PLANTES DICOTYLÉDONES
$ 273. Nous avons précédemment étudié chacune des parties qui composent les plantes de cette division. Elles sont caractérisées:
1° Par l'existence d’un embryon à deux cotylédons (quelquefois cependant on en trouve trois ou même un plus grand nombre) ($ 249);
2° Par l'organisation intérieure de la tige, dont toutes les parties sont disposées par couches concentriques, et dont la croissance est exogène ($ 33, 55);
3° Par la disposition des feuilles, dont les nervures sont ramifiées (S 76) ;
4° Par la présence très-fréquente d’un calice et d’une corolle, etc.
On les divise en quatre groupes : les apétales, les monopétales, les polypétales et les diclines.
DICOTYLÉDONES APÉTALES.
$ 274. Ce groupe de plantes dicotylédonées est caractérisé par l'absence d’une corolle, ou du moins d’une double enveloppe florale,
car le périanthe ressemble souvent presque autant à une corolle qu’à un calice. On y range les Aristolochiées, les Laurinées, les Polygonées, les Atriplicées, les Plantaginées, etc.
$275. Les plantes de la famille des Aristolochiées appartiennent à la division des Epistaminées. Quelques espèces sont cultivées dans nos jardins ; l’Aristoloche commune, par exemple.
8276. La famille des Laurinées appartient à la classe de la péristaminie, et se compose d'arbres ou arbrisseaux à feuilles persistantes et à fruit charnu. Elle a pour type les lauriers. La cannelle est l'écorce d’une autre espèce de laurier qui croît dans l'Inde, et c’est aussi d’un arbre du même genre qu’on tire la substance odorante nommée camphre.
$ 277. La famille des Polygonées fait aussi partie de la classe des péristaminées, Trois genres principaux doivent être cités : celui des Rumexæ auquel appartiennent la Patience et l'Oseille; celui des Polygonum ou Renouées dans lequel entre le Sarrazin ; celui des Rheum ou Rhubarbes auquel se rapporte la Rhubarbe commune, dont la plus estimée nous vient de la Chine par la Russie ou la mer des Indes.
S 278. La famille des Atriplicées est encore de la péristaminie. On y range l’Épinard, et une des plantes qui aoccupé et occupe encore l'attention des agriculteurs : la Betterave qui contient une quantité considérable de sucre entièrement semblable au sucre de canne.
82719. La famille des Plantaginées appartient à la classe de l’hypostaminie. Le Plantain est le type de cette famille.
DICOTYLÉDONES MONOPÉTALES :
& 280.Cette division, beaucoup plusnombreuse quela précédente, est caractérisée par l'existence d’une corolle distincte du calice et composée d’une seule pièce. On y range les Primulacées, les Jasminées, les Labiées, les Personées, les Solanées, les Borraginées, les Convolvulacées, les Ericinées, les Campanulacées, les Composées, les Valérianées , les Rubiacées, les Caprifoliacées, etc.
Les sept premières familles appartiennent à l’hypocorollie.
S 281. Les Primulacées renferment les Primevères, parmi lesquelles se placent les Oreilles d’ours ; les Mourons;les Cyclamen, elc.
& 282. La famille des Jas minées se compose d’arbres et arbustes à feuilles ordinairement opposées, dont les fleurs ont une corolle à quatre ou cinq lobes, mais seulement deux étamines. On y range l'Olivier, le Fréne, le Lilas, le Jasmin, etc.
8283. La famille des Labiées comprend des plantes, qui sont pres-
. que toutes herbacées, ont la tige carrée, la corolle tubuleuse et
partagée en deux lèvres, dont l’une supérieure et l’autre inférieure; le fruit se compose de quatre akènes monosperme renfermés dans un calice persistant, et les feuilles sont sessiles et opposées. La plupart des Labiées sont très-aromatiques et sont employées en médecine et pour la préparation des eaux de senteur ; telles sont la menthe, la mélisse, la lavande, le romarin, la sauge, le thym, etc. Près de cette famille se placent les Verveines qui présentent un grand nombre d’analogies avec les Labiées.
