‹ Cache-cache; or La fiancée de Berlin, comédie-vaudeville en un acteChapitre 6 sur 28 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

LE BARON, seul.

Quelle fâcheuse aventure ! quel contre-temps fatal ! Tout le monde rassemblé pour ce mariage depuis trois jours , et le prétendu ne peut se montrer.... Profitons du moment où je suis seul pour faire prendre l'air à mon prisonnier. ( // va fermer la porte du salon, et s'approche du tableau; il pousse un bouton, et le tableau en s' ouvrant laisse voir une porte; le baron l'ouvre encore en pressant un second bouton, mais il place un crochet pour empêcher ces portes de se fermer. La seconde porte laisse apercevoir un lieu très-obscur, où Von distingue quelques coffresforts. Lindorf sort de cette cachette.) Sortez, colonel Lindorf , sortez , vous n'avez rien à craindre.

LINDORF

5avez~vous, mon cher baron, que vous avez là une excellente cachette?

LE BARON

Il est vrai quelle est impénétrable ! et malheur à l'imprudent qui se hasarderait à y entrer sans en connaître tout le secret j il s'y trouverait pris comme dans un trébuchet. Cette porte ne peut s'ouvrir de l'intérieur sans des précautions connues de moi seul, et comme il lui serait difficile de se faire entendre , celui qui oserait y pénétrer périrait infailliblement... Mon père fit construire cette retraite au temps de l'invasion -, et je dois m'estimer heureux Mais convenez , colonel , que vous êtes un grand étourdi : se battre en duel, la veille de son mariage, et se battre sans témoins encore.

LINDORF

Je n'ai fait que me défendre !.... J'arrivais hier à Berlin pour épouser votre nièce... Presqu'en descendant de voiture ,

je suis provoqué par le fils du comte de Butler il était

nuit 5 il arriv.it comme moi. Nous nous rendons dans une rue écartée, et à la lueur du réverbère — Il tombe: je crois l'avoir tué.... Je m'éloigne à la hâte$ Bitler n'était que blessé. Il a nommé son adversaire, et veut me faire passer pour l'agresseur.

LE BARON

C'est qu'il connaît toute la rigueur de nos lois sur ce point $ la situation où vous vous t.ouvez est très-délicate : la famille de votre adversaire est puissante j la blessure du jeune

homme est dangereuse, et, malgré tout mon crédit

Tous aviez d'ailleurs tenu , à votre régiment, certains propos contre le jeune Butler.

LINDORF

Moi, mon cher baron , jamais. Attendez en effet, je

me rappelle avoir dit à Rrcslaw, que si je le rencontrais jamais je lui couperais les oreilles. (Riant. ) Mais cela ne prouve rien, puisqu'il est blessé à l'épaule.

LE BARON

J'aime à voir que du moins votre malheur ne vous a rien fait perdre de votre gaîtj.

LINDORF

La gaité, mon cher baron , c'est la conscience!

Air ai Preville et Taconnet.

A la gaîté sans réserve on se livre, Lorsque le cœur ne Éena reproche rien.

Le doux plaisir aisément nous enivre, Et rien n'est gai comme l'homme de bien. Mais du méchant les goûts sont loin des nôtres : S'il est rêveur, ce n'est pas étonnant. Celui qui fait toujours pleurer les autres, Ne peut jamais rire bien franchement.

LE BARON

Je suis bien de votre avis.

LINDORF

Ce qui m'afflige , mou cher baron, c'est que le malheur qui m'arrive va retarder mon mariage avec votre «;imable nrece; encore si je pouvais 1» voir! D'après le portrait que vous m'en avez fait.... elle doit être charmante!., et quinze ans à peine.

LE BARON

Oui, c'est encore un enfant qui ne songe qu'à jouer, à foLâtrer; mais vous ne verrez Évelie qu'àla campagne où nous allons nous rendre tous. Votre mariage ne se fera même, mon cher Linclorf, que lorsque votre affaire sera entièrement arrangée.... La prudence l'exige.... J'y vais mettre tous mes soins. J'irai voir moi même la famille de votre adversaire , je tâcherai de parvenir jusqu'auprès du blessé , et j'espère que cela s'arrangera promptement.

LINDORF

N'oubliez pas ce que vous m'avez promis.

LE BARON

Puisque vous m'avez répondu de sa discrétion , vous verrez Yotre sœur avant de partir \ je lui ai fait dire de se rendra fecrètement à mon hôtel.

evelie, en dehors.

Mon oncle ! mon cher oncle !

LE BARON

C'est ma nièce , rentrez j je vais lui ouvrir pour ne point éveiller les soupçons.

LINDORF

Si je pouvais la voir sans être vu.

LE BARON

Rentrez , vous dis- je !

Air du Dîner à Pantin.

Ne faites point d'imprudence; Bientôt vous pourrez les voir, Car pour votre délivrance Il me reste beaucoup d'eàpoir.

LINDOBF.

On m'a dit qu'elle est si jolie !

Ne pas la voir est un tourment ; Déjà je l'aime à la folie.

LE BAROir, riant.

Pouvez- vous aimer autrement?

ENSEMBLE

Ne faites point d'imprudence , etc.

Ne faisons point d'imprudence , etc.

{Lindorf rentre dans la cachette; le baron referme le tableau.)

Page 1