TERRAIN DE TRANSITION INFÉRIEUR
$ 56... La portion la plus ancienne de cette formation constitue les dépôts sédimentaires les plus bas que nous connaissions, et souvent désignés sous le nom de terrain ca mbrien{({). Les couches qui reposent sur la première croûte massive du globe (2) présentent une structure d'autant plus cristalline qu'elles sont plus anciennes, et semblent avoir été exposées à l’action d’une forte chaleur, sans cependant offrir les caractères des roches ignées. Les roches principales qui composent cette formation sont le gneiss, les schistes micacés et argileux. On y rencontre aussi divers quartzites qui passent au grès par toutes les nuances ; enfin, au-dessus du terrain cambrien proprement dit, se trouvent des calcaires compactes esquilleux d'une grande dureté. Les débris organiques peu nombreux qu'on rencontre dans ces couches se réduisent à quelques débris de mollusques et de zoophytes.
$ 57. Le gneiss est une roche qui à beaucoup d’analogie avec le granite sous le rapport de ses éléments constituants, mais qui offre toujours une structure feuilletée et une disposition stratifiée : aussi paraît-il avoir été formé au fond des eaux , et semble-t-il être le plus ancien des terrains de sédiment , car dans certains points de la surface du globe on l'a trouvé recouvert par toutes les autres formations. On le voit souvent à nu, et il forme de vastes systèmes de terrains dans lesquels il alterne souvent avec le mica-schiste et avec d'autres roches anciennes. On le rencontre près de Lyon, dans les Alpes, la Saxe, la Suède, etc. Souvent associé aux granites et aux syénites , le gneiss peut en être considéré comme une variété ; mais intercalé, comme nous l’étudions ici, entre ces granites et les terrains sédimentaires , il se rapporte aux ro- ©Ches métamorphiques. 3 Le mica-schiste Où schiste micacé est une roche lamelleuse
composée de quartz ordinairement grisâtre et d’une grande quantité de lamelles brillantes de mica disposées par feuillets très étendus ; il accompagne d'ordinaire le granite et le gneiss.
Enfin le schiste argileux est une roche d'apparence terreuse, qui se divise facilement en grandes lames plus ou moins minces, et qui a été évidemment formée par sédiment au fond des eaux.
Ces divers terrains, dont l’origine, comme celle des granites, remonte à l'époque la plus reculée de l’histoire géologique, con-
(1) Ce groupe a reçu le nom de groupe Cambrien, parce qu’il offre un dévelop-
pement considérable dans Le nord du pays de Galles (anciennement Cambria ) (2) PI, 5, fig. 1.
stituent une grande partie de la surface actuelle du globe, et se rencontrent souvent à de grandes profondeurs au-dessous des formations moins anciennes. Ils offrent des traces évidentes de grands bouleversements, et les couches dont ils se composent n'occupent plus la position horizontale qu’elles devaient avoir dans le principe, mais sont plus ou moins inclinées , contournées et fracturées, comme si à maintes reprises elles avaient été brisées et leurs immenses fragments soulevés inégalement (1). Aussi les pays dont ces roches anciennes constituent le sol offrent-ils une surface tourmentée et montueuse , et ce sont ces mêmes roches qui se rencontrent dans les points les plus élevés du globe, où ils forment le massif de la plupart des grandes chaînes de montagnes.
Le plateau central de la France, comme nous l'avons dit déjà, est en grande partie granitique ; des roches des terrains de transition s’y associent aussi au granite. Il en est de même d’une grande
portion de la Bretagne et de la Corse, du vaste massif de la Scan-
dinavie et de la Finlande, etc.; enfin ce sont aussi ces terrains anciens qui constituent en grande partie l'axe des Grandes-Alpes, dont le Mont-Blanc est le point le plus élevé, celui des Alpes orientales, depuis le Saint-Gothard jusque dans la Hongrie, des Pyrénées , de la chaîne de l'Erzgeberge en Saxe, des Grampians en Écosse, des monts Ourals en Russie, des Alleghanys aux États- Unis d'Amérique et de l'immense chaîne des Andes.
Du petit nombre de fossiles que l’on trouve dans les couches sédimentaires de cette formation, on ne doit peut-être pas conclure qu’à cette époque il n'existait. pas encore d'êtres vivants à la surface du globe. Il serait possible que l'absence de fossiles dans ces terrains dépendit de quelque cause , telle que leur destruction par la chaleur, résultant du voisinage d'énormes masses de roches ignées , épanchées auprès ou même au-dessus de ces couches peu fossilifères. ;
Soulèvement (1er) du système au Westmoreland et du Hundsruck ; direction E. 250 N. à O, 250 S.
8 58. Entre la formation que nous venons de décrire et celle des deux autres terrains de transition, se place la catastrophe qui a relevé les couches sédimentaires du terrain cambrien , et qui à déterminé le soulèvement de ces couches dans le district des lacs de Wetsmoreland en Angleterre, en travers de la Bretagne et de la Normandie, entre Pontivy et Saint-Lô, dans la partie septentrionale des Vosges, dans les montagnes du Beaujolais, du Forez, à
(4) On donne le nom de failles aux fentes qui interrompent la continuité des couches, et résultent d’un soulèvement inégal de ces conches, lesquelles re se trouvent plus au même niveau des denx côtés de la brisure. ( Voyez pl. 5, fig. 1.)
TERRAINS SILURIEN ET DÉVONIEN. 169 la montagne Noire, au Canigou et autres parties des Pyrénées, dans les terrains ardoisiers des Ardennes, de l’Eiffel et du Hundsruck (Bavière et Prusse rhénanes), et dans certaines couches de gneiss du plateau central de la France où semble s'être fait sentir aussi l'influence de ce soulèvement.