S 284. Sous le nom de Personées On à Compris successivement et séparé des sections qui ont reçu ‘les noms particuliers de Rhinanthacées, d’Antirrhinées, de Scrophularinées, de Pédiculariées, et dont plusieurs botanistes ont fait des familles particulières. Les Digitales (pl. VI, fig. 3), les Mufliers (pl. VIL, fig. 7), les Linaïres, les Véroniques, les Pédiculaires, les Rhinanthus, etc., sont des genres de ce grand groupe. Les Orobanchées, plantes parasites, à feuilles écailleuses, se rapprochent des Personées et y avaient été d’abord rattachées par Jussieu ; on y remarque les Orobanches et les Clandestines.
& 285. La famille des Solanées se compose de végétaux dontles fleurs ont un calice monosépale, persistant et à cinq lobes, une corolle régulière et divisée en quatre à cinq lobes ; quatre ou cinq étamines, et un style portantumstigmate à deux lobes ; dont le fruit est une capsule ou une baie contenant un grand nombre de graines, el dont les feuilles sont ordinairement alternes. La plupart des Solanées contiennent une substance narcotique (ou stupéfiante) qui les rend quelquefois très-dangereuses ; le Tabac, la Jusquiame, le Stramoine sont dans ce cas; on en trouve même dans les feuilles et les fruits de la Morelle commune et de la Morelle tubéreuse. Cette dernière plante, dont la tige est herbacée, et les fleurs blanches ou un peu violettes, présente, de distance en distance, sur ses racines longues et fibreuses, de gros tubercules ordinairement arrondis ou oblongs, qui contiennent une quantité considérable de fécule, et qui sont connus sous le nom de pommes de terre. LaTomale et le Piment appartiennent aussi à la famille des Solanées.
$ 286. La famille des Borraginées comprend des plantes à corolle monopétale, à cinq étamines, à fleurs ordinairement disposées en cime scorpioide, à feuilles alternes, et ordinairement rudes au toucher. On y trouve la Bourrache, Y Héliotrope, la Vipérine, la Consoude, le Myosotis, le Cynoglosse, etc.
$S 287. La famille des Gonvolvulacées renferme des herbes, arbrisseaux ou arbres, le plus ordinairement volubiles et laiteux. Le Liseron ou Convolvulus est le type de cette famille, dans la-
quelle on remarque encore une espèce la Belle de jour, et le genre Cuscute. C'est une espèce particulière de liseron qui fournit le jalap, médicament purgatif très-violent.
$ 288. Les deux familles suivantes font partie de la péricorollie.
La famille des Ericinées comprend des arbrisseaux ou sous-arbrisseaux connus vulgairement sous le nom de Bruyères (Erica).
La famille des Campanulacées à pour genre principal la Campanule dont une espèce, connue sous le nom de raiponce, fournit des feuilles que l’on mange en salade.
Lés quatre dernières familles que nous avons nommées, appartiennent à l’épicorollie; mais, dans la première, celle des Composées, les anthères sont soudées, et cette circonstance fait donner aux plantes de cette famille le nom de Synanthérées; et, dans les trois autres, les anthères distinctes font donner aux plantes qui en font partie le nom de Corisanthérées.
S 289. A la famille des Composées appartiennent les Centaurées dont une espèce est le Bleuet, la Chicorée, la Laitue, le Pissenlit, l'Épervière, les Chrysanthèmes dont une espèce est la Marguerite, la Camomille, le Souci, la Pâquerette, le Soleil, les Aster, le Dahlia que les botanistes désignent sous le nom générique de Georgine.
S 290. Trois genres comprennent les Valérianées de France; ce sont : la Valérianelle, dont une espèce est connue sous le nom de Mäche, et le Centhranthe nommé vulgairement Valériane rouge et employé comme plante d'ornement. y
S 291. La famille des Rubiacées à pour principaux genres : la Garance (Rubi) cultivée dans lemidi de l'Europe, et employée pour la teinture en rouge ; le Caféier, l'Ipécacuanha, le Quinquina, etc.
