RÉFLEXIONS
La malade présente un délire ayant tous les caractères d'un délire alcoolique. Et il ne faut pas incriminer seulement le demi litre de vin blanc qu'elle buvait journellement, car c'est une vigneronne qui fournit un travail pénible. On doit faire intervenir les doses exagérées de café qu'elle prenait quotidiennement, en tant que sensibilisatrices de son système nerveux. |
On voit que le certificat de ?4 heures rédigé simplement d'après l’état de la malade (on n'avait aucun renseignement de la famille), mentionne : Æthylisme. v
Le certificat de quinzaine, rédigé après avoir obtenu les renseisenements des parents ainsi que de la malade, mentionne :
Ethylisme et Caféisme.
Délire hallucinatoire. Idées de persécution et de jalousie Signes physiques: Caféisme et éthylisme
B.:., femme P..
47 ans, cultivatrice. Entrée le 9 août 1919.
2? enfants bien portants, pas d'antécédents.
Brusquememt, il y à 15 jours, elle déclara à sa fille rentrant
des champs : « Voici ce qu'on dit dans la rue : on dit que je bois et que nous avons des dettes. On vend nos champs à la Mairie ». Dès lors, elle eut un délire hallucinatoire qui ne fit que s'accentuer.
A l'admission. — Elle présente un certain degré d'excitation et d’obnubilation : « Elle est née en 1972... finit par trouver. 1872 ». Mémoire hésitante.
HALL. AUDITIVES. — Elle entend des voix « de tous côtés ». Ces voix l’accusent d'avoir une mauvaise conduite, de boire, d'avoir des dettes. Elle entend le notaire, qui, à la Mairie, fait la vente aux enchères de ses champs. D’autres fois, ce sont de bonnes paroles : « Tranquillise-foi, tout va s'arranger ». « Elle a le fil télégraphique avec lequel elle entend tout ce qui se passe chez le notaire et fout ce que les voisins disent sur son compte. On lui disait que sa fille allait fréquenter des jeunes gens à D... »
HALL. VISUELLES. — Elle a des visions : la-nuit, à plusieurs reprises, elle a vu des rats crevés ; ces rats, nombreux, jonchant le plancher, ne marchaient pas, ils étaient là et disparaissaient subitement. Elle a vu aussi « de Félectricité, comme une petite lampe au-dessus des rideaux de lit. Elle avait à peine le temps de la voir qu’elle disparaissait. »
HALL. DE L'ODORAT. — Elle à senti toutes sortes de mauvaises odeurs, surtout de soufre, de chloroforme. Elle a senti des odeurs nauséabondes en même temps qu'elle entendait : « Ne vas pas là, si tu y vas, je te fais sentir la m.:. ». A senti aussi des odeurs de tabac, de citron. [ci, au dortoir, elle prétend que ses voisines de lit ont dans leur mouchoir des substances dégageant une odeur de soufre qu'on lui met sous le nez pour la faire dormir. Lorsqu'elle sentait le citron « c'était pour la remettre, et ça allait mieux aussitôt ».
HALL. DE LA SENSIBILITÉ GÉNÉRALE ET PSYCHO-MOTRICES. — Elle ressent des secousses électriques qu'on lui envoie par uün fil: «Je sens bien qu'on m'électrise ». « On veut, par cette électri-
cité, me faire marcher de travers pour faire croire que j'ai bu,
; E Re te
on veut m'empêcher de marcher ». Elle se relevait la nuit, allant trouver son mari et son fils, leur disant : « Mais vous ne sentez donc pas que vous êtes électrisés ! Levez-vous, malheureux ! Vous allez mourir ! Vous allez me laisser mourir! Vousètes des traitres ! » Elle avait toujours trop chaud. Une fois ou deux, au moyen de l'électricité, on lui a caressé les parties génitales, pendant qu'elle était dans son lit; cette sensation, au lieu d’être voluptueuse, était désagréable, La sœur qui la soignait avait de l'électricité dans son tablier, « car le sang lui montait à la tête dès qu’elle approchaït. »
IDÉES DE PERCÉCUTION. — Une voix lui disait : « Vas voir ce que fait ta fille à la maison commune, elle est en mauvaise compagnie ». Elle y alla, car cette voix la commandait impérativement. Son beau-frère a voulu la faire disparaitre, car elle l'a entendu dire: «Ses enfants feraient bien de la mettre à la porte ». Le notaire s'entend avec son mari pour frustrer ses enfants d'un premier lit, des biens,leur appartenant, et cela pour qu'ils ne puissent plus lui venir en aide. Elle se figure « qu’on veut faire brouiller ses enfants pour lui faire du tort ». Sa fille, d'accord avec le médecin, a voulu l'empoisonner en lui faisant prendre des cachets. Elle croit qu'on va la faire condamner et que toute sa famille va être jugée. ;
IDÉES DE JALOUSIE. — Prétendait que sa fille née d'un premier lit, avait des relations avec son deuxième mari. Chaque jour, elle les harcelait en disant : « Avouez ! dites-moi la vérité !. je vous pardonnerai ! » « Laissez-moi mourir ! Laissez-moi mourir ! Jé suis trop malheureuse de vivre ainsi ! »
Elle nie cependant avoir eu des idées de suicide : « On dit bien ça, mais, pour le faire... »
Prétend que son mari et sa fille « perdent la tête ».
