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DE LA CLASSE DES MAMMIFÈRES

$ 106. La classe des Mammifères, ou des animaux vertébrés pourvus de mamelles, se compose de l’homme et de tous les animaux qui lui ressemblent par les points les plus importants de leurorganisation. Elle se place naturellement en tête du règne animal, comme renfermant les êtres dont les mouvements sont les plus variés , les sensations les plus délicates, les facultés les plus multipliées et l'intelligence la plus développée : et elle nous intéresse aussi plus que toute autre , car elle nous fournit les animaux les plus utiles soit pour notre nourriture, soit pour nos travaux et pour les besoins de notre industrie.

Ilest, en général, facile de distinguer au premier coup d'œil un mammifère d'un oiseau, d'un reptile, d'un poisson, ou de tout autre animal, par la seule considération de sa forme extérieure et de la nature de ses téguments : car les mammifères sont les seuls animaux vertébrés dont le corps est couvert de poils, et ordinairement leur forme générale ne s'éloigne que peu de celle des espèces que nous avons continuellement sous les yeux, et que nous prenons naturellement comme types de ce groupe; mais quelquefois ils ne se reconnaissent pas à un examen aussi superficiel, caril en est dont la peau est complétement nue, et dont le corps, au lieu de ressembler à celui du chien, du cheval ou d'un autre mamwifère ordinaire, présente les formes propres aux poissons : le marsouin (pl. 12, fig. 6 ) et la baleine, par exemple, sont dans ce cas : aussi le vulgaire les prend-il pour des poissons, dont ils diffèrent cependant par leurs mamelles, par leur mode de respiration, et par une foule d’autres caractères.

$ 107, Ce que les mammifères offrent de plus remarquable, c'est leur mode de développement et d’ alimentation pendant les premiers temps de la vie. Ces animaux sont tous vivipares, et pendant la période embryonaire de leur existence ne portent pas avec eux un amas de matières nutritives, comme cela se voit chez les animaux ovipares : : Ils puisent ces matières directement dans le sang de leur mère; et après la naissance, le jeune vit encore aux dépens de celle-ci, qui l’allaite pendant un temps plus ou moins long.

Le lait destiné à à cet usage est un liquide blanc et opaque, formé par de l'eau tenant en dissolution du sucre de lait, du caséum , quelques sels et un peu d'acide lactique libre, et tenant en suspension des globules de beurre. Ses qualités varient un peu chez les différents : animaux et peuvent être modifiées par les aliments dont ceux-ci font usage ; en général, il laisse, par l'évaporation, 40 à 12 pour 400 de parties “solides : mais Sa richesse peut varier beaucoup suivant les circonstances.

Ce liquide alimentaire est sécrété par des glandes particulières nommées mamelles, qui existent dans les deux sexes, mais qui ne éervent à l'allaitement du jeune que chez la femelle. Des organes analogues ne se rencontrent dans aucune autre classe du règne animal, et c’est à raison de leur existence chez tous les animaux du groupe dont nous faisons ici l'histoire que les zoologistes ont donné à ces êtres le nom de mammifères.

Le nombre des mamelles est en général à peu près en rapport avec celui des petits dont se compose chaque portée : souvent on n'en compte que deux { chez les singes , l'éléphant, la chèvre et le cheval, par exemple}; mais quelquefois aussi leur nombre est beaucoup plus considérable : ainsi la vache, le cerf, le lion, en ont quatre, le chat huit, le cochon et le lapin dix, le rat dix ou douze, et l’agouti douze à quatorze. La position de ces glandes varie aussi: chez les singes et les chauves-souris, elles sont placées sur la poitrine comme chez l'homme; chez la plupart des carnassiers, elles sont situées à l'abdomen aussi bien qu'au thorax ; et chez le cheval, le bœuf, le mouton, etc., elles sont placées encore plus en arrière, près de l'articulation des membres postérieurs.

