CLASSE DES REPTILES
$ 164. La classe des reptiles comprend tous les animaux vertébrés à sang froid, dont la respiration (à l’état parfait, sinon dans le jeune âge) est aérienne et incomplète, [ls ont des poumons comme les mammifères et les oiseaux; mais leur appareil circulatoire est toujours disposé de manière qu'une partie du sang veineux se mêle au sang artériel sans avoir traversé l'organe respiratoire, et en général ce mélange s'opère dans le cœur, qui ne présente alors qu’un seul ventricule dans lequel s'ouvrent les deux oreillettes.
Par leur forme générale , les reptiles se rapprochent des mammifères plus que des oiseaux; mais, du reste, ils offrent à cet égard beaucoup de variations , comme on peut le voir en comparant entre eux une Tortue (pl. 9, fig. 8), un Crocodile ( pl. 9, fig. 9), un Serpent (pl. 9, fig. 10 }et un Crapaud. Leur tête est presque toujours petite, et leur corps très allongé ; quelques uns, tels que les Serpents, manquent complétement de membres ou n'en ont que des vestiges ; mais la plupart de ces animaux, le Lézard et la Grenouille par exemple, ont quatre pattes conformées pour servir à la marche ou à la nage. Du reste, ces membres sont d'ordinaire trop courts pour empêcher le tronc de traîner à terre.
Les os qui composent le squelette des reptiles sont, à peu près, les mêmes que ceux que nous avons déjà vus chez les mammifères et les oiseaux ; toutefois il arrive souvent que quelques uns d’entre eux manquent complétement : ainsi, chez les Serpents, non seulement les os des membres n'existent pas, mais aussi il n’y a point de sternum ; chez les Grenouilles il n’y a point de côtes, etc.
La tête ressemble plus , par la disposition de ses os, à celle des oiseaux qu'à celle des mammifères; le crâne est petit; la face en général très allongée, et la mâchoire inférieure suspendue à un 08 tympanique placé entre elle et le crâne. En général, l'articulation de la tête avec la colonne vertébrale a lieu au moyen d'un seul tubercule (ou condyle) à plusieurs facettes , et ne jouit que de fort peu de mobilité.
Les muscles des reptiles sont d’une teinte blanchâtre. Leurs mouvements sont ordinairement moins vifs et moins soutenus que ceux des animaux à sang chaud. Les uns sont conformés pour la nage; les autres pour vivre sur la terre et y ramper ; lorsque ceuxci n’ont pas de membres, ils se meuvent par les ondulations de
leur corps ; et lorsqu'ils ont des pattes, ces organes sont si courts que le ventre de l'animal traîne presque à terre, comme s’il rampait réellement.
$ 165. Les organes des sens ont peu de finesse.
Les yeux sont ordinairement petits, mais conformés de la même manière que chez les mammifères et les oiseaux; les orbites sont incomplets, et il y a souvent une troisième paupière qui est semitransparente, et qui se meut transversalement.
L'oreille est d’une structure moins compliquée que chez les animaux supérieurs : il n'existe jamais de pavillon ni de conduit auditif, et la membrane du tympan est le plus souvent à fleur de tête.
L'organe de l'odorat est très peu développé ; en général les fosses nasales sont très petites, et la membrane pituitaire qui les tapisse ne présente que peu ou point de replis.
Le goût paraît aussi être obtus chez les reptiles , et la langue est en général peu charnue ; l’os hyoïde qui la supporte est conformé à peu près comme chez les oiseaux.
Enfin, ces animaux n’ont point d'organe spécial pour le toucher, -et en général leur peau ne doit avoir que très peu de sensibilité. Elle ne présente jamais ni poils ni plumes , comme chez les animaux à sang chaud : quelquefois elle est complétement nue; mais le plus souvent elle est toute couverte d'écailles. Chez la plupart des reptiles, l'épiderme se renouvelle plusieurs fois dans l'année, et souvent se détache tout d'une pièce, comme une gaine dont l'animal sortirait.
Quant au système nerveux , il est peu développé ; le cerveau surtout est très petit, et les facultés de ces animaux sont extrèmement bornées.
8466. L'appareil de la digestion ne présente chez les reptiles rien de remarquable. La bouche est en général armée de dents pointues, et les mâchoires peuvent s'écartér beaucoup ; mais ces animaux ne mâchent pas leurs aliments comme la plupart des mammifères, et les avalent de suite. L'estomac est simple et se confond presque avec l'œsophage; le gros intestin diffère peu de l'intestin grêle ; enfin le tube digestif se termine, comme chez les oiseaux, par un cloaque commun.