Examen physique. — Pas de pituites, mais pyrosis.
Tremblement fibrillaire de la langue et des mains.
Dysarthrie due au tremblement des lèvres.
Faciès vultueux, yeux brillants, léger subictère.
Pupilles normales.
Hyperesthésie considérable des masses musculaires, des troncs nerveux et de la peau. |
Rotuliens exagérés.
Fourmillements dans les doigts, et fréquemment, sensation d'engourdissement dans les pouces, « comme s'ils avaient étc enflés », È
Pouls rapide : 120, et petit.
Ses règles reviennent tous les 15 Jours -ou toutes les trois
cemaines.
Buvait environ un verre de vin par jour. L'été, surtout l'aprèsmidi, buvait 5 ou 6 tasses (au moins un litre) de café fort, sans chicorée. En buvait depuis longtemps, et s'apercevait qu'elle « devenait énervée ». Buvait en outre la valeur d'un petit verre à liqueur d'eau-de-vie par jour « pour se rincer la bouche ».
Traitement. — K Br ? gr. + Chloral 1 gr. Bains. Purgations.
Toutes ces hallucinations durèrenés encore un mois environ, avec autant d'intensité, puis, peu à peu, elles diminuèrent. Elle parvint à s'occuper à tricoter et à divers petits travaux Cu ménage «n'étant plus constamment harcelée par ces voix ». En octobre, elle est très améliorée, et déclare spontanénrent qu'elle croyait recevoir des odeurs et de l'électricité. Elle n'est pas encore absolument convaincue que c'étaient des illusions. Elle entend encore des voix, mais plus rarement; « elles parlent à voix basse et doivent venir des bureaux ». Les idées de persécution disparaissent. Elle est gaie, travaille ét n'attache pas grande importance à ces troubles. ;
Le 30 novembre, elle sort très améliorée. Elle se montre très calme et raisonnable ; elle raconte en détail toutes les.voix qu'elle entendait et toutes les sensations qu'elle éprouvait. Ses idées de persécution ont disparu, mais elle prétend toujours que son beau-frère lui en veut, car sa fille n'a pas voulu épouser
son fils.
Dit avoir eu de fréquentes névralgies faciales depuis longtemps. Passées maintenant. |
Hyperesthésie légère des masses musculaires.
Rotuliens exagérés, Achilléens légèrement exagérés.
Réflexes, oculaire, nasal, pharyngien, cutanés, vifs.
Pas d’anesthésie du côté du trijumeau.
Sensibilité normale, n’a plusde fourmillements dans les doigts.
Légère anesthésie au niveau de la face palmaire de la phalangette des pouces.
Léger tremblement de la langue.
Pouls 78. Tension normale. Subictère disparu.
N'est plus réglée.
Caféisme associé à l'alcool pour la production de troubles nerveux et mentaux | faisant penser à l'alcoolisme
Extrait du travail de J. T. Rugh, paru dans « The medical and surgical” reporter» (1896, vol. 75, p. 549-550) intitulé « Profound toxic cffects from drivking
of large amounts of strong coffec. »
Le 10 Juillet 1896, M" M.E.F. arriva à cette ville à sept heures du soir et se rendit à son hôtel avec grande difficulté. Il se plaignait de grande excitation nerveuse, et de contractions involontaires dans les bras et dans les jambes lorsqu'il essayait de les remuer.
