SCÈNE IV
LE BARON , ÉVELIE , en fiancée.
LE BARON
Que veux-tu , ma chère Éveline ?
ÉVELIE.
Cher oncle, mes jeunes compagnes sont là... En attendant que m on prétendu arrive, voulez-vous nous permettre de jouer à nos jeux accoutumés ?
LE BARON
Est-ce que je m'oppos° jamais à vos plaisirs , mon enfant? toute la maison est à votre disposition. \A part.) Cette cachette est ignorée de tout le monde, je puis leur permettre sans danger l'entrée de ce salon.
ÉVELIE.
Croyez- vous que monsieur le colonel viendra aujourd'hui, cher oncle?
LE BARON
Je l'espère , mon enfant j son absence t'inquiète ?
évelie , avec indifférence.
Non , mon oncle.
LE BARON
Quelle indifférence ! tu sais pourtant que le colonel est un jeune homme charmant, un mili:aire distingué. Ce mariage doit te plaire , et tu dois éprouver quelque impatience de voir (on prétendu.
évelie.
Qu'il arrive , qu'il n'arrive pas , et la m'est bien égal , mon oncle ; vous désirez que je l'épouse , le bonheur de ma vie est de vous obéir. (Elle soupire.)
LE BARON
Tu soupires, Évelie; aurais- tu donc quelque peine secrète?
ÉVELIE.
Je l'ignore.
Air: Ce que f éprouve.
Cet hymen doit combler tos ycenx ; Mon seul bonheur est de vous plaire; Je dois obéir et me taire , Heureuse de vous rendre heureux.
Lorsque je pense à cette chaîne, Je ne sais quoi vient me saisir; Je ne puis bien le définir ...
Je crois éprouver de la peine, Mais peut-être est-ce du plaisir.
LE BARON, à part.
Son ingénuité doit me rassurer , et la délicatesse de Ver-
ner, d'ailleurs (Haut.) Va retrouver tes compagnes,
ma chère Évelie , et reprenez vos folâtres jeux ; je \ ais rendre une visite importante A mon retour nous partirons pour la campagne,
évelie.
Emmènerons nous votre secrétaire à la campagne, mon oncle ?
LE BARON
Mon secrétaire! Evelie, vous savez que ce n'est pas le titre qu'il faut donner à ce jeune homme 5 neveu d'un feld - maréchal tué dans la dernière guerre.... Verner est
IO
ira ami; je ne l'ai pris chez moi que pour le former aux affaires publiques.
EVELIE.
Ah? monsieur Verner est un jeune homme charmant.
LÉ baron, à part.
Voilà mes soupçons qui reviennent!., se pourrait-il que
Verner... Non, non, je connais la droiture de son âme
Et cependant -l'amour est Terreur de son âge, et depuis queln les jours il est di>:rait, rêveur.... Il faut les observer. (Haut) Adieu , chère Évelie , je serai bientôt de retour. évelie.
Adieu, mon bon oncle !
le baron, après l'avoir embrassée,
A ni : allons réveiller tout le monde.
Allons, plus de mélancolie, Livre ton âme à la gaîté.
Ton oncle, ma chère Évelie, Ne veut que ta félicité.
Évelie, tristement.
Pour moi vous êtes un bon père*
LEBiROir, à part.
Ce chagrin devrait m'effrayer.
Elle est si triste ! Mais j'espère Qu'un mari pourra l'égayer.
ENSEMBLE
Allons, plus de mélancolie, etc.
{Le baron sort.)