$& 108. La peau, ainsi que nous l'avons déjà dit, présente, dans la classe des mammifères, des particularités remarquables. Chez un petit nombre de ces animaux elle est nue; mais chez la plupart elle est garnie de poils servant à la protéger et à conserver la chaleur développée dans l'intérieur du corps. Ces appendices sont sécrétés par des bulbes logés dans le derme, et la matière dont ils sont en inajeure partie composés offre la plus grande analogie avec du mucus desséché. En les examinant au microscope, on voit quelquefois très distinctement qu'ils sont formés d'une foule de petits cônes où cornets emboîtés les uns dans les autres; mais , en général, ils ont l'apparence d’un simple tube corné, dont l'intérieur paraît être rempli d'une matière pulpeuse. Chez la plupart des ani- . maux, ils sont cylindriques et plus gros à leur base qu’à leur sommet: souvent ils sont plus ou moins aplatis : on en connaît qui sont tout-à-fait lamelleux et semblables à des brins d'herbe. Les noms par lesquels on désigne les diverses variétés de poils diffèrent suivant les propriétés de ces filaments cornés et suivant les parties où "ils croissent. Ainsi on les appelle piquants lorsqu'ils sont très gros, pointus , irès roides, et qu'ils ressemblent à des épines { exemple, le porc-épic et le hérisson ) ; et soies lorsqu'ils sont moins gros et beaucoup moins résistants, mais encore tres roides , excepté vers leur extrémité ( exemple , le sanglier ). Les crins ne diffèrent guère des soies que par un peu plus de souplesse et moins de grosseur : en général , ils sont droits comme elles ; mais cependant ils sont quelquefois ondulés, surtout lorsqu'ils sont très longs.

La laine est une espèce de poil long, très fin et contourné en tous sens ; enfin le duvet ou la bourre se compose de poils d’une finesse et d'une mollesse extrêmes, qui, en général, se trouvent cachés au-dessous d’une couche plus où moins épaisse de poils ordinares, que l’on désigne souvent sous le nom de jar.

La couleur des poils varie beaucoup, mais peut presque toujours se rapporter à des modifications du blanc, du noir, du brun roux ou du jaunâtre: elle paraît dépendre de l'existence d'une graisse colorée qui est soluble dans de l’esprit de vin bouillant : lorsqu'on extrait cette huile par l’action du liquide dont nous venons de parler, les poils prennent tous une teinte gris-jaunâtre. Dans les cheveux blancs on a trouvé aussi une huile blanche, qui, dans les cheveux roux, est remplacée par une huile rougeâtre ; et, dans les cheveux noirs, on a constaté l'existence d’une huile teinte en noir bleuâtre par du sulfure de fer (1). Du reste, leur couleur varie presque toujours dans les différentes parties du corps, et la disposition générale de ces teintes constitue ce que l’on nomme le pelage des animaux. En général, les couleurs sont beaucoup plus foncées à la face supérieure qu’à la face inférieure du corps; et lorsqu'elles forment des taches, celles-ci sont presque toujours disposées symétriquement de chaque côté, à moins toutefois que les animaux ne soient réduits à l'état de domesticité, car alors leur pelage présente souvent la plus grande irrégularité. Le pelage est ordinairement le même dans les deux sexes, et, en général, ne varie que peu aux différents âges. Dans quelques espèces, cependant, les jeunes ont des taches et des nuances variées qui dis-paraissent chez l'adulte, et souvent il arrive que la couleur des mammifères change avec les saisons.

