ACTE DEUXIÈME
Il eût été bien ingrat de vous oublier C’est alors, si je suis bien instruite, que vous fûtes dépouillée de votre argent par un parti de maraudeurs et que vous eûtes le courage d’achever voire voyage à pied.
IIILDA.
Oui, madame.
LA DUCHESSE
Mais quel événement vous sépara après voire héroïque sacrifice? Car je sais tout, vous lo voyez.
IIILDA.
J’étais tombée dans un évanouissement auquel succédèrent, le lendemain, une grande fièvre et le délire; je restai ainsi plusieurs jours, hors d’état de réfléchir. Pendant ce temps-là, des officiers, amis du comte d’IIarcourt, étaient venus le chercher et l’avaient transporté à leur quartier-général. Quand je commençai à me rendre compte de ce qui s’était passé, l’armée avait quitté noire pays; un nouveau malheur vint alors fondre sur moi. C’était sans doute le ciel qui me l’envoyait pour châtier mon péché! Mon père, mon . pauvre père, mourait ruiné, désespéré. Restée seule au inonde, je ne pus résister au désir de revoir Henri. Cette idée me poursuivait le jour et la nuit. Un matin, je fis une dernière prière sur la tombe de mon père, je Ta couvris de fleurs nouvelles et je partis. Enfin, je suis arrivée, épuisée, mourante, mais j’étais à Paris, à Paris où je devais retrouver tout ce que j’aime,
LA DUCHESSE, lrès~émne.
Vous pouvez me regarder comme une protectrice fidèle et dévouée.
HII.DA.
Vous m’avez promis de me faire retrouver Henri. Quand le reverrai-je? Où faut-il aller? Parlons, madame, partons.
LA DUCHESSE
Un moment! il faut de la prudence.
IIILDA, ctonoce.
De la prudence?
LA DUCHESSE
Henri, comme vous l’appelez, n’est pas un Henri comme un autre; c’est un gentilhomme qui doit compte de ses actes au roid’abqrd, ensuite au premier ministre.
CADET LA PERL E
HILDA, de même.
Quel intérêt le roi et le premier ministre ont-ils à l’empêcher de m’aimer ?
LA DUCHESSE
Sans leur agrément, un homme du nom de monsieur d’Harcourt ne peut prendre aucun engagement.
HILDA
Mais je ne lui demande aucun engagement. Ce que je veux, c’est vivre auprès de lui, c’est le consoler quand il sera triste, le soigner quand il souffrira. Ce que je souhaite, enfin, c’est de mourir le jour où il ne m’aimera plus... Parlons, madame, je vous en supplie...
LA DUCHESSE
Enfant! D’abord, M. d’Harcourt n’est pas chez lui en ce moment; ensuite il faut, pour des raisons que vous saurez plus tard, le voir d’abord en secret; autrement ce serait vous jeter dans des périls sans nombre.
HILDA
Vous m’avez dit que j’étais libre; je pars et je ne redoute rien. Je retourne vers Charlotte ; elle me dira où il est.
LA DUCHESSE
Eh bien 1 vous le verrez, mais à une condition.
HILDA
Laquelle?
LA DUCHESSE
Un mot, un cri qui vous trahirait pourrait mettre sa liberté en danger. Vous sentez-vous la force de dominer votre émotion, de garder le silence s’il apparaît soudain à vos yeux ?
HILDA, avec résolution.
Oui, quand j’aurai vu que vous ne me trompez pas!
LA DICHESSE.
Soyez satisfaite^ (Elle prend Hilda par la main et soulève Ia draperie de l’appartement du cardinal.) Regardez. Cet homme*en robe rouge, c’est le cardinal, quipeui, quand il le voudra, faire tomber la tête de votre amant... et près de lui-..
ÎIILDA, arec une extrême émotion.
Henri I je le vois, oui, c’est lui, c’est bien lui!
Attendez I... ils se dirigent de ce côté... Fuyez!... Non, il n’est plus lemps. Prenez ma mante et cachez bien votre visage 1 que le comte ne vous reconnaisse pas ; son émotion