CLIVAGE. FORME PRIMITIVE
priété de se diviser mécaniquement en lames minces , dont la surface est netteet lisse, et dont la direction est constante pour un même minéral. Cette division naturelle et régulière est désignée sous le nom de clivage , expression empruntée aux lapidaires. Elle se distingue de la cassure par le poli naturel et la forme lamellaire des plaques.
Pour quelques espèces , le clivage est extrêmement facile à opé-
rer , et chacun sait que la Chaux sulfatée ou Pierre à plâtre, vulgairement connue sous le nom de Pierre-à - Jésus, se laisse partager avec le couteau en lamelles brillantes, sans qu'il soit | besoin d'aucun choc. Mais en général iln'en est pas ainsi, et, pour effectuer le clivage, il est besoin d'un effort mécanique assez énergique : la percussion vive d'un marteau , l’action d'un ciseau ou d'un autre instrument tranchant que l'on essaie dans le sens présumé des lames, et sur lequel on frappe un coup sec. Quelquefois une élévation ou un abaissement subit de température détermine le clivage d'une substance cristallisée qui avait résisté aux | moyens mécaniques.
Mais souvent le clivage d'un cristal est seulement soupçonné, et les indices en sont de petites stries ou lignes naturelles tracées sur les faces du minéral, et continues dans des directions constantes (pl. 4, fig. 44). Il arrive même que ces indices se réduisent à quelques reflets ou miroitements, qu'on aperçoit à d'intérieur du cristal lorsqu'on le fait mouvoir sous une lumière vive.
$ 62. Dans quelques minéraux , le clivage ne peut avoir lieu que dans un seul sens, et n'a pour but alors que de révéler une structure lamellaire ; dans quelques autres, il existe deux directions de clivage, qui ne donnent par conséquent pour résullat aucun solide déterminé.
Mais ordinairement un cristal présente au moins trois directions de lames , et la division conduit, dans ce cas , à un solide compris sous les plans de clivage. Si la division s'effectue parallèlement aux faces du cristal que l’on elive, le solide qui en résulte reproduit la forme même du cristal, et n’en est qu'une représentation sous des dimensions moindres. Si, au contraire, les nouvelles faces mises à découvert par le clivage ne sont pas parallèles à celles du cristal que l’on divise, le solide obtenu par le prolongement des plans jusqu'à leur rencontre sera différent du solide clivé.
$ 63. Forme primitive. Noyau central. Forme secondaire. — C'est au solide obtenu par ce moyen que l'on donne le nom de s0lide de clivage, et que Haüy applique la dénomination .de forme primilive OU noyau.
Par des considérations théoriques qu'il étendit aux cristaux qui | ne sont pas susceptibles d'être clivés, le célèbre minéralogiste con- | sidéra, en conséquence, tout cristal comme renfermant dans son
intérieur ce noyau central, sur les faces duquel sont venues se superposer symétriquement des couches de molécules qui ont donné
naissance à la forme du cristal lui-même; il distingua cette der-
nière forme sous le nom de forme secondaire. Dans le cas où le clivage est parallèle à chacune des faces d'un cristal, la forme secondaire de ce cristal est donc de même espèce que la forme primitive, et peut être considérée comme telle.
Le Fluor (fluorure de calcium) qui cristallise en cube, et la Ga-
lène (sulfure de plomb) qui se présente en octaèdre, vont nous :
servir d'exemples pour mieux faire comprendre cette idée fondamentale de la cristallographie.
Le premier de ces corps, essentiellement lamelleux, offre quatre directions de lames qui permettent de le cliver sur chacun de ses huit angles solides, comme on le voit dans la figure 2 (pl. 2); en continuant d'enlever des lames parallèlement à chacun des petits plans ainsi obtenus, on arrive à un solide qui se rapproche de plus en plus de l’octaèdre, comme dans la figure 3, et l'opération conduit enfin à l'octaèdre régulier, contenu daws le cube, comme on le voit dans la figure 4 (pl. 2), et dans la fig. 5 (pl. 4). Cet octaèdre serait la forme primitive, le noyau du cube de Fluor; ce cube lui-même serait une forme secondaire.
Dans la Galène, il existe trois directions rectangulaires, de sorte que l'octaèdre peut être clivé sur ses six angles solides, comme dans la fig. 3 (pl. 2), et que l'ablation de lames successives conduit évidemment à un cube : ce cube serait le noyau, la forme primitive de la Galène; l’octaèdre en serait la forme secondaire.
$ 64. Outre les clivages qui conduisent à la forme primitive, et qui sont appelés principaux ou essentiels, certains minéraux en présentent encore d’autres qui mènent à quelque forme dérivée, et que l'on distingue sous les noms de supplémentaires ou surnuméraires. Les premiers sont généralement plus nets et plus faciles que les seconds.
Quel que soit d’ailleurs le degré de netteté des clivages qu'offrent les faces diverses d’un cristal, il reste toujours le même pour une même substance, et est aussi constant que la direction des clivages eux-mêmes. [Il existe donc, entre le clivage et la forme
cristalline, une relation très remarquable qui caractérise la sub-.
stance, et en fait, en quelque sorte, connaître l’organisation propre. On comprendra encore mieux l'importance de cette relation, quand nous aurons ajouté l'observation suivante : une même substance