En général, les poils tombent à une époque déterminée de l'année et sont remplacés par d'autres; cette mue a heu le plus souvent au printemps ou en automne. Tantôt elle s'opère sans que la couleur du pelage soit modifiée; d'autres fois elle entraîne des changements très considérables, soit dans la couleur, soit dans l'abondance et la nature des poils. Ainsi notre écureuil commun, dont le pelage est d'un roux foncé en été, devient d'un beau gris bleuâtre en hiver. Dans cette dernière saison la fourrure des mammifères est ordinairement beaucoup plus épaisse qu'en été, et on y trouve, sous les crins ou poils soyeux qui la composent en partie, une quantité plus ou moins considérable de duvet. L'influence de la température se fait sentir de la même manière sur les animaux qui

(t}lhexiste aussi dans les différentes espèces de cheveux du soufre qui peut facilement se combiner avee le plomb et quelques autres métaux pour former des sul- ‘fores colores ; c'est de Ju sorte qu’on parvient à les teindre en noir par l'application

des sels de plomb, de mercure, etc,; le sulfure qui se forme alors dans ba sub- | stance du poil étant de cette couleur,

habitent des climats différents : ceux des pays froids ont une fourrure épaisse et abondamment fournie de duvet, tandis qne ceux des pays chauds n'ont guère que des poils courts , secs, roides et peu nombreux.

Ce que l'on recherche le plus dans les fourrures, c’est la finesse, l'abondance, le moelleux et le brillant du poil : or, d’après ce que mous venons de dire relativement à l'influence des saisons et du élimat sur l'enveloppe tégumentaire des mammifères, on peut prévoir que ce doit être dans les pays les plus glacés, dans les montagnes et surtout pendant l'hiver, que se trouvent les plus belles pelleteries, et, en effet, c'est du Nord que nous les tirons presque toutes. La France et les pays voisins fournissent bien quelques fourrures , connues sous le nom de sauvagines ; mais C’est principalement dans la Sibérie et la partie la plus septentrionale de l'Amérique que le commerce des pelleteries devient réellement important.

Lorsque les bulbes des poils sont extrêmement rapprochés , les filaments cornés qu'ils produisent se soudent en quelque sorte entre eux et forment des lames solides ; c'est de cette manière que paraissent naître les espèces d'écailles qui recouvrent tout le corps de certains mammifères très singuliers, connus sous le nom de pangolins (pl. 10. fig. 4), et la cuirasse des tatous (pl. 10, fig. 2): les anatomistes s'accordent aussi à regarder les ongles et la corne comme ayant la même origine.

+ $ 109. Tous les mammifères, à l'exception des Cétacés {c'està-dire les dauphins, les marsouins, étc:), ont deux paires de membres, savoir : une paire de membres antérieurs ou thoraciques, el une paire de membres postérieurs ou abdominaux ; mais chez les Cétacés cette dernière paire manque, et il n'existe, par conséquent, que dés membres thoraciques. Chez tous les animaux de cette classe, la structure de ces organes est à peu près la même que chez l’homme, et les différences que l’on y remarque dépendent principalement de la longueur relative des divers os, et du nombre des doists , qui du reste ne dépasse jamais cinq.

. La conformation des membres varie un peu, suivant les usages auxquels ils sont destinés. Ils peuvent servir : 4° à la marche, au saut, etc.; 2° à la préhension et au toucher ; 3° à fouir la terre; 4° à la nage, et 5° au vol; et lorsqu'ils sont le mieux adaptés à l'une de ces fonctions , ils ne sont que peu ou point propres aux autres.

Lorsque les membres sont destinés à servir uniquement à soutenir le cirps et à le mouvoir sur la surface de la terre, ils doivent avoir beaucoup de solidité et être cependant très grêles vers le bout, afin d’être plus légers : or, des doigts longs et flexibles nuiraient à-cette solidité, et un nombre considérable de ces organes aug-

menterait sans utilité le poids du pied : aussi, chez les animaux dont les quatre pieds ne servent qu’à la course (le cerf, par exemple), les doigts sont-ils ordinairement au nombre de deux ou trois seulement, courts, peu flexibles et complétement enveloppés à leur extrémité par les ongles qui les protègent : quelquefois même il n'y a qu'un seul doigt, comme cela se voit chez le cheval.

