LOIS DE COMBINAISON. — ANALYSE
$ 17. Puisque les combinaisêns naturelles peuvent être décomposées en combinaisons binaires, ce sont ces dernières qu'il faut étudier d’abord : et comme leur formation est soumise à certaines lois simples, ce sont ces lois qu'il faut connaître.
Jusqu'ici nous n'avons considéré les corps bruts que sous le rapport de la nature des substances qui concourent à leur formation; dans un Sulfure de Cuivre, par exemple, nous avons seulement constaté la combinaison du Soufre avec le Cuivre. Mais il est clair que la détermination des corps constituants d'un composé ne suffit pas pour nous faire connaître ce composé, et que nous devons encore savoir pour quelle quantité chacun des principes constituants entre dans la combinaison. À ce second point de vue, comme au premier, l'expérience est le seul guide qu'il faut suivre , et le moyen d'investigation dont l'expérience se sert est l'analyse, c'est-à-dire la décomposition du corps qu'il s'agit d'étudier. Cette décomposition aura donc évidemment un double but : découvrir d’abord quelles sont les substances dont la combinaison a formé le corps qu'il faut décomposer ; découvrir, en second lieu, la proportion des substances composantes. De là, deux sortes d'analyses : l'analyse qualitative et l'analyse quantitative. Nous avons précédemment indiqué les principales lois à la découverte desquelles a conduit la comparaison des divers résultats fournis par l'analyse qualitative ; il nous reste à faire comprendre les lois que
la discussion des analyses quantitatives a fait découvrir. Cet examen nous fournira le moyen de saisir la marche qu'a suivie Ja nature dans la formation des matières inorganiques , et nous verrons que, pour la quantité des substances, comme pour leur qualité, elle s’est renfermée dans des bornes assez étroites , qui ont de beaucoup restreint le nombre possible des composés.
$ A8. Lois des proportions définies et des proportions multiples. — Il ne faut pas croire, en effet, que deux corps simples étant donnés , on puisse les combiner entre eux suivant des proportions quelconques, et qu’il suffise de varier alternativement et aussi peu qu'on voudra la quantité de l’un d'eux, pour donner naissance à une série indéterminée de produits différents. Les corps ne se combinent qu'en proportions définies, c'est-à-dire en proportions fixes et pouvant seules donner lieu à la combinaison. Ainsi, pour ne pas quitter l'exemple précédent, en mettant en présence une quantité quelconque deSoufreet de Cuivre, on ne provoquera pas la formation d'un sulfure, dans lequel cette quantité de Soufre et de Cuivre serait tout entière employée; ces deux corps simples ne se combinent qu’en proportions déterminées, entre lesquelles il n'existe pas d'intermédiaires, et en dehors desquelles il n'y a pas de combinaison : il pourra donc rester une quantité excédante qui ne saurait être employée dans la combinaison. De cette loi il résulte nécessairement que le nombre des combinaisons entre deux corps est déterminé, défini lui-même, et nous aurons fait comprendre comment cette loi limite le nombre des combinaisons, quand nous aurons ajouté qu'entre deux corps le nombre des combinaisons s'élève rarement à quatre ou cinq. Ainsi entre le Soufre et le Cuivre, deux combinaisons sont seules possibles. Dans l’une de ces combinaisons on trouve toujours :
20,27 de soufre à 79,73 de cuivre = protosulfure de cuivre,
100,00 Dans l’autre on trouve :
33,74 de soufre 66,29 de cuivre
Fe bisulfure de cuivre.
En dehors de ces proportions, ces sulfures ne se forment pas, et aucun autre composé de Soufre et de Cuivre ne se forme.
Nous citerons encore quelques exemples : le Cuivre peut aussi se combiner avec l'Oxygène de manière à donner naissance à trois oxydes, dans lesquels les proportions des substances sont les suivantes :