AGE RELATIF DES GRANDES RÉVOLUTIONS DU GLOBE
__ $45. Après avoir reconnu deux grandes catégories de terrains, les uns de sédiment , et les autres de cristallisation, nous venons de voir que la terre à subi divers bouleversements qui ont dérangé Ja disposition rigoureusement concentrique que les couches sédimentaires tendaient naturellement à prendre et à conserver. L’histoire du globe, comme celle des peuples, se divise donc en un certain nombre de périodes distinctes pendant chacune desquelles l'état des choses n’a changé que peu, mais ne ressemble ni à ce qui l’a précédé, ni à ce qui est venu après.
Les géologues désignent sous le nom de formation, l’ensemble des terrains qui se sont constitués pendant chacune de ces périodes comprises dans l'intervalle entre deux révolutions du globe, quelle que soit d’ailleurs la nature ou l'origine de ces roches contemporaines.
Ainsi ils nomment formation crétacée l'ensemble des terrains qui se sont déposés, ou qui sont sortis de l’intérieur de la terre pendant l’époque géologique durant une partie de laquelle la craie est apparue; formation jurassique, l'ensemble des terrains contemporains du dépôt dont se composent les terrains les plus remarquables des montagnes du Jura; etc.
Le mot terrain, par lequel on désigne spécialement la réunion les masses minérales comprises dans une formation, est aussi nployé dans la même acception que ce dernier mot (1).
$ 46. Quant aux considérations qui fournissent les moyens
(1) Quelques auteurs (M. Constant Prévost entre autres } n'emploient pas le mot errain dans ce sens, mais le réservent pour les portions de la croûte terrestre qui € sont constituées à une même période géologique , et désignent sous le nom de ormations les roches, quels que soient leur nature ou leur âge, qui ont été produites ar des causes analogues ou distinctes. D'après ce système de nomenclature, il audrait dire formation plutonienne ou formation neplunienne, et n’employer le not terrain que pour désigner l’ensemble de formations dont l'origine est synchrolique ; mais [a plupart des géologues emploient ces deux expressions comme étant peu près synonymes.
d'apprécier les divisions naturelles en formations diverses, elles résident principalement dans la différence de stratification des couches , et dans la nature des fossiles qui se trouvent disséminés dans ces couches.
En effet, quand les roches plutoniques surgissent de l'intérieur de la terre, elles soulèvent les terrains stratifiés et en relèvent les couches sur des angles plus ou moins grands. Ces couches relevées deviennent les rivages de mers nouvelles, dans lesquelles se déposent de nouveaux sédiments quand le calme est rétabli; et ces dernières couches sédimentaires, appuyées horizontalement sur les flancs des montagnes, sont nécessairement en Stratification discordante avec les strates précédemment soulevées. De là les expressions de mer crétacée, mer jurassique, etc., pour indiquer : les eaux sous lesquelles ont pris naissance chacun des dépôts sédimentaires. Cette discordance que nous venons de signaler dans la stratification , est donc un signe certain d’une différence dans | l'âge géologique, et quand il arrive qu'un terrain déposé sur un : autre en stratification discordante est redressé à son tour, les deux : séries de couches présentent généralement des directions différentes qui servent à les distinguer. |
Comme la direction des couches soulevées par l'apparition d’une. chaîne de montagnes leur a été évidemment imposée par la direction même de cette chaîne , il en résulte qu’à chaque soulèvement, de roches cristallines, ou, ce qui est la même chose, à chaque in-| terruption des dépôts stratifiés, correspond un système de montagnes caractérisé par la direction particulière des couches redressées. Remarquons que chaque soulèvement ne s’est pas fait suivant une ligne mathématique, qu'il s’est étendu sur une bande de terrain plus ou moins large, et que les crêtes parallèles correspondent en général à une même époque de soulèvement. C'est, l'ensemble des directions sur une même ligne, et des directions! parallèles qu'on désigne sous le nom de système de soulèvement ;! chaque système porte le nom spécial des lieux où il s'est manifesté! avec le plus d'énergie. M. Elie de Beaumont, qui à établi l’ordre chronologique des principales catastrophes arrivées en Europe, a signalé douze systèmes de soulèvement dans cette partie du monde : Jeur nom, leur direction et l’époque relative de leur apparition entre les différents terrains sont indiqués dans le tableau que nous donnons plus bas. |
8 47. Les analogies que présentent certains terrains de sédiment, malgré la séparation tranchée qui existe entre eux, a con= duit à les réunir en grands groupes, dont la valeur résulte surtout des lois qui régissent la distribution des espèces fossiles. En
effet, chacun de ces groupes renferme, à très peu d’exceptions près, des fossiles de nature déterminée, dont la présence le caractérise exclusivement. Ces groupes généraux ont reçu les noms de
Terrains de transition ou intermédiaires ; Terrains secondaires ;
Terrains tertiaires ;
Terrains d'alluvion.