Lorsque les membres sont destinés à servir principalement à la préhension des objets et au toucher, il en est tont autrement ; ils. sont alors très flexibles et terminés par cinq doigts, longs, bien séparés entre eux, et si mobiles que l'un d’eux peut, à volonté, changer de position et s'appliquer contre les autres à la manière d’une pince; l’ongle esten même temps plat et ne recouvre que le dessus de l'extrémité des doigts, dont la face inférieure ressemble: à une pelote molle; enfin, la main tout entière peut tourner sur l’avant-bras pour se diriger tantôt en dedans, tantôt en dehors.

Les pieds du cheval peuvent être pris pour exemple du mode de conformation des membres destinés à servir uniquement à la course, et la main de l’homme commeexemple du mode de confor-

mation de ces mêmes organes, lorsqu'ils sont destinés par la nature: .

à servir uniquement à la préhension et au toucher. Mais, entre ces deux extrêmes, il existe un grand nombre de degrés intermédiaires, et chez beaucoup de mammifères les pattes servent en même temps à la course, à la préhension et au toucher, et remplissent d’autant mieux l’une ou l’autre de ces fonctions que leur conformation se rapproche davantage de l'un ou de l’autre des deux modes de structure dont nous venons de parler.

Les mammifères qui grimpent le mieux ont en général les pattes plus ou moins semblables à notre main, et propres à saisir les objets ; il en est cependant qui, à l’aide d'ongles très aigus, peuvent monter aux arbres en s’y accrochant seulement, bien que leurs

doigts ne soient ni longs, ni très flexibles, ni opposables entre eux.

La plupart de ces animaux ont une longue queue dont 1ls se servent comme d'un balancier, et quelquefois même cet organe est assez flexible pour s’enrouler autour des branches et pour tenir lieu d'une: espèce de main (exemple, certains singes; voy. pl 7, fig. 8 et 9).

On remarque aussi des différences dans la conformation des. membres suivant que l'animal est destiné à courir ou à sauter; dans ce dernier cas, la longueur des membres postérieurs l’emporte, en général, de beaucoup sur celle des membres antérieurs. (exemple: le lapin et surtout le kanguroo, pl. 9, fig. 14, et la gerboise, pl. 40, fig. 41).

Lorsque les pattes doivent servir à l'animal pour fouir la terre, elles sont courtes (ce qui leur donne plus de force), larges et armées d'ongles puissants et d'une forme particulière. Les taupes sont,

de tous les mammifères, ceux dont les membres thoraciques sont le mieux conformés pour cet usage (pl. 8, fig. 10).

Pour que les membres soient conformés d'une manière favorable à la natation, ils doivent être courts et larges, afin de frapper l'eau avec plus de force et d'agir sur une plus grande surface. Aussi, chez les mammifères dont la vie est complétement aquatique, ces organes ont-ils la forme de grandes palettes qui ressemblent extrémement aux nageoires des poissons; le bras et l’avant-bras deviennent si courts, que le pied semble attaché immédiatement au corps, et les doigts sont tous cachés sous une peau commune (pl.12, CAR etc.). Quand l'animal doit se servir de ces nageoires pour se traîner sur le sol, leur conformation se rapproche un peu plus de celle de la patte d’un quadrupède ordinaire (pl: 9, fig. 7), et lorsque les membres doivent servir principalement à la course, sans cesser cependant d’être bien appropriés à la nage, les doigts sont simplement réunis par un repli lâche de la peau, appelé palmure, qui se tend lorsqu'ils s'écartent, et donne ainsi à la patte la largeur nécessaire.

Enfin, lorsque les membres des mammifères sont conformés pour servir au vol, ils présentent aussi une disposition particulière : les membres thoraciques deviennent très longs, les doigts surtout s’allongent d’une manière démesurée et soutiennent un repli de la peau des flancs, comme les baleines d'un parapluie en tendent le taffetas. Les chauves-souris nous présentent ce mode d'organisation ; leurs mains sont de la sorte transformées en de véritables ailes (pl 8, fig. 1 et3).

