SCÈNE VIII
HARCOURT, puis LA DUCHESSE.
HARCOURT, jetant au loin un escabeau qu’il tenait A' la main et poursuivant au garçon de cabaret qni fuit devant lai .
Attends! lu vas me payer cela, coquin! (Le garçon se réfugie
sous une tabi«.) Me servir de la piquette pour du vin du Clos- Vougeot! Une pareille faute de géographie, et devant des savants encore ! (il se laisse tomber sur une chaise.) Allons, avance que je 1 assomme! (Le garçon disparaît par la porte de la cave.) Eh bien! viendras-tu? (Quand il tourne la tête, il se trouve en face de la duchesse masquée.) Oh ! oh ! quelle métamorphose! Tudieu I la belle, vous avez des arquebuses dans les yeuxl Quelle taille! quelles mains de princesse 1 à bas donc ce vilain masque qui vous fait ressemblera Srarnmouche! (il veut lui prendre la main, la duchesse se recule.) Ah! de la rigueur!
LA DUCHESSE
Le malheureux est ivre !
HARCOURT
Non, gris tout au plus, et encore! (U frappe sur la table et s’adresse & un garçon qui passe.) Un bouteille de mon vin du Clos, et deux verres, car vous allez trinquer avec moi, mon infaute!
Monsieur le comte! .
HARCOURT
N’ayez pas peur et asseyez-vous, nous causerons mieux.
(Le garçon sert la bouteille et les verres et s’esquive.) Jl n’y a rien
qui délie la langue etqui noie les chagrins comme ce vin du Clos-Vougeot. (il verse dans les deux verres.) Le roi des Crus de France 1 voyez quelle couleur!
LA DUCHESSE, h part.
Attendons encore. Peut-être retrouvera-t-il sa raison.
HARCOURT
Ah çà I vous êtes donc muette? Eh bien ! je vais vous chanter une petite chanson.
LA DUCHESSE
Vous me forcez à partir!
HARCOURT
Non! restez! aussi bien je ne suis pas en voix; mais asseyez-vous donc, mordieu! (La duchess» s’assied.) Au fait, qu’esl-ce que vous venez luire ici? me connaissez- vous?
LA DUCHESSE
Non!
HARCOURT
Eh bien ! alors, que diable me voulez-vous?
LA DUCHESSE
J'attends que vous veuillez bien m’écouter.