La respiration des reptiles est aérienne et simple ; chez tous, cette fonction est peu active, et ils peuvent résister pendant très longtemps à l'asphyxie. Leurs poumons sont d’une structure peu compliquée ; le nombre des cloisons qui divisent l'intérieur de ces organes en cellules est beaucoup moins grand que chez les mam-mifères et les oiseaux, et par conséquent la surface respiratoire en contact avec l'air est moins étendue. Une trachée-artère fait communiquer les poumons avec l'arrière-bouche, où l'air arrive prin-
cipalement à travers les fosses nasales. Quelques reptiles ont dans les premiers temps de leur vie des branchies comme les poissons ; mais à l'âge adulte tous ont des poumons, et parmi ceux qui dans le jeune âge respiraient par les branchies, il en est fort peu qui conservent Ces organes.
La circulation du sang esl incomplète he ces animaux, C est -àdire que tout le sang veineux venant des diverses parties du corps ne traverse pas les poumons et ne se transforme pas en sang artériel avant que de retourner à ces mêmes parties,
Le cœur présente le plus ordinairement deux oreillettes , donpant l’une et l’autre dans un seul ventricule. Chacune de ces oreillettes s'ouvre dans le ventricule unique, et il en résulte que le sang veineux venant des diverses parties du corps, et le sang artériel venant des poumons, s'y mêlent, et qu'une portion de ce mélange retourne aux poumons , tandis que le reste se distribue aux diverses parties du corps. Les artères pulmonaires, au lieu de naître immédiatement du cœur, ne sont souvent que des branches de l'artère aorte.
Les globules du sang des reptiles, comme ceux de tous les autres animaux vertébrés ovipares, sont elliptiques: leur volume est beaucoup plus grand que celui des globules du sang des oiseaux, et leur nombre, proportionnellement à la quantité du sérum, est
moins considérable.
Les reptiles se distinguent de tous les autres animaux vertébrés à respiration aérienne par la température de leur corps. Comme les poissons , ils ne produisent pas assez de chaleur pour avoir une température constante et indépendante de celle de l'atmosphère, et on les appelle par cette raison des animaux à sang froid ; tandis que les mammifères et les oiseaux, qui ont une température de 38 à 40° centigrades, quelle que soit la température de l'air, sont appelés des animaux à sang chaud. En général, les reptiles s'engourdissent pendant l'hiver, et lors même qu'ils ne sont pas endormis, ils ne prennent pas de nourriture durant la saison froide.
Cette classe se compose de quatre grandes divisions naturelles, savoir : 4° les Tortues ; 2° les Lézards et les autres reptiles qui s’en rapprochent par leur organisation ; 3° les Serpents , et 4° les Gre-
nouilles et les autres reptilesayant une structure analogue. On désigne ces quatre ordres sous les noms de Chéloniens, de Sauriens, d’Ophidiens et de Batraciens.
S 167. Les Cuéconiexs, ou Tortues, se distinguent au premier coup d'œil par le test ou sorte de cuirasse solide dans laquelle leur corps est renfermé (pl. 9, fig. 8 ).
Ce test est revêtu par la peau, laquelle est ordinairement garnie de grandes écailles, et se compose de deux boucliers, qui, unis seu-
lement sur les côtés, laissent en avant et en arrière une large ouverture où passent la tête, les pattes et la queue. En général, l'animal peut même faire rentrer ces parties sous cette espèce de cuirasse , dans laquelle il vit, comme dans une maison , à l'abri des coups de ses ennemis. d
Le bouclier dorsal ou supérieur est désigné sous le nom de carapace (pl. 10, fig. 4), et se compose des vertèbres dorsales et des côtes, qui {au nombre de huit paires) sont élargies et réunies par des sutures de façon à être complétement immobiles et à former une seule pièce ; une espèce de bordure entoure la carapace et se compose d'une série de pièces osseuses qui paraissent être les représentants de la portion sternale des côtes. Le bouclier inférieur, ou plastron, n’est autre chose que le sternum, dont les pièces, ordinairement au nombre de neuf, sont élargies et lamelleuses. Le cou et la queue semblent naître de la face interne de la carapace. C’est aussi entre ce bouclier et le sternum que sont placés les os de l'épaule : l'omoplate, au lieu d'être attachée sur les côtes et l'épine dorsale, comme dans les autres animaux, l'est en dessous, et se trouve en quelque sorte rentrée dans l’intérieur de la poitrine ; son extrémité inférieure s'articule avec deux os, dont l'un, analogue à l'os coracoïdien des oiseaux, reste libre, et dont l’autre, représentant la clavicule, se réunit au plastron de façon que les deux épaules forment un anneau dans lequel passent l'œsophage et la trachée-artère. Les os du bassin sont également suspendus à la carapace entre le bouclier et le plastron. Les membres ne présentent rien de particulier.