Nous ajouterons encore que quelques mammifères dont les membres sont conformés pour courir ou pour grimper seulement, peuvent aussi se soutenir un peu dans l'air à l’aide des replis de la peau qui s'étendent entre les pattes antérieures et postérieures , et . qui constituent ainsi une espèce de parachute (pl. 10, fig. 3); mais ce mode de conformation ne donne pas la faculté de voler réellement, comme la disposition dont il vient d'être question.

$ 110. Les mammifères sont, de tous les animaux, ceux dont l'intelligence est le plus développée, et ce sont aussi ceux dont le cerveau est le plus volumineux. Mais, à cet égard , ils présentent entre eux des différences très grandes , et on remarque qu’en général ils sont d'autant moins favorisés sous ce rapport, qu'ils ressemblent moins à l'homme, que leur front est plus fuyant et leur museau plus saillant.

$ 111. Il existe aussi des différences très grandes entre les divers mammifères, sous le rapport de leurs dents; et comme la conformation de ces organes est toujours en rapport avec la nature

8s ZOOLOGIE.

des aliments dont l'animal est destiné à faire usage, nous en dirons quelques mots.

Quelques mammifères qüi se nourrissent d'insectes mous (comme des fourmis ), ou de très petits poissons qu'ils peuvent avaler en entier, sont privés de dents; mais chez presque tous les animaux de cette classe , il existe des dents destinées à diviser les aliments. Les molaires sont généralement les plus utiles : aussi leur existence est-elle plus constante que celle des incisives ou des canines : celles-ci sont nécessaires pour saisir et dévorer une proie vivante, et ne manquent, par conséquent, chez aucun carnassier: mais elles sont moins utiles aux herbivores, et les unes ou les autres manquent chez plusieurs des mammifères qui ont un régime végétal.

uelquefois aussi elles ne servent plus à la mastication, mais prennent un grand développement et constituent des défenses plus ou moins puissantes. La forme des dents molaires varie aussi suivant le régime de l'animal. Chez ceux qui se nourrissent de chair , elles sont comprimées , tranchantes, et disposées de façon à agir les unes contre les autres, comme le font les lames d'une paire de ciseaux (pl. 8, fig. 12 ); chez ceux qui vivent d'insectes , ces dents sont hérissées de pointes coniques, qui se correspondent, de manière que les unes s’emboîtent dans les intervalles que les autres laissent entre elles (pl. 8, fig 5 ); enfin, lorsque la nourriture de ces animaux consiste principalement en fruits mous , ces dents sont simplement garnies de tubercules mousses (pl. 8, fig. 6 ), et lorsqu'elles sont destinées à broyer des substances végétales plus ou moins dures, elles sont terminées par une large surface aplatie et rude comme celle d'une meule.

$ 112. Pour donner une idée nette des principales modifications de l'organisation chez les mammifères, il nous suffit de faire connaître quelques unes des espèces principales.

$ 113. L'Houwr, comme nous l'avons déjà dit, appartient à cette classe ; son organisation ne diffère même que très peu de celle d'un grand nombre d'autres mammifères ; les fonctions de la vie de nu-trihon s’exécutent de la même manière chez eux et chez nous, et la structure des organes de nos sens ne présente que peu de particularités : cependant l'homme se trouve à une distance immense de tous les autres animaux, et ce qui l'en distingue surtout, c'est l'intelligence admirable dont la nature l'a doué.

Les principales différences physiques qui distinguent l'homme SOn£ :

1° Le grand développement de son cerveau , d'où résulte la saillie de son front. L

2 La conformation de ses mains. Les membres thoraciques de l’homme sont disposés de la manière la plus favorable pour l'exer-

cice de leurs fonctions comme organes de préhension et de toucher; les doigts sont longs et flexibles ; ils ont tous des mouvements séparés, ce qui n'a pas lieu chez les autres animaux, même chez ceux qui sont pourvus de mains. Le pouce, qui leur est opposable, est plus long à proportion que chez les singes , et par conséquent peut s'appliquer plus facilement contre l'extrémité de la face palmaire des autres doigts et mieux saisir les petits objets. Les ongles ne garnissent que la face dorsale de l'extrémité des doigts et sont larges et plats, de façon à prêter un appui au tact sans lui Ôter rien de sa délicatesse; enfin. la main en entier peut exécuter les mouvements de rotation les plus étendus.