S 292. La famille des Gaprifoliacées renferme comme principaux genres le Sureau, la Viorne, dont une espèce cultivée dans les jardins est nommée Boule-de-neige, le Chèvrefeuille, le Lierre etle Cornouiller. Ces deux derniers genres ont été plus tard séparés par les botanistes de cette famille à laquelle onlesrapportait d'abord.
DICOTYLÉDONES POLYPÉTALES.
S 293. Cettédivision se distingue des deux précédentes par l’existence de fleurs dont la corolle est composée de plusieurs pétales séparés. On l’a divisée aussi, d’après lé mode d'insertion des étamines, en trois sections appelées Épipétalie, Hypopétalie et Péripétalie qui, à leur tour, se subdivisent en familles. La famille la plus re- marquable de l’épipétalie estcelle des Ombellifères; — les familles de l'hypopétalie que nous signalerons ici, sont celles des Re-
nonculacées, des Papavéracées, des Crucifères, des Aurantiacées, des Ampélidées, des Géraniacées, des Malvacées, des Berbéridées, des Violariées et des Caryophyllées; — parmi les familles de la péripétalie, nous choisirons les Crassulacées, les Cucurbitacées, les Myrtacées, les Grossulariées, les Rosacées, les Légumineuses et les Térébinthacées.
& 294. La famille des Ombellifères est surtout caractérisée par ses pédoncules en ombelle, et ses pédicelles en ombellule, accompagnés d’involucre ou d’involucelle. Un des genres les plus remarquables de ce groupe est celui des Ciguës, végétaux dont l'action vénéneuse est des plus puissantes. La Carotte, le Cerfeuil, le Fenouil, V'Angélique, V'Anis et beaucoup d’autres plantes qui ne sont pas du tout vénéneuses ou dont la culture modifie les propriétés, appartiennent à la même famille.
S295. Les principaux genres de la famille des Renonculacées sont la Renoncule, V'Ancolie, la Clématite, V'Anémone, l’'Hellébore, la Nigelle, V'Aconit, la Dauphinelle dont une espèce est le Pied-d’alouette, etc.
S 296. La famille des Papavéracées à pour genres principaux : la Chélidoine,vulgairement claire, elle Pavot.Lafleur des pavots aune corolle à quatre pétales plissés et chiffonnés avant leur épanouissement. Le Coquelicot, si commun dansnos champs, appartient à ce genre :mais l'espèce la plus célèbre est celle qui areçulenomde pavot somnifère, car le suc qu’on extrait de ses capsules constitue l’opium, substance particulière quia la propriété de calmer et d’assoupir : quand on la prend en petite quantité, mais qui, à haute dose, est aussi un poison violent. Auprès des Papavéracées se place un petit groupe, autrefois confondu dans cette famille, maintenant isolé sous le nom de Fumariées, et comprenant comme principaux genres le Corydale et le Fumeterre employé en médecine.
$ 297. La famille des Grucifères à pour caractères : un calice tétraphylle, deux sépales renflés inférieurement ; une corolle tétrapétale en croix (pl. V, fig. 1); six étamines tétradynames (pl. VII, fig. 29); deux carpelles unis d’abord, formant plus tard une silique (pl. IX, fig. 27). Les principaux genres de cette grande famille naturelle sont : le Chou, le Navet, la Rave, le Colza, le Sénevé ou Moutarde, le Cresson de fontaine, le Thlaspi, le Cochlearia, la Corbeille-d’or, la Giroflée, la Julienne, etc.
& 297. La famille des Aurantiacées Ou Hespéridées renferme l'oranger et le citronnier qui appartiennent au genre Citrus.
C’est auprès de ces plantes que se place la tribu des Camelhées, appartenant à une famille voisine, et dans laquelle on remarque le Camellia que la beauté de ses fleurs fait rechercher maintenant;
et le Thé, arbrisseau à fleurs blanches, qui croit à la Chine et au Japon.