La mâchoire supérieure et l'os carré qui supporte la mâchoire inférieure sont fixés au crâne de manière à être immobiles ; il n°y a point de dents, et quelquefois les mâchoires ne sont garnies que de peau; mais en général elles sont revêtues d'un bec corné semblable à celui des oiseaux.
La plupart des tortues sont complétement herbivores ; quelques unes se nourrissent d'animaux marins aussi bien que de fucus où plantes marines. Il leur faut très peu de nourriture, et elles peuvent passer des mois entiers et même des années sans manger.
Les poumons de ces animaux sont très grands et sont logés dans la même cavité que les autres viscères. Le thorax ne pouvant se dilater et se resserrer pour faire entrer et sortir l'air nécessaire à la respiration, c'est par une espèce de mouvement de déglutition que l'animal pousse ce fluide dans sa trachée-artère. :
Leur cœur (pl. 10, fig. 2) présente deux oreillettes et un seul ventricule divisé en deux chambres inégales qui communiquent ensemble. |
Ces reptiles ont la vie extrêmement dure : on en à vu qui ont
continué à se mouvoir pendant plusieurs semaines quoiqu'on leur eût tranché la tête. Ce sont des animaux très stupides. Leur chair est en général estimée.
On les divise, d’après leur manière de vivre, d’après la conformation de leurs pattes et quelques autres caractères, en quatre familles principales, savoir : les Tortues terrestres , les Tortues paludines!, les Tortues fluviatiles et les Tortues marines.
C'est à cette dernière division qu'appartient le Caret, espèce des mers tropicales dont la carapace est garnie de plaques d’une belle matière cornée, que l’on emploie dans les arts sous le nom d'écaille.
8 468. On donne le nom de Sauriens apx reptiles qui se rapprochent par leur organisation des Lézards; les Grecs les nommaïent cavpos. Ce sont les seuls reptiles qui aient en même temps le thorax entouré de côtes complètes et mobiles, et le corps pourvu de membres.
Leur corps est en général grêle, allongé et terminé par une longue queue (pl. 9, fig. 9); leurs membres, presque toujours au nombre de quatre, sont conformés pour la marche, mais sont si courts que le ventre de l’animal traîne jusqu'à terre; leurs doigts sont presque toujours armés d'ongles : leur peau est revêtue d’écailles ayant tantôt la forme de plaques plus ou moins grandes, d'autres fois celle de petits grains ; leurs couleurs sont ordinairement vives, et peuvent quelquefois changer d’un moment à l'autre. Leur bouche est grande et toujours armée de dents; mais ils ne mâchent pas leurs aliments. Les côtes sont mobiles , et s'élèvent et s’abaissent alternativement pour la respiration; le nombre de ces os est en général assez considérable , et ils sont en partie attachés au sternum, en partie réunis entre eux par leur extrémité inférieure. Le cœur présente en général la même structure que chez les Tortues ; mais quelquefois il existe dans le ventricule des cloisons plus ou moins complètes, qui peuvent même diviser cette cavité en deux portions distinctes, comme cela a lieu chez les Crocodiles.
La plupart des Sauriens sont des animaux essentiellement terrestres; quelques uns sont aquatiques. C'est dans les pays chauds qu'ils sont le plus nombreux, etils paraissent se plaire à rester immobiles, exposés aux rayons les plus ardents du soleil. Lorsque Îa température est élevée, ils ont les mouvements très vifs ; mais le froid les engourdit. Ils se nourrissent de chair vivante, et chassent de petits mammifères , des oiseaux, des poissons, des mollusques, des vers, des insectes, suivant leur taille et leur force. Du reste, ils ne présentent rien de bien intéressant sous le rapport de leurs mœurs.
Nous citerons parmi les Sauriens : les Crocodiles (pl. 9, fig. 9), qui sont remarquables par leur grande taille, par leur peau cuiras-
sée de plaques osseuses, et par quelques particularités dans leur mode de circulation ;
Les Lézards, dont plusieurs espèces sont assez communes en France; à
Les Caméléons, qui ont les doigts réunis en deux paquets opposables, la queue préhensile et la peau de couleur changeante.
$ 169. Les Senpexrs où OPminiexs (d’oy:s, Serpent) sont des: reptiles dont le corps est très allongé et complétement dépourvu de membres (pl. 9, fig. 40).
Ces animaux ne se meuvent qu'au moyen des replis que leur corps fait sur le sol, et ressemblent du reste aux Sauriens par les autres caractères les plus importants de leur organisation. Ilest seulement à noter que le nombre de leurs vertèbres et de leurs côtes est en général très considérable (dans certaines couleuvres on compte jusqu'à 229 vertèbres et presque autant de paires de côtes); qu'il n existe presque jamais de sternum , et que chez presque tous ces animaux l'un des poumons est rudimentaire, tandis que l’autre devient très grand, et se prolonge fort loi dans l'abdomen.