3» Sa position verticale. et bipède. Chez tous les mammifères, l’homme excepté, les membres antérieurs servent aux mêmes usages que les membres postérieurs et sont toujours employés à la locomotion , lors même qu'ils sont conformés de manière à pouvoir agir en même temps comme organes de préhension ; chez l'homme, au contraire, les membres postérieurs servent exclusivement à la station et à la locomotion , tandis que les membres antérieurs restent libres pour agir comme instruments de préhension et de toucher : différence qui suffirait déjà à elle seule pour leur faire remplir leurs fonctions avec un degré de perfection bien supérieur à tout ce qu'on voit chez les singes et les autres mammifères. La position verticale , qui, sous une foule d’autres rapports encore, est si favorable à l'homme, a été considérée par quelques auteurs comme ne lui étant pas naturelle et comme étant seulement le résultat de l'éducation ; mais c'est une erreur. Quand même il le voudrait , l'homme ne pourrait marcher habituellement sur ses quatre membres , il est de tous les mammifères celui dont les membres postérieurs sont conformés de la manière la plus favorable pour servir de soutien au corps, et tout dans son organisation est disposé pour la station verticale. En effet, le pied est très large et disposé de façon à appuyer sur le sol, dans presque toute l'étendue de sa surface inférieure ; les divers os qui le forment sont solidement unis entre eux, et la jambe pose verticalement sur lui; le talon fait une saillie considérable en arrière de cette articulation ; le genou peut s'étendre complétement, de façon que le poids du corps se transmet directement du fémur au tibia ; les muscles qui étendent le pied et la cuisse sont remarquables par leur volume et leur force; le bassin est beaucoup plus large que chez les autres animaux, Ce qui, en écartant les cuisses et les pieds , augmente l'étendue de la base de sustentation. Enfin, la tête est presque en équilibre sur le tronc, parce que son articulation est placée sous le milieu de sa masse, et les yeux sont dirigés en avant précisément dans la direction où ils doivent lui étre le plus utiles.

La position horizontale serait au contraire extrêmement incommode pour l'homme ; car alors son pied de derrière, court et presque inflexible, et sa cuisse trop courte, ramèneraient son genou contre: terre, tandis que ses membres antérieurs seraient trop flexibles et trop écartés pour lui fournir un appui solide ; la position de la tête, son poids et l'absence du ligament cervical qui, chez les quadrupèdes , sert à soutenir cette partie du corps , ne lui permettraient pas de la tenir relevée, et ses yeux, dirigés contre terre, ne lui serviraient pas à voir devant lui. Mais cette position ne serait pas seulement gênante, elle serait impossible à conserver longtemps ; car les artères qui vont au cerveau de l’homme ne se subdivisent point comme dans beaucoup de quadrupèdes , et leur volume étant très considérable, le sang se porterait avec tant de force dans cet organe délicat, qu'il en résultereit des apoplexies fréquentes.

L'homme est le seul mammifère vraiment bimane et bipède. Les singes , qui, sous beaucoup d’autres rapports, lui ressemblent extrêmement, ont bien les membres antérieurs disposés comme les siens , mais leur pied est très différent : c'est une véritable main, propre à saisir et à grimper, tandis que notre pied ne peut, en aucune façon, servir d'organe de préhension; car ses doigts sont. peu flexibles, et le pouce, qui est plus gros que les autres doigts et placé sur la même ligne, ne leur est point opposable,

ko La perfection de son appareil vocal. C’est le seul animal de cette classe qui puisse articuler des sons, et c’est à cette faculté qu'il doit la parole.

