prenez la spécialité des Beaux-Arts. C'est facile. Dans le royaume des aveugles... Hum !... Et après quelques services rendus aux artistes, ils vous ouvrent toutes grandes les portes du palais Mazarin ! Est-ce exact ?

LAVERSÉE.

Oui, mais j'aurais mieux aimé!... enfin! Va-t-elle, au moins, cette souscription ?

PÉGOMAS.

Peuh ! nous avons donc les quinze mille francs des trois

ministres, d'une part... D'autre part, vous en avez donné dix mille sous divers pseudonymes : « la Tomate », cinq cents francs; un admirateur, dix francs; un vieil ami du poète, cent francs; le petit Emile, enfant de onze ans, qui déjà adore la poésie, cinquante centimes, etc.. tout cela ne tait que vingt-neuf raille, neuf cent quatre-vingt-dix-neuf francs, cinquante centimes.

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l'KGO.M AS.

Oui, mais il y a la tombola.

LAVERSÉE.

Encore une idée que je n'aurais pas eue...

PÉGOMAS.

C'était pourtant indiqué, vous connaissez tous les artistes. Et si simple! On vous donne les lots, vous les vendez... et l'argent vous reste... Comme c'est simple I Kl ils ont tous donné! Oh! nous aurons la somnn'... Ouaiit à la statue, le plâtre est fini !

Déjà

Le piédestal aussi, ce sera superbe! grand talent, ce Cardevent I mais vous verrez cela demain, chez lui, avec la Commission; parlons de votre candidature.

l.AVERSÉE.

Au lait, où en sommes-nitus ?

J'ai commencé ie Iruvail dans le Vur. File ne vous coûtera pas cher.

C'est déjà ça !

LAVERSEE.

PEGOMAS.

Seulement, il y a comme toujours d'innombrables demandes, bureaux de tabac, de poste, exemptions, dégrèvement, etc.. je promets tout en votre nom; une fois élu, vous vous arrangerez. Il y a aussi l'éternel embranchement du Rocas au Caligou. Je me suis fait autoriser à poser les jalons...

LAVERSÉE.

C'est bien connu.

Cela prend toujours. On pose les jalons avant l'élection, on les retire après et le tour est joué ! Ah ! autre chose, les dames du Caligou réclament une garnison, elles préféreraient l'infanterie de marine... Il faudra voir le ministre de la guerre.

LAVERSÉE.

Je ne le connais pas.

PÉGOMAS.

Je le connais, moi. Je les connais tous, maintenant. Ne vous en occupez pas. Finissez tranquillement Murillo, sa vie, son œuvre.

Vous êtes vraiment extraordinaire, mon cher Pégomas; non seulement vous avez inventé ma candidature, mais

VOUS ne nie laissez rien à faire. Ah ! Saint- Marin ne m'a pas trompé. Vous êtes mon collaborateur le plus précieux.

PÉGOMAS, à pan.

Et Saint-Marin, donc ! (Haut.) Maintenant, pour finir, passons aux Mémoires posthumes.

LAVERSKE.

Il faudra pourtant bien qu'un jour ou l'autre, je paie de ma personne, que je parle, surtout, ce qui m'embarrasse fort, je l'avoue.

PÉGOMAS.

Alors comme alors, nous n'en sommes pas là. Nous en sommes, comme j'avais l'honneur de vous le dire, aux Mémoires du grand homme. Le premier volume paraît demain. J'ai envoyé des extraits aux journaux avec une note; vous l'avez lue ?

LAVERSÉE.

Oui, c'est très bien !

PÉGOMAS.

J'ai beaucoup infléchi ces Mémoires dans le sens républicain, nécessairement. Du reste, c'était facile, votre oncle a fonctionné sous tant de régimes, je n'avais que l'embarras du choix.

LAVERSÉE.

Alors, ma candidature sera républicaine?

Cela VOUS contrarie ?

LAVERSÉE.

Oh ! je n'ai pas de préférence.

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