TERRAINS GRANITIQUES
Nous savons déjà que, dans le principe, notre globe devait être une masse tenue en fusion par l'action de la chaleur, et dont la surface s'est solidifiée par un refroidissement lent. Cette première croûte a dû rester longtemps dans un état pâteux, et sa température a dù être d'abord trop élevée pour que l'eau püt rester à sa surface sans S'évaporer immédiatement. En se contractant par le refroidissement, elle a dû aussi se fendre dans différents sens, et ressembler aux amas de glaces qui, de nos jours, recouvrent la surface des mers polaires, c’est-à-dire présenter une surface très mégale et hérissée d'immenses fragments accumulés dans toutes les directions. Dans cette première époque géologique, se sont formés certains terrains massifs, tels que le granite, qui paraissent servir de base à toutes les autres roches, et qui résultent de la solidification de substances minérales fondues par la chaleun. Le refroidissement de cette première croûte a dû déterminer aussi la précipitation des matières les moins volatiles répandues dans l'atmosphère, de même que tout corps froid placé dans un air chaud et humide se recouvre promptement d'une couche de vapeur condensée; de là de nouveaux changements dans la configuration de la surface du globe, et la formation de nouvelles couches d’une texture cristalline.
$ 52. On donne le nom de Granite à une roche d'une dureté extrême , dont la cassure est raboteuse, et dont la substance se compose d'une agglomération confuse de cristaux formés de trois matières distinctes : les unes d'apparence vitreuse, et ordinairement : de couleur grisätre, sont du quartz, matière dont se compose aussi le cristal de roche (voy. page 96); d’autres, en masses souvent assez grandes, opaques, et colorées tantôt en rose, tantôt en vert, tantôt en blanc ou en jaune, sont formées de feldspath, spécialement d'orthose {voy. page 11 8); enfin les troisièmes, composées de mica, ressemblent à de petites paillettes brillantes, tantôt noires, tantôt d’un blanc argenté (voy. page 120). Certaines variétés de granite restent des siècles exposées aux intempéries de l'air sans éprouver d’altération; mais d'autres variétés se désagrègent promptement par l’action de l'atmosphère, et se réduisent ainsi en un gravier ou en une terre argileuse. Enfin cette roche n'offre aucune trace de stratification, et présente, comme nous l'avons déjà dit plusieurs fois , tous les caractères d'une roche d’origine ignée. Quand les trois principes constituants se trouvent accolés en gros amas distincts, les granites prennent le nom de Pegmatites. Une roche cristalline analogue au granite est la Siénite, dans laquelle le mica est remplacé en tout ou en partie par l’amphibole, (voy. page 122), et qui passe au granite par toutes les nuances. $ 53. Quand les principes essentiels qui les constituent
contiennent en outre des cristaux feldspathiques disséminés qui appartiennent le plus fréquemment à l’albite (voy. page 118),.les granites et les Siénites deviennent alors porphyroïdes; et l’on donne, en général, le nom de Porphyres à toute roche qui, dans une pâte compacte, renferme des cristaux distincts d’une substance différente ; la pâte et les cristaux sont le plus ordinairement feldspathiques (voy. page 119). Des porphyres à base labradorique, colorés en noir par une matière qui n’est probablement autre que le pyroxène, donnent les Mélaphyres.
Les roches dans lesquelles le feldspath, au lieu de se présenter en cristaux dans une pâte feldspathique, forme des nœuds cristallins souvent striés du centre à la circonférence, prennent le nom de Variolites.
$ 54. Le granite, qui semble former la première base du grand édifice géologique (1), est resté à nu sur divers points de la surface du globe, tandis qu'ailleurs il a été recouvert par des couches plus où moins nombreuses de terrains d’une origine plus récente. En général, les roches granitoïdes ont commencé à paraître, dès les premiers dépôts de sédiment, et sans doute même auparavant ; mais toutes celles qui sont aujourd’hui répandues sur la surface du globe ne datent pas d'une antiquité si reculée; car, à toutes les époques, jusqu’après les terrains tertiaires , des matières minérales en fusion se sont encore épanchées, du sein de la terre, sur les divers terrains alors existants, et, en se refroidissant , ont constitué d'immenses masses de granite semblables aux premières. |
Le granite seul, isolé des roches sédimentaires, forme des dépôts considérables dans de vastes contrées, dans le centre de la France, dans l'Auvergne et le Limousin. Intercalé avec des roches sédimentaires, il se présente dans le Cotentin et la Bretagne, dans les Vosges, les Pyrénées, les Alpes, dans plusieurs parties de l'Allemagne, de l'Angleterre, en Norvége, etc.
S 55. Les Porphyres, les Diorites, les Serpentines, les Trapps apparaissent dès les premières époques de formation et se continuent très haut, comme on le voit pour les porphyres dans les Vosges, le Morvan, le Beaujolais, le Forez, aux environs de Fréjus, et surtout en Allemagne; — pour les mélaphyres, dans les Vosges, la Provence, le Tyrol ; — pour les diorites, dans les Pyrénées ; — pour les serpentines, à Noyant dans l'Allier, à Firmy dans l'Aveyron, dans les Alpes du Piémont et dans les Apennins ; — pourles trapps, en Suède, sur les bords de l'Allier, en Angleterre, en [rlande, etc. |
(1) Voyez la coupe théorique de l'écorce du globe, pl. 5, fig. 1.