S 298. Les Ampélidées Ou Vinifères forment une famille naturelle très-voisine de la précédente, et secomposent d’arbustes ou arbrisseaux sarmenteux, et munis de vrilles opposées aux feuilles ; les fleurs, disposées en grappes opposées également aux feuilles, sont à calice très-court, et souvent presque plane, à corolle composée de cinq pétales, et à cinq étamines opposées aux pétales; enfin, le fruit est une baïe globuleuse contenant d’une à quatre graines. La Vigne commune appartient à cette famille.
S 299. La famille des Géraniacées à pour type le Geranium, et le Pelargonium dont une multitude d’espèces ornent nos jardins et sont connues vulgairement sous le premier nom.
$ 300. Les plantes les plus importantes de la famille des Malvacées sont les Cotonniers, végétaux dont les fruits nous fournissent la substance textile connue sous le nom de coton.
C’est auprès de cette famille, dans le groupe des Linacées que prend place le Zen.
S 301. A la famille des Berbéridées appartient l'Épine-Vinette dontnous avons étudié la feuille (p£. IV, fig. 36), et les étamines (pl. VI, fig. 4).
S 302. Le type de la famille des Wiolariées est la Violette, dont une-espèce, la Violette tricolore, est connue vulgairement sous le nom de Pensée.
8 303. La famille des Caryophyllées à pour principaux genres l'OŒillet (Dianthus), le Lychnis, la Saponaire, la Spargoute, la Stellaire dont une espèce est nommée vulgairement le mouron des petits oiseaux, etc.
S 304. La famille des Crassulacées où plantes grasses, comprend deux genres principaux indigènes les Sedum et les Joubarbes ; les plantes exotiques de cette famille font une partie de l’ornement de nos serres.
S 305: Les Cucurbitacées composent une famille à plantes herbacées grimpantes dont le fruit est une péponide. Les principaux genres sont le Concombre, dont on cultive deux espèces connues généralement sous les noms de Æelon et de Cornichon ; une autre espèce est le Pastèque ou Melon d’eau; les Courges, dont une
espèce est le Potiron ; la Bryone, etc.
__ S 306. Aux Grossulariées appartiennent les Groseilliers dont Is baies sont si connues ; aux Myrtacées appartiennent les Âfyrtes, cultivés à cause de leur port élégant et de leurs charmantes fleurs.
S 307. Les Rosacées forment une nombreuse famille qui à été subdivisée en plusieurs tribus, dont nous ne pouvons ici établir les
particularités. On y range les Pommiers, les Poiriers, les Pruniers, les Cerisiers, les Péchers, les Abricotiers, les Coignassiers, les Néfiers, les Amandiers, les Fraisiers, les Framboisiers, etc.
$ 308. La famille des Eégumineuses est, après celle desGraminées, une des plus utiles, à cause des aliments abondants et variés qu’elle fournit à l’homme et aux animaux domestiques. Parmi ces plantes les unes sont herbacées, les autres constituent des arbres même très-élevés ; leurs fleurs se composent en général d’un calice monosépale, ordinairement campanuliforme ou tubuleux, et d’une corolle à cinq pétales inégaux, dont la forme générale a quelque ressemblance avec celle d’un papillon, et c’est ce qui a fait donner à la famille le nom de Papilionacées (pl. VI, fig. 25); Les étamines sont presque toujours au nombre de dix, et réunies en deux faisceaux inégaux (pl. VIIL, fig. 32) ; le fruit est une gousse ou légume en général allongé, comprimé, bivalve, et à une seule loge renfermant des graines ordinairement globuleuses ou lentieulaires (pl. IX, fig. 23). Enfin, les feuilles sont presque toujours alternes ; quant à la tige, elle varie beaucoup.
Les Poës, les Lentilles: les Fèves, les Haricots, le Trèfle, la Luzerne, le Genét, l'Acacia, l'Ébénier, le Mimosa ou sensitive, et un grand nombre d’autres plantes appartiennent à cette famille. Plusieurs d’entre elles donnent des graines dont les cotylédons épais, charnus, et formés en grande partie de fécule, nous servent d’aliment ; d’autres fournissent de la gomme, divers acacias par exemple ; il en est qui sont employés en médecine comme purgatifs, tels sont la casse et le tamarin ; enfin, d’autres encore donnent des matières colorantes d’un grand usage dans les arts, l’indigo et le bois de Campéche entre autres.