Mais l’homme, qui est si favorisé du côté de l'intelligence et de l'adresse, ne l’est point du côté de la force. Sa vitesse à la course est beaucoup moindre que celle des animaux de sa taille , et la nature ne l’a doué d'armes ni pour attaquer ni pour se défendre. Une grande partie de son corps n'a même pas de poils pour le protéger contre l’intempérie des saisons, et il est, de tous les animaux, celui qui est le plus longtemps à prendre les forces nécessaires pour se suffire à lui-même.

Si le créateur n'avait donné à l'homme l'instinct de la sociabilité et la puissante intelligence qui le distingue, il aurait été un des êtres les plus misérables qui habitent la surface de la terre , et probablement sa race en aurait bientôt disparu; mais cette impulsion instinctive, jointe au sentiment de sa faiblesse, l'a porté à vivre associé avec ses semblables , et ses facultés intellectuelles lui ont permis alors de tirer parti de tout ce qui l'entourait, pour assurer: sa subsistance et son bien-être.

Les détails dans lesquels nous sommes entré relativement à la structure de l’homme , en traitant de la Physiologie et de l'Anato-

mie, nous permettent de ne pas revenir ici sur l'ensemble de son. organisation.

$ 414. Il n'existe dans le genre humain qu'une seule espèce : cependant tous les hommes sont loin de se ressembler , et les principales différences qu'ils présentent se transmettent, sans inter ruption , de génération en génération : aussi ne peut-on se refuser à admettre, dans cette espèce unique, plusieurs variétés bien distinctes.

Les peuples qui habitent l'ancien monde paraissent appartenir àtrois variétés principales, désignées par les naturalistes sous le. nom de race Caucasique , de race Mongolique et de race Ethiopique.

La varigré CaucasiQue se distingue par la beauté de l'ovale que: forme sa tête, par le développement de son front, la position horizontale de ses yeux, le peu de saillie de ses pommettes et de ses mâchoires, ses cheveux lisses et la couleur blanche ou du moins blanchâtre de sa peau; elle est remarquable aussi par sa perfectibilité, car c’est elle qui a donné naissance à tous les peuples les plus civilisés de la terre. Elle occupe toute l'Europe, l'Asie occidentale jusqu'au Gange, et la partie la plus septentrionale de: l'Afrique; mais on la croit descendue primitivement des montagnes. du Caucase, situées entre la mer Caspienne et la mer Noire, et c'est. en raison de cela qu'on l'appelle Caucasique.

La variéré Moxcozique diffère à plusieurs égards de la variété Caucasique : ici la face est aplatie, le front bas, oblique et carré . les pommettes saillantes, les yeux étroits et obliques , le menton Tégèrement saillant, la barbe grêle, les cheveux droits et noirs, et la peau olivâtre. Les langues propres aux races Mongoliques ont aussi des caractères qui leur sont communs, et qui les séparent nettement de celles appartenant aux peuples Caucasiques : les mots qui les forment sont tous monosyllabiques.

Cette variété de l'espèce humaine est répandue à l’orient des ré— gions occupées par les races Caucasiques ; on la rencontre d'abord: dans le grand désert de l'Asie centrale, où se trouvent les Calmoucks “et d'autres tribus Mongoliques encore nomades : presque toutes les. peuplades de la partie orientale de la Sibérie lui appartiennent ; mais la nation la plus remarquable formée par les hommes de cette race est celle des Chinois, dont le vaste empire a été, de toutes les. parties du monde, le plus anciennement civilisé. La Corée, le Ja- ‘pon, les îles Philippines , lesiles Marianes , les îles Carolines et toutes les autres terres qui s'étendent au nord de l'équateur, depuis le premier de ces archipels jusqu'au 172° degré de longitude orientale, sont aussi peuplées par des races Mongoliques. Enfin, les habitants des îles Aléutiennes et de la partie voisine de la côte occiden-

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