SCÈNE II
Les Mêmes, SAINT-AMANT.
Saint-Amant I...
D’où viens-tu?...
De la chasse.
MARIGNY
FARET
SAINT-AMANT
MARIGNY
Sans fusil ?...
Aussi, voyez mes mains.
MARICOURT
Ah! combien d’égratignures!
• FARET
Qui le les a faites?
SAINT-AMANT
Le gibier.
MARIGNY
Tu rapportes du gibier?...
SAINT-AMANT
Écoutez le récit de ma prouesse :
J’avais fait buisson creux, je rentrais à la ferme. Dans ces champs dénudés que l’horizon enferme, Pas un volatile égaré.
Pas un mouton hélant, de ses gigots parés.
FARET
Oh! pas en vers! pas en vers!
De la vile prose, alors... Seulement quelques pierrots braillards tne narguaient sur la cime des arbres, voyant que je n’avais pas de fusil.
FARET
Les lâches!
SAINT-AMANT
Un matou drapé dans sa fourrure, l’œil demi-clos et la moustache au vent, se pourléchait au soleil, assis contre le mur du verger.
MAR1COURT
Quel tableau!
SAINT— AMANT
11 avait l’air de ruminer une ode à l’éloge du cardinal, comme l’aurait pu faire monsieur Faret lui-incme, pressé par la soif et par ses créanciers. Je m’approche et lui jette à la face une série de noms llatleurs: Minette, Louloule, Moumoute, et cœtera. Cette bassesse parait trouver le chemin de son cœur. Croyant la connaissance bien établie, j’avance la main. V’ian! un énorme coup de griffe.
MARIONY.'
Le traître !
FARET
Un chat italien !
SAINT-AMANT
Vous méconnaissez. Je ne suis pas homme à me laisser insulter par un chat. Je le poursuis sur le toit où il s’était réfugié; le toit s’effondre et je dégringole bruyamment dans le grenier.
MARIGNY
Pauvre Gros!
FARET
Tu ne l'es pas fait mal?
SAINT-AMANT
Il y avait beaucoup de paille et je tombai assis sans trop me défigurer. Autre chance ! J’avais eu le temps de saisir mon adversaire par laqueue. Alors s’engage une lutte corpsà. corps, une lutte à la façon d’Homère où les jurons s’entrechoquônt avec les miaulements, les coups de poing avec les coups de patte. Enfin, abusant du poids de mon corps,