S 309. La famille des Térébinthacées comprend des arbres ou des arbrisseaux parmi lesquels on remarque les Térébinthes, les Rlus où Sumacs, les Pistachiers, le Manguier, la Noix d’acajou.
DICOTYLÉDONES DICLINES.
$ 310. Cette quatrième division des dicotylédones secompose, dans la méthode de Jussieu, des plantes à fleurs véritablement unisexuées et diclines, c’est-à-dire portées sur des individus différents; mais elle est peu naturelle, et a subi des modifications nombreuses et nécessaires. Nous venons déjà de voir qu’il fallait en détacher les Cucurbitacées.
Nous indiquerons seulement ici les Euphorbiacées, les Urticées, les Amentacées, et les Conifères.
S 311. Les caractères généraux de la classe des Euphorbiacées sont : desfleurs dioïques ou monoïques ; un fruit à deux, trois ou
plusieurs coques ; des graines solitaires ou géminées, pendantes. Les principaux genres sont : l'Euphorbe; le Buis qui donne au tourneur et au graveur un bois précieux par son tissu serré et homogène; le ARicin, dont la graine fournit l'huile purgative connue sous le nom d'huile de Palma-Christi ; la Mercuriale ; le Mancenillier, etc. C’est une des plantes de cette famille qui fournit la fécule connue sous le nom de Cassava ou Tapioka ; on l’obtient de la racine du Manioc, et elle contient un suc très-vénéneux qu’on en sépare au moyen de l’eau.
$ 312. La grande famille des Urticées comprend des végétaux tantôt herbacés, tantôt ligneux, dont les sucs sont souvent laiteux, dont les fleurs sont apétales, réunies en chaton ou renfermées dans un involucre charnu et à étamines hypogynes, et dont le fruit se compose d’un akène crustacé enveloppé par le calice ou par l’involucre ; on y range les Orties, les Figuiers, le Chanvre, les Müriers, l’Arbre à pain, l’'Orme, le Houblon, etc.
$ 313. La famille des Amentacées comprend toutes les plantes dont les fleurs staminées sont en chaton. Elle a été subdivisée en plusieurs groupes, dans lesquels prennent place l’Aune, le Bouleau, le Peuplier, le Saule, le Platane, le Noyer, etc. Le plus considérable et le plus curieux de ces groupes est celui dont les genres portent le nom commun de Cupulifères : il fournit plusieurs de nos grands arbres forestiers les plus importants, tels que le Chéne, le Chätaignier, et le Charme.
On connaît plusieurs espèces de chènes : notre Chéne commun ou Chéne rouvre est un arbre magnifique, qui peut s'élever à une hauteur de soixante à soixante-dix pieds; il croit très-lentement, mais vit fort longtemps; il ne commence guère à porter de glands avant trente ou quarante ans, et il ne cesse de s’accroître qu'après trois ou quatre siècles. Son bois l'emporte sur celui de tous nos arbres indigènes par sa dureté et sa durée; c’est celui qu’on emploie le plus comme bois de charpente. Son écorce, qui est très-astringente, est également utile, car elle sert à faire le tan, substance à l’aide de laquelle on tanne les cuirs.
Les noix de galle, qu’on emploie pour faire de l'encre et pour la teinture en noir, sont des excroissances que la piqûre d'un petit insecte produit sur les branches d’une espèce de chène de l'Asie- Mineure.
L' Yeuse ou Chéne vert, qui croît en abondance dans le midi de l'Europe, a les feuilles dentelées, et les conserve pendant l'hiver. Il en est de même pour une autre espèce de ce genre connu sous le nom de Chéne liége, parce qu’il fournit le liége. Cette substance,
élastique et fongueuse, est la couche subéreuse de l'écorce, dont on dépouille l'arbre tous les huit ou dix ans ($ 136); il y en a beaucoup en Espagne et même dans le midi de la France.
