CHAPITRE IX
Caféisme et Ethylisme
Le Docteur Bergeret (De l'abus des boissons alcooliques. Baillière 1870. Article VIII, p. 233) signale « que l'usage du café et celui du tabac ont des rapports étroits avec l’alcoolisme. Le café, par lui-même, est un breuvage inoffensif. Mais le café a l'inconvénient d'entraîner à une consommation plus ou moins considérable de liqueur forte : eaude-vie, kirsch, rhum, et il est peu d'hommes qui prennent le café seul, et c’est l’accompaguement obligé du gloria, du petit verre qui rend perfide l'usage du café ».
Nous envisagerons la question sous un autre aspect.
D'après nos observations, il nous apparait que l’action du café joue un rôle considérable dans la production des délires alcooliques.
Nous apportons ici plusieurs observations d’une psychose avant tous les caractères d'un délire alcoolique, y compris les signes physiques. Une enquête sévère et approfondie, nous montra que ces malades ne buvaient qu'une très petite quantité de vin ou d’alcool, mais qu’en revanche ils usaient très largement du café.
Et nous en sommes arrivé à conclure que le café joue le rôle d'un sensibilisateur des centres cérébraux et les rend extrêmement sensibles à l’action de doses très minimes
d'alcool, quisüuffiront, chez des sujets prédisposés naturellement, à faire éclater un délire alcoolique dont l'intensité est loin d'être en rapport avec la faible quantité d'alcool
ingéré.
Telle est à notre sens l’action fondamentale du café, et il se rencontre un nombre beaucoup plus important de ces psychoses alcooliques éclatant chez des sujets sensibilisés par le café, que de psychoses caféiques pures, dont les observations sont rares. re
La proposition peut-elle être inversée ? Un alcoolique ancien, buvant du café, fera-t-il des troubles ? Nous n’avons pas d'observation à ce sujet; mais il est fort probable qu’en multipliant les toxiques et les excitants, les psychoses éclatent plus facilement. |
D'ailleurs, Huchard a constaté que chez les individus ‘ dont le foie est altéré, dans la cirrhose en particulier, on notait une intolérance vis-à-vis de la caféine. Un alcoolique chronique dont le foie est volumineux et a une tendance à la cirrhose, fera donc d’autant plus volontiers un délire sous l'influence du café. Nous répétons que nous n'avons jamais observé de cas de ce genre, mais le fait est possible, et il serait intéressant de voir si un cirrhotique, localisant : en général à son foie l’action nocive de l'alcool, possédant un système nerveux très rarement altéré du fait de l'alcool, chezlequel éclaterait une psychose alcoolique, ne serait pas, en même temps, un caféique.
L'alcool amène des psychoses, surtout chez les hérédoalcooliques et chez les dégénérés dont le cerveau est rendu sensible par une tare congénitale. Ces sujets ont un système. nerveux hypersensible à l'action de l'alcool, ce sont des
débiles, délirant dès qu'ils ont absorbé une minime quantité
Le
d'alcool, et chez lesquels les réactions anti-sociales sont très vives.
Etant donné le pouvoir excito-sensoriel du café, on conçoit très facilement qu'un caféique, absorbant, lui aussi une minime quantilé d'alcool, délirera d'une facon analogue au prédisposé congéniltal.
La forme de ce délire est exactement celle d’un délire d'origine’ alcoolique, dont le diagnostic est toujours fait en raison de son Caractère spécial : début fréquent à forme .de délire onirique ; hallucinations visuelles zoopsiques;,
. professionnelles, mobiles, changeantes et terrifiantes. Le malade voit des poignards, des incendies, etc. Hallucinations du goût, de l’odorat, de la sensibilité générale. Les ballucinations visuelles font d’ailleurs à peu près défaut dans une de nos observations Hallucinations auditives. Les idées délirantes de perséculion, de jalousie et d’auto-
‘accusation sont presque la règle.
Les signes physiques sont très importants, et c'est en parte sur leur constatation qu'est basé le diagnostic.
Faciès vultueux et animé, yeux brillants. Les traits peuvent être tirés. Langue sale, teinte subictérique des téguments. Tremblement très marqué de la langue et des mains, élat fébricitaitt, haleine félide. Hyperesthésie des masses musculaires et des troncs nerveux. Crampes. Les
urines sont rares.
Tous les symplômes s'amendent’assez rapidement. Mais, cerlaines idées délirantes peuvent subsister encore un certain temps, surtout les idées de persécution. Lorsque l'accès a été grave, il subsite une amnésie lo alisée à la période aiguë. Plus un sujetest prédisposé, plus la convalescence mentale est trainante. ce
HD
Le traitement est nécessairement le même que celui de l'accès subaigu d’alcoolisme.
Délire hallucinatoire à forme de délire éthylique. chez une caféique qui n’absorbait, journellement, qu'un demi litre de vin blanc. Guérison
J. iemmeb:
46 ans. Entrée le 6 mars. Vigneronne.
Pas d'antécédents héréditaires.
Début des troubles il y a 4 jours.
A l'entrée, elle est très excitée : On note chez elle une fabulation incohérente et délirante, où reviennent les mots : « poignard, diamant, poison ». « Il doit y avoir des fusils en bas; j'étais enfermée, alors j'ai tiré un poignard empoisonné, alors moi, je disais que je tüerais la première ! Je te tuerai ! Alors, j'ai tué avec le diamant sur les étoiles ! ». « Ce que j'ai ressenti était trop électrisé. L'aimant était trop fort. Des personnes tuées à côté de moi. J'ai accouché de plusieurs bébés, j'ai dit lâche ! J'ai tué en me défendant ! J'étais obligée de tirer le diamant pour faire des feux en diamant ». La malade présénte de l'amnésie et de la désorientation. Elle à fait du bruit toute la nuit.
Tremblement marqué des mains et de la langue. Tout le corps s'anime de violents tremblements à l'oceasion des mouvements. Le pituites sont probables, car la malade n'a cessé de ràcler depuis son arrivée.
Faciès vultueux. Léger subictère. Langue sale. Pouls 120. Hyperesthésie des troncs nerveux, surtout aux cuisses.
CERTIFICAT DE 24 HEURES. — Agitation avec amnésie, récits incohérents où reviennent les expressions : poignard empoisonné, personnes tuées, empoisonnées diamant, ‘étoile. Pituites, hyperesthésie des trones nerveux, faciès vultueux. Subictère, Tremblement, Ethylisme probable,
Le ?1 mars, la malade va bien mentalement et physiquement, Elle se rend compte qu'elle a eu l'esprittroublé. Le tremblement des mains et de la langue persiste, mais la sensibilité est actuellement normale. Les réflexes sont légèrement exagérés,
CERTIFICAT DE QUINZAINE. — Atteinte d'éthylisme et de caféisme, est actuellement redevenue calme et raisonnable. Pourra bientôt quitter l'établissement.
M°° B... buvait en effet beaucoup de café, et un café très fort, et en même temps du vin blanc à la dose de un demi litre par
jour. Peu de vin rouge et pas d'alcool ni de bière.