ACTE TROISIÈME
LA DUCHESSE
Bonjour, chère enfanl.
HILDA
Comment pourrai-je reconnaître les bienfaits donl vous m’avez comblée.
LA DUCHESSE, au comte.
Mon cher comte, on s’occupe beaucoup de vous au Louvre et au Palais-Cardinal.
n A «COURT.
On est bien bon.
LA DUCHESSE
On se demande ce que devient le futur vainqueur de l’Italie, et, à bout de commentaires, on s’adresse à moi que l’on croit dans le secret des dieux. Je réponds imperturbablement que M. d’Harcourt travaille à son plan de eampngne, et que le prince Thomas n’a qu’à bien se tenir dans Turin.
HARCOURT, riant.
Je vous confesse que je n’ai pas songé souvent à lui.
LA DUCHESSE, so tournant un peu vers Iiilda.
Mademoiselle est digne à tous égards de causer une si grande distraction.
IIILDA, étonnée, à part.
Comme elle dit cela !
HARCOURT
Quand je suis près d’elle, j’oublie Paris, j’oublie le monde et je ne pense qu’à mon paradis de Mettdon.
LA DUCHESSE, souriant.
Oh! voici une phrase qui atteste votre passion plus que des serments solennels.
HARCOURT
Vous me trouvez sentimental, madame la duchesse ?
Moi? ah! grand Dieu! aimez, mon ami, aimez aussi longtemps que vous le pourrez...
IIILDA.
Mais j’espère bien que ce sera toujours.
LA DUCHESSE
C’est ce que je voulais dire, ma toute belle ! (au comte.)
Il n’y a que l'amour qui puisse faire oublier les déceptions de la vie... On croit une femme heureuse parce qu’elle habite un hôtel somptueux, parce qu’elle possède une cour de
CADET LA PEULE
reine, parce que les parasites et les flatteurs s’empressent sur ses pas, parce que son caprice dispose des emplois, des litres et des grades... aveugle est le monde qui juge les choses sans les connaître I Quel que soit l’éclat qui l’environne, elle est seule au milieu de celle foule, son cœur reste sombre au milieu de ces rayonnements.
HARCOURT
Le bonheur qui vient d’une femme aimée suffit pour transformer toute l’existence d’un homme. Trop peu de jours se sont écoulés depuis notre première rencontre, madame la duchesse, pour qu’elle soit déjà sortie de votre mémoire.
Non, certes, et sans reproche, élle eut lieu dans un singulier endroit.
* HARCOURT
Pourtant je m’y plaisais au point d’y passer mes jours et mes nuits. Je buvais sans relâche avec le premier venu, sans me soucier qu'il fût gentilhomme, espion ou coupeur de bourses. Je buvais afin que l’ivresse jetât son brouillard sur ma pensée; alors, je riais aux éclats sans savoir pourquoi. Je tirais l’épée à tout propos, parce que le mouvement et le tapage me grisaient encore plus, et pour le seul plaisir de voir scintiller des lames à la lueur des lampes. De quelles extravagances ne fut pas marquée cette partie de ma vieïje rougirais de le dire et vous rougiriez ae l’entendre. Oui, mon Hilda, lu vois que je confesse mes fautes et que je ne me fais pas meilleur que je ne suis.
LA DUCHESSE
Vous dites vrai, et depuis que j’ai l’inappréciable honneur d’étre admise dans votre bergerie, je reconnais enfin le gentilhomme digne de sa race, dont l’âme éveillée s’ouvre aux sentiments les plus délicats comme aux plus généreuses aspirations.
HARCOURT
Madame...
LA DUCHESSE, à Hilda.
Il faut que vous ayez un charme bien puissant.. .
v HILDA.
Je suis simple et ignorante, madame.
LA DUCHESSE, arec vivacité.
La simplicité est parfois une science comme une autre.
A CT V. TKOISIftMK
UA&COUHT.
Si vous saviez quels trésors de bonté et de dévouement sont renfermés dans son cœur.
LA DUCHESSE, avec on rire forcé.
Dois-je vous l'aire remarquer que vos éloges con fusionnent cette enfant et qu’il y a presque de la rougeur sur ses joues?
H1LDA, h part.
Mon Dieu I niais qu’a-t-elle donc?
HARCOURT, pour roirpro l'entretien.
J’oublie que je dois une répou e nu général de l’armée du Rhin, que le cardin I a invité à se concerter avec moi.
LA DUCHESSE
Si je suis importune, je repars.
HARCOURT
Daignez demeurer; je serai libre dans un instant et je vous présenterai la partie joyeuse de mon état-major. Vous verrez des poêles un peu de votre connaissance.
LA DUCHESSE
Ah! oui, les savants de VÉjwe-de-Bois. Vous les conduisez en Italie?
IIARCOUIlT.
Ils n’ont jamais été à la guerre cl m'ont supplié de les emmener, comme à une partie de plaisir... Tant pis pour eux si la partie n’est pas tout à l'ail ce qu’ils pensent, (a 11.1,1».) Viens avec moi, mon Hildfl, madame la duchesse le permettra, j’ai si pou de temps à le consacrer encore.
Ils entrent dans la maison, HilJa appuyé* sur lu bras d'Harcourt.