Les Châtaigniers forment un autre genre de la même famille que les précédents; leur fruit est une espèce de noix à une seule loge, qui renferme deux ou trois graines contenant beaucoup de fécule, et qui est entièrement enveloppée par la cupule dont la surface est hérissée de piquants. Notre châtaignier vulgaire est un grand et bel arbre qui croit spontanément dans les forêts de presque toute l’Europe et dans diverses parties de l’Amérique septentrionale ; il acquiert quelquefois une grosseur énorme; il s’en trouve un sur le mont Etna qui a, dit-on, cent dix pieds de circonférence ; il est creux, et on à construit dans son intérieur une maisonnette avec un four où l’on fait cuire des châtaignes que souvent on cueille sur l'arbre lui-même. Dans les Cévennes, le Limousin, et quelques autres parties de la France, les paysans se nourrissent presque exclusivement de châtaignes ; les plus belles variétés sont vendues à Paris sous le nom de marrons. Le bois de cet arbre est employé pour les constructions et pour la fabrication des tonueaux ; on le brüle aussi pour en retirer du charbon.
Il ne faut pas confondre avee le Chétaignier l'arbre si connusous le nom de Marronnier d'Inde et qui appartient à une famille toute différente. Cet arbre ne doit son nom qu’à la ressemblance qu'offre l'enveloppe épineuse de son fruit avec celle des châtaignes; mais chez le Châtaignier l'enveloppe épineuse est formée par des bractées ; chez le Marronnier d'Inde, elle est constituée par le péricarpe lui-même.
Le Charme est un arbre facile à façonner par la taille, qu'on emploie souvent pour faire des haies ; on l'appelle alors charmille : il peut s'élever à cinquante ou soixante pieds, et son bois, très-dur, est beaucoup employé pour le charronnage et pour le chauffage.
$ 314. Les arbres quicomposent la famille des Gonifères sont désignés généralement sous le nom d'arbres verts et d'arbres résineux, parce qu'ils conservent leurs feuilles en hiver, et parce que leur bois contient une grande quantité de résine. IIS ont presque tous des feuilles coriaces, roides et linéaires ; les fleurs sont unisexuées et disposées en cônes ou en chatons ordinairement écailleux ; enfin le fruit est en général aussi un cône écailleux ; les ovules sont nus sur des écailles, ce qui leur fait donner le nom de Gymnospermes ; l'embryon est à cotylédon entièrement distinct. Les Pins et les Sapins forment lestypes de cette famille ; ces deux genres se distinguent entre eux par le port, par les feuilles, qui sont solitaires
| GÉOGRAPHIE BOTANIQUE. 215 chez les sapins et réunies en faisceaux de deux à cinq chez les pins ; par les fleurs mâles, dont les chatons sont isolés et solitaires chez les premiers, réunis et groupés chez les seconds, et par plusieurs autres caractères. Les uns et les autres se plaisent dans les montagnes ou sur les plages sablonneuses.
Les Pins abondent surtout vers le Nord, où ils forment de vastes forèts; leur tige est droite et d’une hauteur souvent colossale; on en connaît un grand nombre d'espèces, dont deux, ayant les feuilles géminées, sont communes en France; savoir : le Pin sauvage, qui croît dans les Alpes, les Pyrénées, etc., et le Pin maritime, qui se trouve sur les bords de la mer, dans le midi de la France. Ce dernier fournit une grande quantité de térébenthine, et sert à la fabrication du goudron.
Le Sapin commun se trouve dans les mêmes contrées que le Pin sauvage, et fournit des poutres et des planches. Une autre espèce estle Sapin pectiné; on emploie à une foule d'usages Le suc résineux qui découle de son tronc, et qui est appelé térébinthe, goudron, colophane, poix de Bourgogne, etc. Le Cèdre est aussi une espèce de sapin.
On distingue encore dans cette famille plusieurs autres genres : les Mélèzes, les Cyprès, les Thuia, les 1fs, et les Genévriers dont les fruits nommés baies de genièvre, donnent par la fermentation une liqueur alcoolique très-répandue dans le Nord.
