INTRODUCTION
Nous ne ferons pas encore une fois l'historique de la question du café. Nous nous bornerons à dire que, connu dès la plus haute antiquité, importé en France sous Louis XIV par ambassadeur de la Sublime-Porte, il en est de lui comme de tous les excitants : il a trouvé une faveur ‘tantôt accrue, tantôt diminuée par la mode, et qu’actuellement son usage, plus particulièrement répandu parmi les femmes des villes d'usines, provoque des abus qui amènent, chez les personnes prédisposées un ensemble de manifestations pathologiques, pouvant porter sur un grand nombre d'organes. Nous nous occuperons spécialement des manifestations psychopathiques.
Le 5 Mai 1893, le docteur Faisans, médecin de l'hôpital de la Pitié, faisait à la Société médicale des Hôpitaux de Paris, une communicalion « Du délire caféinique », où il “pportait plusieurs observations de délire survenu chez des pneumoniques sous l'influence de la caféine administrée dans un but thérapeutique en injections sous-cutanées. En mème temps, il signale le cas d’un homme de 35 ans, bien portant d'ordinaire, qui ne peut prendre une tasse de café sans délirer aussitôt.
Au cours de plusieurs années d’internat à l’Asile d’aliénés de Dijon, nous avons eu l’occasion de rencontrer un assez grand nombre de caféiques, des femmes en général, arrivant des centres ouvriers du Creusot et de Montceau-les-Mines.
Le délire de ces malades avait un caractère tout parti-
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culier : au premier abord, on avait nettement l'impression d'être en présence d’un délire toxique, en particulier d'un délire alcoolique. Tout : l'intensité et les caractères du délire hallucinatoire, la suractivité désordonnée, les cauchemars horrifiants, aussi bien que les signes physiques : faciès vultueux, tremblement, vivacité du regard, état saburral, soif ardente, etc., indiquait le diagnostic d'une psychose d'origine alcoolique. Mais tous les renseignements obtenus concordaient à démontrer l'absence d'alcoolisme. Finalement on découvrait que la malade, à l'exclusion de tout autre toxique, absorbait des doses journalières excessives de café.
La suppression pure et simple du toxique amenant la cédation rapide des troubles, ou leur amélioration, il - devenait évident qu'ils étaient liés à l'abus du café.
Notre maître, M. le docteur Castin, médecin eu chef, nous fit alors systématiquement interroger les familles de tous :es entrants au sujet de l'abus possible du DE. de même qu'on le fait pour l'alcool.
Nous apportons ici le résultat de ces investigations.
Les traités de Pathologie mentale signalent, au chapitre des intoxications diverses, à côté de la morphine, de l'alcool, de la cocaïne, qui sont les stupéfiants toxiques les plus ordinaires, l'opium, le haschich, l'éther, l'oxyde de carbone, l'atropine, la jusquiame, le chloral, la strychnine, etc, mais le café n'est jamais signalé, et cependant il existe des cas très nets où l'apparition de la psychose est liée indiscutablement à l'abus de cette boisson, où tout au moins, sinon à l'abus, mais au manque de résistance d'individus, prédisposés sans doute, vis-à-vis du café, ou des alcaloïdes qu'il renferme.
Nous éludierons rapidement les troubles généraux imputables au caféisme, insistant plus particulièrement sur les troubles mentaux qui ont été provoqués par le café, et nous essayerons de dégager au cours de ce travail, quelle relation on peut établir entre le‘café, envisagé spécialement au point de vue de son action sur les centres nerveux, et l'apparition ou l’évolution des différentes psychopathies.
Enfin nous signalerons l’action concommitante de l’alcool et du café, apportant sur ce point plusieurs observations.