FIN DE LA MINÉRALOGIE
CAHIERS
NOTIONS GÉNÉRALES SUR L'ÉCORCE DU GLOBE. — DISPOSITION GÉNÉRALE DES TERRAINS.
$ 4. La Géoroexæ, ou science de la terre, est cette branche de l'histoire naturelle qui traite de la constitution physique de notre globe.
La terre, comme chacun le sait, a la forme d’une boule ou sphéroïde , un peu aplati vers les pôles. Son diamètre est de plus de 3,000 lieues, et sa surface est inégale : ici elle est hérissée de Jongues chaînes de montagnes, ailleurs elle présente des dépressions profondes; mais ces inégalités, toutes gigantesques qu'elles nous paraissent, lorsque nous les comparons aux petits objets dont nous sommes environnés , sont, dans la réalité, fort légères, comparativement à la masse du globe; elles sont proportionnellement beaucoup moins grandes que celles qui se voient sur l'écorce de l'orange la plus fine, et si l'on voulait les représenter en relief sur une sphère d’un mètre de diamètre, les plus hautes montagnes seraient encore si petites qu'il faudrait presque un microscope pour les apercevoir.
$ 2. Les parties les plus déclives de la surface du globe sont recouvertes par de grandes masses d’eau qui constituent les mers et qui cachent ces parties à notre investigation; mais il est probable que les enfoncements les plus profonds n'ont guère plus d’une lieue de profondeur au-dessous du niveau de la mer, et l’on sait, par des mesures précises, que le sommet des plus hautes montagnes ne s'élève pas à deux lieues , c'est-à-dire 8,000 mètres au-dessus de ce même niveau (1).
Du reste, la surface de la terre est loin d'avoir eu toujours la
(1) La plus haute montagne de l'Europe est le Mont-Blanc, qui s'élève à 4,810 mètres au-dessus du niveau de la mer ; le Mont-Perdu , qui est l’un des pics les plus élevés des Pyrénées, en a 5,410. Le Pic de Ténériffe a 5,710 mètres de “haut. Dans l'Amérique du Sud il y a, daus Ja chaîne de [a Cordillière des Andes, des montagnes bien plus hautes; le Chiniborazo au Pérou a 6,530 mètres, et le
“Ncvado de Sorata a 7,696 miètres ; mais c'est en Asie que se trouvent les montagnes Mes plus élevées du monde ; l’un des pics de l'Himalaya au Thibet a 7,821 metres,
configuration que nous lui connaissons aujourd'hui; elle a été bouleversée maintes fois , et il y a même lieu de croire -quesprimitivement le globe entier était une masse liquide fondue par la chaleur et qui, en se refroidissant , s’est solidifiée peu à peu. En effet une masse fluide ou de consistance pâteuse qui serait animée d’un mouvement de rotation, comme l'est effectivement la terre , ne conserverait pas une forme sphérique, mais, à raison de la force centrifuge que ce mouvement développerait, tendrait à s’aplatir vers les pôles, tandis que dans une sphère solide aucune déformation de ce genre ne se manifesterait. Or, puisque le globe terrestre , ainsi que nous l'avons déjà dit, présente précisément cet aplatissement vers les pôles et un renflement correspondant à l'équateur, on peut conclure qu’il a passé par un état fluide ou pâteux, par un état de fusion ignée. Le rayon de l'équateur est de 6,376,986 mètres, tandis que le rayon du pôle n’est que de 6,356,324, ce qui donne un rayon moyen de 6,366,745 mètres, et une différence d'environ 49,000 mètres entre les deux diamètres.
& 3. L'homme n'a pu examiner la nature des substances qui constituent notre globe qu’à des profondeurs très petites, même en descendant dans les mines creusées pour l'extraction des richesses que la terre renferme; car les plus profondes de ces excavations n’ont guère plus de 100 mètres. Mais par des calculs , dont il nous serait impossible de donner ici une idée, on a trouvé que la partie centrale de la terre ne doit être occupée ni par de l’eau ni par des vapeurs, mais par des matières aussi pesantes que nos métaux ‘les plus lourds , et si chaudes qu’elles sont probablement dans un état de fusion constante.
8 4. Un grand nombre de faits concourent en effet à prouver que la terre a une chaleur intérieure , indépendante de celle qu'elle reçoit du soleil, et qui est un reste de sa chaleur originelle. Ainsi, sa température s'élève d'autant plus qu'on descend à des profondeurs plus considérables; il y a des mines très profondes, qui sont si chaudes que les ouvriers ne peuvent y travailler que nus, et toutes les fois que l’eau d’une source un peu considérable vient d’ une grande profondeur, sa température est très élevée. On a même pu mesurer cet accroissement de température, et s'assurer que la chaleur de da terre augmente d'environ un degré du thermomètre centigrade pour 33 mètres. Ainsi, dans les caves très profondes, où l'influence des saisons ne se fait pas sentir, et où la température.est toujours la même, le thermomètre marque, à Paris, environ 44° centi= grades, et, à une profondeur de 60 mètres au-dessous de ces caves; la chaleur est d'environ 13°. À environ 3 kilomètres , elle doit être à peu près égale à la température de l’eau bouillante, c'est-à-dire