‹ Cahiers d'histoire naturelleChapitre 181 sur 235 · ACTION DES EAUX · texte numérisé non relu

ACTION DES EAUX

peu considérables ; mais, dans certains points du globe, on en rencontre plusieurs qui ont une importance géologique bien plus grande. Un des plus célèbres est le Delta du Nil, qui, suivant les calculs de quelques auteurs, a dû s’accroître de près d’une demilieue depuis le temps d'Hérodote, et qui, suivant l'opinion généralement reçue, a commencé probablement à se former aù pied des rochers sur lesquels s'élèvent les pyramides de Memphis.

Les deltas de l'embouchure du Mississipi et de l'embouchure du Gange s’augmentent bien plus rapidement encore, et offrent plus d'intérêt au naturaliste.

Le Mississipi, le plus long peut-être de tous les fleuves de la terre , celui dont les affluents sont le plus considérables, produit des effets remarquables et dignes d'attention. Dans son cours extrêmement sinueux , non seulement il transporte et accumule en certains lieux les débris du sol, il charrie encore des masses énormes de végétaux. Chaque année , après la saison des inondations , les eaux, en se retirant, détruisent les bords d’alluvion du fleuve ; des portions de terres couvertes de bois épais se trouvent quelquefois précipitées ainsi dans le courant, de grandes parties d'îles sont entraînées. Des masses d'arbres flottants arrêtés dans leur marche, par des bas-fonds, des îles ou d’autres obstacles, s'amoncèlent souvent sur place de manière à former des ponts naturels qui embrassent toute la largeur du courant ; et le fleuve est quelquefois si complétement caché par ces ponts épais, qu on peut le traverser sans se douter de son existence. Outre cette accumulation fréquente d'arbres flottants, qu’on désigne sous le nom de rafts, et dont l'Atchafalaya et la rivière Rouge, deux principaux affluents du Mississipi, nous donnent des exemples, le fleuve principal lui-même transporte incessamment à l'extrémité de son delta dans le golfe du Mexique, des quantités considérables de grands arbres auxquels se mélent les ossements des animaux qui ont péri dans les inondations. Ces phénomènes peuvent nous donner une idée de la manière dont s’est déposée la grande abondance de débris végétaux accumulés dans les couches terrestres , et expliquent en partie la présence des animaux détruits, au milieu de ces couches.

Quant au Gange , la quantité de sable et de limon qu'il transporte dans le golfe pendant la saison du débordement, est si considérable , que la mer en est troublée à plus de vingt lieues de la côte; son delta a plus du double d'étendue que celui du Nil. Toutefois, il ne s'accroît pas dans la proportion immense que Semblerait indiquer le phénomène que nous venons de citer ; la force des marées entraîne une grande quantité de la matière alluviale ,

après le débordement , et dévore en partie les sédiments que l’eau douce avait pu déposer.

$ 13. Les vagues de la mer, en se brisant contre les rochers du littoral, y déterminent des dégradations analogues aux éboulements qui s'observent dans les pays montagneux, et les matériaux ainsi détachés du sol, après avoir été roulés par les eaux ou divisés même en une poudre grossière, sont entraînés au loin par les flots et vont se déposer, soit dans les grandes profondeurs, soit Sur quelque bas-fond, dont ils exhaussent le niveau. L'entrée des ports maritimes s'ensable quelquefois de la sorte, et c'est à l’action rongeante des vagues sur les falaises calcaires des côtes de la Manche , par exemple, qu'il faut attribuer la formation de ces immenses bancs de galets ou cailloux roulés que l’on rencontre dans ces parages.

Les matières solides qui se déposent ainsi au sein des eaux ÿ forment des couches horizontales, et, par l'effet du temps, de la pression qu'exerce le fluide dont elles sont recouvertes, ou les nouveaux dépôts qui se superposent à elles, ces couches se consolident de plus en plus. Des phénomènes chimiques interviennent aussi quelquefois dans ce travail géologique, et contribuent à lier entre eux ces débris et à en former une sorte de roche. Enfin il est

à noter que les matières qui se déposent ainsi dans une localité dé-

terminée n'y arrivent pas toujours d’une manière continue , et que souvent la nature de ces dépôts change en un même lieu, parce qu'ils ÿ arrivent de points différents ou qu'ils y ont été apportés dans des circonstances dissemblables, d'où il résulte que, dans certains cas , c'est une seule et même couche qui se forme et qui acquiert sur place une épaisseur de plus en plus grande, tandis que d’autres fois ce sont des couches distinctes qui se superposent l’une à l’autre. |

Or, en comparant la disposition des terrains qui, aujourd'hui | encore, Se forment de la sorte, et celle d'un grand nombre de portions de la croûte solide du globe, dont l'existence remonte bien au-delà des temps historiques, on remarque les mêmes caractères ; il est, par conséquent , légitime d'admettre que jadis, de même qu'à l'époque actuelle, certaines couches de cette écorce géologique ont pris naissance sous l'influence de causes analogues et ont été produites à l'aide des mêmes procédés. |

$ 14. D'autres terrains se forment aussi, pour ainsi dire, sous nos yeux par le dépôt de matières que les eaux de certaines sources tiennent en dissolution et abandonnent lorsqu'elles arrivent à la surface du sol. Dans diverses parties de la France, près d’une source située au nord de Clermont-Ferrand, par exemple, on en voit des

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