$315. La géographie botanique s'occupe de la distribution des végétaux sur Le globe.Toute plante vit dans un milieu qui lui présente: certaines conditions physiques qui lui conviennent : c’est là sa station. On l'indique pour tel ou tel végétal, en disant qu’il vit dans les forêts, dans les marais, dans le sable, ete. Toute plante se trouve aussi nécessairement dans tel ou tel pays : cette position géographique est son habitation : on l'indique en disant que tel végétal vit en France, etc. Ce que l’on dit d’une plante peut aussi se dire d'un genre, d'une famille, d’une classe, et les différences que présentent les divers pays, sous le rapport du groupement des plantes qui les caractérisent, déterminent des régions botaniques, dont les limites sont indiquées par celles mêmes du développement
de telle ou telle espèce, de telle ou telle famille. Plusieurs auteurs ont cherché à caractériser ces régions, dont chacun d’eux a reconnu un nombre très-différent ; mais à mesure que les explorations des voyageurs se multiplient, les bornes de ces régions diverses s’effacent, et la science n’est pas aujourd'hui encore assez riche en flores, c’est-à-dire en descriptions complètes des plantes qui appartiennent à chaque pays, pour pouvoir rien formuler de précis sur ce sujet. On nomme aire l'espace dans lequel s'étend l'habitation d’une plante ou d’un groupe de plantes.
Pour trouver les causes qui influent sur l'extrême inégalité avec laquelle les différentes espèces sont répandues sur la terre, il faut avoir égard nécessairement aux différences que présente la distribution de la chaleur, de la lumière, de l’air, de l’eau, dans les divers climats ; il faut aussi tenir compte de la nature du sol, c’està-dire du milieu, terre ou eau, dans lequel se développe uneplante, puisque c’est à ce milieu qu’elle doit demander les éléments nutritifs que son organisation spéciale réclame. La latitude et la hauteur du lieu sont donc des causes variables qui doivent faire varier aussi la distribution des végétaux. Mais alors même que ces conditions physiques sont les mêmes, il n’en résulte pas que les mêmes plantes s'y rencontrent, surtout quand les lieux sont éloignés; cette circonstance fait reconnaître des centres de végétation, d’où certaines plantes ont rayonné sans franchir des limites assez restreintes : tels sont la Nouvelle-Zélande, le cap de Bonne-Espérance. Un rapport curieux entre les centres différents consiste en ce que les plantes d’une station identique peuvent se remplacer mutuellement, de sorte que la place occupée dans un centre par telle famille est occupée dans un autre centre par une famille analogue ; et plusieurs végétaux paraissent avoir élé communs à plusieurs centres à la fois. Du reste, la similitude des conditions que deux centres offrent à des plantes dont l'habitation n’est pas la même, permet de transporter une plante d’un centre dans un autre, et c’est ainsi que la distribution originaire des végétaux peut être troublée. On sait qu’une de nos mauvaises herbes les plus communes, l’Erigeron du Canada, n'appartient pas à notre végétation, et que notre Ortie, le Mouron des oiseaux, eic., se sont propagés avec la même abondance fàcheuse dans le Brésil, où 1ls ne se rencontraient pas d’abord.
Ne pouvant suivre ici la science si intéressante de la géographie botanique dans tous ses détails, nous nous contenterons d'en indiquer les principaux résultats.
Le nombre des espèces va en augmentant progressivement des pôles à l’équateur, et c’est dans la zône torride qu’il atteint son
maximum. On comprend d’ailleurs que la configuration du sol, les accidents variés qu'il présente, peuvent, même à une latitude semblable, multiplier beaucoup les espèces, et c’est probablement à cette cause que l'Amérique intertropicale doit sa prodigieuse richesse. La taille des végétaux va aussi en augmentant des pôles à l'équateur ; et le nombre des espèces ligneuses, aussi bien que leur proportion aux espèces herbacées, suit la même loi. A mesure qu’on s'éloigne de l'équateur, la proportion des monocotylédones augmente: il semble que les acotylédones obéissent à la même loi; cependant, pour ces derniers, il faut remarquer que la science n’en a pas poursuivi partout l'examen avec la même ardeur, et que leur nombre augmente, dans les diverses habitations, à mesure qu'on s’en occupe, sans que la proportion des plantes cotylédonées croisse beaucoup.