En arrivant à l'hôtel, il se coucha sentant que s'il pouvait se reposer un certain temps son état d'excitation nerveuse disparaitrait. Cependant il continua à devenir plus malade-et à neuf heures et demie il m'envoya chercher.
Après l'avoir questionné soigneusement, je tirai au elair
l'histoire suivante :
Il est âgé de trente ans, marié, a un enfant. Il a toujours joui d'une bonne santé, bien qu'il n'ait jamais été très fort. Il a passé ses examens de médecine, mais il n'a jamais exercé.
Les antécédents héréditaires sont nuls, sauf existence d'épilepsie du côté maternel. <
Durant sa jeunesse, le malade eut de nombreuses attaques de petit mal, mais aucune grande crise. Il n'avait jamais eu d'affection semblable et l'affection actuelle qui remonte à trois .mois, époque à laquelle il se rendit à New-York pour exécuter des ordres importants pour la maison qu'il représentait.
Pendant le cours de son travail, il était debout jusqu à ? et 3 heures du matin et ne dormait que 3 ou 4 heures. En se réveillant, il commandait un pot de très fort café et le buvait avant un très léger petit déjeuner. Dans le cours de la journée, il buvait 10 ou 1? grandes tasses de café et ne mangeait que fort peu. S'il allait dans un salon avec un client, il commandait pour le client du vin, et pour lui-même du café. Par ce libre usage du café, il pouvait chasser la fatigue qui accompagnait naturellement ce mode de vie. Cette facon de vivre dura les 3 semaines qui précédèrent son arrivée ici. è
Il buvait un peu d'alcool, mais pas assez pour produire d'effets appréciables, et il ne s'enivra jamais, fait très important pour le diagnostic, car nombre de symptômes rappellent ceux de l'alcoolisme. ,
Le pouls était à 96, plein, mais faible. 24 respirations par minute. Les pupilles étaient normales. La langue légèrement saburrale, les fonctions intestinales s'effectuaient régulièrement. La peau était moite. L'expression de la face était agitée par la crainte d'un danger imminent. Les muscles étaient dans un tel état de tension qu'au plus léger mouvement des bras et des jambes, ilse produisait des spasmes cloniques, bien qu'il n'y en eut pas quand le malade était dans un bon état de relàächement musculaire complet, que son agitation nerveuse ne lui permettait pas de conserver longtemps.
Ar
S il essayait de dormir, il éprouvait des hallucinations immédiatément avant de perdre conscience, s'imaginant que des désastres étaient sur le point de l'accabler, et voyant toutes
sortes et toutes formes d'images et d'objets. Ensuite, il se réveil-
lait en sursaut; très effrayé et se trouvant dans un état de.
grande surexcitation nerveuse.
Debout, il pouvait fermer les yeux ou regarder au plafond sans présenter d'oscillalions. Ses réflexes rotuliens étaient
légèrement exagérés. La sensibilité était normale.
Le diagnostic d'intoxication par le café était basé sur l'asage
excessif du café, l'absence d'ingestion d'alcool en quantité suffi-
sante pour expliquer les troubles produits et sur l'absence d'attaques simulant le petit mal. \
Les indications pour le traitement étaiént de nettoyer le tube digestif, de tonifier le cœur par un stimulant, et donner un
hypnotique qui calmerait le malade sans agoraver les troubles
de l'état mental.
Pour la première, je donnai du calomel suivi d'un purgatif
salin. Pour le cœur, je donnai du citrate‘de caféine, sachant que ce médicament, en même temps, compenserait partiellement la suppression du café.
.Le trional' agit admirablement eomme hypnotique. Je ne donnai pas de morphine dont l'action aurait pu être plus rapide, à cause de sa tendance, dans beaucoup de cas, à produire des troubles mentaux. ‘
Trois heures après que le traitement fut institué, le patient reposait plus facilement et demanda un verre de lait qu'il prit avec plaisir. 11 s'endormit ensuite et se réveilla le lendemain matin après 5 ou 6 heures d'un sommeil réparateur.
‘ Je lui interdis tout usage de café. Je donnai une préparation tonique d'arsenic, stryéhnine. et quinine, et l’envoyai passer quelques semaines au bord de la mer. Deux semaines après, il m'apprit qu'il était beaucoup amélioré, et se sentait mieux qu'il n'avait été pendant plusieurs mois.
RTE 1 Dm, Te