L'ordre dans lequel nous plaçons ici ces groupes est celui suivant lequel ils se succèdent du centre à la circonférence.
$ 48. Si l'on savait l'époque à laquelle chacun des terrains de cristallisation s’est élevé du sein de la terre et s’est épanché au dehors, il faudrait les ranger avec les divers terrains de sédiment suivant leur ancienneté, et ne former ainsi de toutes les parties constituantes de l'écorce du globe qu’une seule série, dans laquelle ces terrains d'origine variée se suivraient de la même manière qu'ils se sont suivis dans la nature ; mais nous avons vu plus haut ($ 43) qu'il n’est pas possible de suivre cette marche, que l'on est obligé de placer les terrains ignés hors de rang, et de n'adopter l’ordre chronologique que pour les terrains de sédiment.
Cependant les anciens géologues ayant remarqué que, dans un grand nombre de lieux, les roches plutoniennes supportent les roches sédimentaires et qu'elles ne présentent aucun indice de fossiles , les ont considérées comme les premiers produits de la création, comme la base solide de l’éditice terrestre, et les ont, en conséquence, désignées sous le nom de terrains primitifs. Nous avons déjà expliqué précédemment ($ 41) en quoi cette expression est inexacte, si l'on veut lui faire indiquer un âge relatif; elle ne peut être conservée que pour désigner un terrain cristallin d'une certaine espèce, celui qui se montre sur de grands espaces dès les premiers dépôts sédimentaires et qui est le plus abondant, c'est-àdire le terrain granitique, comprenant le granite et toutes les roches qui s’y rattachent. Les véritables roches primitives, première pellicule consolidée du globe , premier théâtre de la vie au sein des mers, nous sont réellement inconnues.
$ 49. La dénomination de terrains secondaires fut d'abord employée pour désigner tous les terrains qui s'élèvent au-dessus des masses primitives. Mais on reconnut plus tard la nécessité d’établir des subdivisions dans cette longue série , et l'on appliqua l'expression de terrains de transition aux couches de sédiment les plus anciennes , qui, malgré leur origine neptunienne, sont compactes et souvent cristallines comme les terrains ignés, mais renferment des fossiles comme les terrains de sédiment. Ce sont des roches de la catégorie de celles dont nous avons parlé plus haut, en
expliquant leur métamorphisme par l'influence du flux rapide de chaleur auquel donnait primitivement issue la mince écorce du globe, et par le contact des rochers d'origine éruptive qui les ont traversées.
$ 50. Les limites entre les terrains de transition et les terrains secondaires , entre ces derniers et les terrains tertiaires, entre ceux-ci et les terrains d'alluvions , sont indiquées. dans le tableau suivant, que nous empruntons au grand ouvrage de MM. Elie de Beaumont et Dufrénoy sur la constitution géologique de la France. La série des terrains placés dans leur position relative y est divisée en diverses formations ; l'origine ou la fin de deux formations successives est indiquée par l’arrivée au jour du système de soulèvement qui est venu troubler le calme préexistant; ces formations sont réunies en sous-groupes, qui forment les subdivisions des grandes catégories ou ordres que nous venons de citer. La direction des’ soulèvements indique évidemment en même temps celle des couches de sédiment qui ont été relevées. Les différents caractères paléontologiques des grandes divisions et la composition minéralogique des terrains sont aussi sommairement présentés; nous compléterons ces indications par l'étude rapide des principaux terrains.