GLACIERS
exemples sur une petite échelle, et dans plusieurs localités de l’Italie, il se forme de la sorte des masses énormes d’une pierre cal- Caire, connue sous le nom de travertin.
$ 15. Glaciers, — Ce n'est pas seulement par l’action des courants que les débris solides provenant de la désagrégation des roches sont transportés au loin ; cette cause est sans contredit la plus importante de toutes celles qui tendent à modifier aujourd'hui la forme de la surface de la terre: mais il en est d’autres qui méritent également de fixer ici notre attention, et de ce nombre est le mouvement de ces amas d’eau congelée que l’on désigne sous le nom de glaciers.
Les glaciers sont d'immenses masses de glace encaissées dans les vallées ou suspendues aux flancs des hautes montagnes ; leur étendue est souvent très considérable : ceux qui occupent les grandes vallées des Alpes descendent en général des plus hautes sommités et se prolongent jusque dans les régions cultivées ; il y en à qui ont cinq ou six lieues de long ou même davantage, sur une demi-lieue ou une lieue de large.
Dans toutes les hautes régions il tombe annuellement une quan-
tité considérable de neige, et comme le soleil n’a pas assez de force pour en fondre la totalité pendant l'été, il s'en accumule d'année en année dans les anfractuosités situées au pied des plus hautes cimes. Sur la pente des montagnes les plus élevées, cette neige, ordinairement fine et poudreuse, conserve sa blancheur ; mais au-dessous de cette région supérieure que l’on nomme le Champ ou plateau supérieur du glacier, la neige, devenue grenue et d'une teinte plus ou moins grisâtre à sa surface, constitue ce que l’on appelle le névé. Enfin, au-dessous de l'espèce de réservoir où mer de glace constituée par les deux régions précédentes, se trouve le glacier proprement dit, qui occupe les régions où la totalité de la neige tombée en hiver fond complétement en été, et qui est alimenté par les névés et les champs de neige dont il forme la décharge.
Les glaciers se composent de glace compacte dont la masse résulte de l’agglutination des grains de neige entre eux, à l’aide de l’eau qui s’infiltre et agit ensuite comme un ciment en se congelant. La surface de cette glace est rugueuse ; sa masse est traversée, dans tous les sens, par de petites fissures capillaires , et stratifiée dans toute son étendue : les couches correspondent généralement à l'épaisseur de neige tombée pendant une année.
Mais le phénomène le plus remarquable dont les glaciers sont le siège, est le mouvement progressif de toute leur masse sur la pente des terrains qui les supportent. Ce mouvement lent, mais continu,
a lieu dans le sens de la plus grande pente, mais n'est point dû à l'action exclusive de la pesanteur, puisqu'il est bien loin d’être accéléré , ni à la fonte de la partie la plus basse du glacier, circonstance qui n'aurait d'autre effet que d'en abaisser le niveau sur les pentes peu inclinées. La cause la plus puissante est la dilatation, que subit l’eau infiltrée dans les fissures capillaires, lorsqn'’elle vient à se solidifier. Par cette dilatation, qui ne peut librement s'effectuer que dans le sens de l’épaisseur et dans celui de la pente, le glacier exerce, sur les roches solides contre lesquelles il presse, un effort qui le pousse nécessairement en avant, et pendant lequel il use, creuse, arrondit et polit les surfaces sur lesquelles il frotte; de là l'expression de roches moutonnées pour représenter l'aspect que présente la succession de petites surfaces arrondies sur une certaine étendue. Les petits cristaux de substances dures, de quartz, par exemple, que le glacier entraîne dans sa marche, agissent comme un émeri sur les roches du fond et des flancs de la vallée, et gravent à leur surface des stries! longitudinales, parallèles entre elles, dont la direction est en rapport avec la disposition du terrain, et qui restent comme les indices les plus certains du passage du glacier.
Le mouvement dont il vient d’être question enlève aux parois rocheuses, des parties plus ou moins volumineuses selon leur nature ; l'action des agents atmosphériques détache aussi des portions des rochers voisins; la chute des avalanches amène encore des fragments de toute sorte dans le glacier : une petite portion: de ces débris est engloutie par le glacier, et de leur détritus se forme une couche , la couche de boue, entre la glace et la roche ; mais la plupart des débris sont ramenés à la surface, forment ce qu'on appelle des moraines, et bordent tout le pourtour du gla= cier sous les noms de moraines latérales, moraines médianes et moraines terminales ou frontales. Ces collines allongées de fs ments rocheux sont modifiées par un grand nombre de causes , dans leur forme et leur volume, et marchent avec le glacier : aussi, si l'on suppose que celui-ci vienne à diminuer de volume ou à disparaître sous l'influence d’une série d’étés chauds, les moraines resteront en place , abandonnées par le glacier auquel elles auront dû leur transport, loin des roches dont elles contiennent en quelque sorte tous les échantillons.
En retrouvant, dans des contrées qui aujourd’hui ne possèdent pas de glaciers , les traces des phénomènes auxquels donne lieu le mouvement des glaciers actuels, on en a conclu que les dépôts erratiques de ces contrées, € 'est-à-dire les dépôts éparpillés qui ne sont point en relation avec les terrains sur lesquels ils se