‹ Cadet-Roussel; comédie en trois actes, en versChapitre 72 sur 118 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Mais aujourd'hui, nenni! Je veux dans roccurrence Tout préparer... ainsi j'aurai de l'assurance.

Le valel rentre, apportant à Cadet, une cravate, un Iial)it en soie jaune, un p^igno, et un miroir : il pose le tout sur le bureau et sur un fauteuil. Ga<let, au valet ;)

Cc'sl bien !

(Le valet sort.) iCadot pour s'exercer à être courageux s'adresse pendant toute la scJinc f{ui suit au canapé qu'il imagine être Delvaporine ; il simule chaque tois quil lui parle le geste qu'il tera, et chaque fois qu'il la tait parler, le ton qu'elle prendra pour lui r(''pondrc. Il finit cependant de se cravater et de se vêtir.)

Je lui dirai...

(Tirant sur sa cravate.)

Dieu que ce triple tour h]sl incommode...! là...

(Cherchant ses mots.)

Hum! « Madame, bonjour. »

El puis?... Oui : « J'étais donc celui que vous rêvâtes! » I']lle de répondre : « oui, vous seul... »

Il défait le nœud de sa cravate et le recommence.)

Oh! ces cravates!

(Reprenant son discours.)

u ... M'avez su tout donner... » Et moi : « c'est en effet Tout donner que donner son cœur... »

(Serrant le nœud de sa cravate.)

Ouf! il est fait.

1 11 coniuieuce à se coifTcr et reprend.)

(!"esl Irop sentimental! J'aime mieux autre chose. 11 laut (Hre léger, badin ! oui : a Quel teint rose! Vous avez donc couru? — Oui bien sûr, au jardin DIdalie où des amoureux... » C'est trop badin!

(Méditant sur sa coiffure.)

Me coiffé-je en rouleaux au hou en cadenettes? En rouleaux.

(Reprenant son discours.)

J'aime mieux des discours plus honnet?s. l*ar exemple ceci : « Ma chère, il fait beau temps, Tous les arbres sont verts, tous les oiseaux contents, »

(11 lisse ses cheveux avec un peigne '

Il faut ({ue ces cheveux recouvrent mes oreilles...

11(1 CADET-ROCSSEL

(^Uei)reiiaiil son discours.)

u Leurs clianls, on n'entend pas de romances pareilles; Notre amour est plus pur que ce ciel de cristal... I » Non ! voici qu'à nouveau je suis sentimental!

(Il prend son hahit sur le fauteuil.)

Cet habit, et je suis enfin prêt, mais en nage...

(Il s'essuie le front, puis se rc<rarde dans une glace.)

Je me sens bien ainsi : ce ruban m'avantage. Cette cravate aussi ; et ma coilTure, donc I... Avec, en plus, un peu de grâce et d'abandon Et je suis à souhait pour déclarer ma flamme !

(Reprenant son idée do discours.)

Que lui dirai-je, au lait. Je me souviens : « INIadame... »

Je ne sais plus : je lui dirai. . c'est bien tout moi...

Je lui dirai... Je lui dirai n'importe quoi!

Je lui dirai : « Je suis amoureux, je suis bete,

Je perds bien plus le cœur que je ne perds la tête...

J'éprouve d'autant plus que je n'exprime pas .. »

Puis je ferai semblant de lui parler tout bas,

Et si je reste coi, pour dernière ressource,

Je saurai bien toujours, pleurant comme une source,

Dans un élan d'amour tomber à ses genoux,

En lui disant: « Voyez, c'est moi... vous... tu... je... nous... »

(En disant ces derniers mots, il est tombé à genoux devant le canapé et a plongé sa tête dans les coussins. Delvaporine, qui entre par la porte du jardin, le surprend dans cette position.)

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