Les îles présentent à la végétation une étendue plus grande de terrains soumis au climat marin, c’est-à-dire, à un climat plus humide et plus tempéré, en même temps plus constant que les climats continentaux. Leur flore accuse, en conséquence, des plantes particulières, et leur caractère est l'abondance des acotylédones, surtout des Fougères. Il semble aussi que ce climat marin nuit au développement des espèces arborescentes, et que le nombre de végétaux est relativement moins grand, pour une même étendue, dans les îles que sur les continents.
Quand on s'élève sur une montagne, surles Alpes par exemple, il est clair qu’on change à chaque instant de milieu et que la végélation doit présenter des aspects aussi variés que les hauteurs sont différentes. D'abord se présentent les plantes des champs; puis certaines plantes dont la station est en rapport avec la nature du lieu ; des Noyers, des Châtaigniers se montrent ensuite, et les arbres à feuilles caduques; ceux-ci cessent, et les Chênes, qui s'arrêtent vers 800 mètres, les Hètres qui cessent à 1,000, les Bouleaux et autres arbres s'étendent jusqu’au point où commencent les arbres verts ou conifères : le Sapin, le Pin, le Mélèze, s'élèvent par étages successifs, jusqu’à 1,800 mètres ; le Bouleau peut persister et atteindre 2,000 mètres. Plus haut les arbres ne se développent qu’en humbles taillis, et des plantes propres à ces régions élevées, les Rhododendrum dans les Alpes, se montrent jusqu’à une certaine hauteur où la verdure devient de plus en plus rare; enfin les Lichens seuls couvrent les rochers. Au-dessus s'étendent les neiges éternelles.
Si nous examinons dans quelles limites se développent sur le globe les familles qui fournissent à l’homme leurs produits utiles, nous voyons que les céréales s'étendent très-haut vers le nord;
nous avons cité les principales en parlant des Graminées. La Pomme de terre vit aussi à une très-haute latitude, elleest cultivée en Islande, et vit même sur les hautes montagnes d'Écosse où les céréales ne peuvent atteindre. Les pays chauds lui sont moins favorables ; elle y dégénère. Le Châtaignier croit spontanémentau Midi dans les régions montueuses, Asie-Mineure et Caucase ; il ne mürit plus au delà de Londres et de la Belgique, et la chaleur de l'Italie lui est aussi contraire. La Vigne n’est plus cultivée dans le Nord au delà d’une ligne qui, commençant vers Nantes, monterait jusqu’à Paris, plus haut en Champagne, sur la Moselle et le Rhin, descend en Silésie, puis en Hongrie jusqu’en Crimée et au nord de la Caspienne ; au sud, elle s'arrête aux Canaries, suit le littoral de la Barbarie, arriveen Égypte, en Perse, ne mürit plus au Japon et n’est point cultivée en Chine. Elles’élève, en moyenne, jusqu’à 600 mètres sur les montagnes, et atteint même à 960 metres dans la Sicile et le sud de l’Apennin. Dans l'hémisphère austral, on la trouve au Chili, au cap de Bonne-Espérance, dans la Nouvelle-Hollande.
Une question intéressante est celle de savoir si les végétaux ont toujours été distribués sur le sol comme ils le sont aujourd'hui. L'étude des végétaux fossiles a déjà jeté sur cette partie de l’histoire des plantes une grande lumière; maisil fautattendre du temps un ensemble de faits suffisants d’où l’on puisse tirer une science complète. La conséquence la plus curieuse à laquelle on soit arrivé jusqu’à présent, est la constatation de ce fait que les végétations qui ont tour à tour couvert le globe ont suivi, en général, dans leur ordre de succession, cette marche progressive du simple au composé que la classification à établie dans la série des acotylédones aux cotylédones.