‹ Cadet la perle drame en cinq actes en huit tableauxChapitre 28 sur 97 · ACTE PREMIER J · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER J

UARCOURT; Il s’assied.

Voilà une heure que je vous dis de parler! Mais avant , tout, à bas ce masque qui m’agace.

LA DUCHESSE, se démasquaot.

Mon visage ne vous apprendra rien.

HAHCOURT.

II m’apprend d’abord que vous êtes belle, c’est quelque chose... Mais ventrebleu! je suis curieux desavoif quel motif vous amène dans ce cabaret.

LA DUCHESSE

J’y viens pour assister à un étrange spectacle, à un spectacle dont on m’avait parlé, et que je croirais imaginé, si je ne le voyais de mes yeux.

Harcourt, buvant.

Quel spectacle?

IjA DUCHESSE.

Il m’est offert par un gentilhomme, par un prince de maison souveraine, par Henri d’Harcourt!...

HARCOURT

Ah! c’est moi qui vous donne la comédie 1

LA DUCHESSE

Cette épée qu’il porta dix »ns avec gloire, qu’il illustra dans vingt batailles, il la souille aujourd’hui en la tirant contre des malheureux qui n’ont pour se défendre que des brocs et des bancs. .

Permettez, je n’ai tiré contre eux qu’un jonc des Indes, qui plie comme un cerceau, et qui ne casse jamais, même sur le dos d’un huissier.

LA DUCHESSE ; elle se 1ère.

Le descendant de Charles de Lorraine, connétable de France: de René de Lorraine, le vainqueur de Nancy, oublie six siècles d’aïeux souverains, pour user ses jours dans des veilles honteuses, dans de basses orgies 1... Quand l’Europe est liguée contre sa patrie adoptive, ou lieu d’aller commander à des soldats, sur un champ de bataille, il court les ruelles et les mauvais lieux, il se fait le chef et le protecteur de fainéants, d’ivrognes et des gens tarés.

HARCOURT

Vous arrangez bien mes amis.

CADET LA PEULE

LA DUCHESSE

Henri de Lorraine, comte d’Harcourt, d’ Armagnac et de Brionne, vous ne sentez pas la honte vous monter au visage?

HARCOURT

Mais non I

Revenez à vous!.. Songez nu sang dont vous sortez, à vos jeunes années, qui promettaient un héros! Souvenez-vous de votre combat contre Boutevilie, le plus terrible des duellistes de Paris, provoqué par vous — vousaviezalors dix-huit ans, pour venger l’honneur de votre frère. Souvenez-vous de la bataille de Prague, où vous gagnâtes vos éperons, de vos faits d’armes à la Rochelle, à Saint-Jean-d’Angély et à Montauban, et, la main sur votre cœur, dites-moi s'il est bien vrai que le sentiment de la gloire ne soit plus rien pour vous.

HARCOURT

Alexandre et Scipion, morts, ne valent pas le dernier de mes laquais bien vivant. Voilà mon opinion sur la gloire.

LA DUCHESSE

L’ambition, la noble ambition de servir votre pays et votre roi!

HARCOURT

Bulle de savon ! c’est lumineux, c’est diapré par le soleil, ça monte vers les nuages, et ça n’attrape que les nigauds. D’ailleurs, je ne suis pas Français, je suis Lorrain!

LA DUCHESSE

L’honneur de votre nom !

HARCOURT, buvant.

Je me nomme Cadet.

LA DUCHESSE, i part.

Oh! je ne pourrai donc rien tirer de cet homme! (liant.) Monsieur le comte, écoutez-moi, je vous en conjure... Les moments sont graves... L’Europe s’agite, les trônes chancellent ; réveillez-vous de ce sommeil où vous tient l’oubli de vous-même et de votre dignité. La couronne de Lorraine qui appartient à votre famille depuis six siècles, lui sera peut-être arrachée demain par la haine que porte le cardinal de Richelieu au duc Charles IV, le chef de votre maison. On parle sérieusement de faire de la Lorraine une province de France. Il est possible aussi qu’une main amie parvienne

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