ACTE PREMIER
MARIETTE
Mais je ne t'ai rien dit, ('adet, tu perds la tète!
Justement : me parler alors eût été bete. Kt tu ne le fis pas.
MARIETTE
Mais je...
CADET
Mais tu fis mieux :
Tu me parlas, sans rien me dire, avec tes yeux. Et le subtil accent de ton silence tendre Ma d'autant plus touché que j'ai moins pu l'entendre!
MARIETTE
11 exlravague un peu, maman n'avait pas tort.
CADET
Mariette, merci : sans toi, je serais mort!
C^ar j'étais sur le point de mourir tout à l'heure.
Mais tu ris et je ris; tu pleures et je pleure.
MARIETTE
-Xous étions fous.
CADET
Quels vains soucis je me forgeais :
11 me vient maintenant des projets.
MARIETTE
Des projets?
CADET
Des projets de grandeur, d'ambition, de fuite.
VA pourquoi pas, mais oui, pourquoi pas tout de suite?
Oue veux-tu dire?
GADEr
Rien.
28 CADET-nOUSSEL
MARIETTE
Mais encor?
CADET
Je m'entends.
MARIETTE
A.U moins explique-moi.
CADET
Je n'en ai pas le temps.
Mais, Mariette, vois, je ne suis plus le môme. Je suis changé, je suis métamorphosé, j'aime... La vie. Allons, ma sœur, soyez heureuse aussi Aude revient, Aude vous aime.
MARIETTE
Oui, oui, merci...
(On entend un bruit de ferraille et de grelots qui va se rapprocl.anl.)
D'où vient ce bruit?
CADET, montrant l'église.
De là.
Mais le marché nous cache Ce que c'est.
(On distingue les coups de fouet, les cris des postillons.) CADET
Coups de fouet, grelots : c'est la patache.
MARIETTE
Elle vient de Paris.
CADET
Cela m'est bien égal!
MARIETTE
Aude est peut-être là : je vais me trouver mal !
(La diligence demeure invisible : on la devine arrêtée devant la porto de l'hôlellerie : au milieu d'un brouhaha général, on distingue quelques voix plus bruyantes ou plus aiguës que les autres.)