La plupart des serpents ont les mâchoires disposées de façon à permettre à la bouche de s'agrandir beaucoup dans tous les sens, et à donner à l'animal la faculté d'avaler une proie plus grosse même que son corps (pl. 9, fig. 41 et 12). Les deux branches de la mâchoire inférieure ne sont pas soudées entre elles, et peuvent s'écarter latéralement ; l'os tympanique auquel elles sont attachées est lui-même comme suspendu à un autre os articulé avec le crâne ; enfin les deux os maxillaires supérieurs conservent aussi de la mobilité. L’armature de la bouche est aussi remarquable ; car, outre les dents fixées aux mâchoires, il en existe une double rangée insérée aux os palatins (pl. 20, fig. 6).
Ces serpents se divisent en deux groupes: les serpents venimeux et les serpents non venimeux.
Les Serpents non venimeux se reconnaissent à leurs dents, dont aucune n'est mobile ni creusée d'un canal ou d’une gouttière ; toutes sont fixées, et elles forment dans le dessus de la bouche quatre rangées à peu près égales, et deux dans le dessous (pl. 20, fig. 6).
Les principaux genres de cette division sont les Couleuvres, dont une espèce est très commune en France, et les Boas, qui sont de très grande taille, et qui se trouvent en Amérique et dans l'Inde.
Les Serpents venimeux portent de chaque côté de la tête une glande particulière qui sécrète un poison et le verse au dehors par un canal dont l'extrémité vient aboutir à un conduit ou une gouttière creusée dans certaines dents de la mâchoire supérieure (pl. 9, fig. 11). Chez presque tous ces reptiles (les Vipères et les Serpents à sonnettes, par exemple), les dents qui servent ainsi à la sortie du
venin sont plus longues que les autres, et implantées dans l'os maxillaire supérieur, qui est très petit et mobile (fig. 12). Lorsque l'animal veut se servir de son poison, il redresse ces dents, que l’on nomme des crochets mobiles ; mais dans le cas contraire elles sont. reployées en arrière contre la mâchoire supérieure et cachées dans un repli de la gencive. Il y a derrière ces crochets plusieurs germes destinés à produire de nouvelles dents, pour remplacer celles-ci dans le cas où elles viendraient à se casser ; mais l'os maxillaire ne donne pas insertion à une rangée de dents, comme chez les serpents non venimeux : de façon qu'on ne voit dans le haut de la bouche que les deux rangées de dents palatines. Le canal dont les crochets sont percés vient aboutir près de leur extrémité, et verse au fond de: la plaie qu'ils font l'humeur sécrétée par la glande située au-dessus (fig. 4): ce liquide est un poison violent, qui produit des effets plus ou moins funestes , selon les espèces qui le fournissent. En général, il est plus redoutable chez les serpents qui habitent les pays chauds que chez ceux des pays froids ou même tempérés , et ses effets sont d'autant plus terribles que le serpent est plus irrité, qu'il est resté plus longtemps sans se servir de cette arme cruelle, et que l'animal mordu est de plus petite taille. Le venin n'agit qu'après avoir été absorbé et porté dans le torrent de la circulation; mais, néanmoins, les symptômes terribles qu'il occasionne se manifestent souvent avec une rapidité effrayante : chez beaucoup d’animaux les effets sont déjà sensibles au bout de quinze ou vingt secondes. On à vu des chiens succomber en quinze secondes par la morsure d’un Serpent à sonnettes, et on assure que ces reptiles font périr mêmedes chevaux et les bœufs presque instantanément. Cependant l'expérience a montré que le venin des Serpents pouvait être introduit dans les voies digestives sans danger : c’est ce qui explique pourquoi ce poison violent peut couler dans la bouche de l'animal qui le produit sans l’incommoder ; tandis que si par maladresse il se mord luimême, il périt avec la même rapidité que ses victimes ordinaires. Le Serpent venimeux le plus commun et le plus dangereux de l’Europe est la Vipère commune. Sa morsure est promptement mortelle pour les petits animaux ; mais en général la quantité de venin qu'il peut verser dans la plaie qu'il fait n’est pas assez grande pour tuer les animaux de la taille d'un cheval ou même d’un homme. La personne mordue par une Vipère ressent d'abord une douleur aiguë dans la partie blessée; puis celle-ci se gonfle, devient luisante, chaude, rouge et violette, ensuite livide, froide et insensible: la douleur et l'inflammation se propagent au loin; bientôtle maladeéprouve des syncopes, des nausées, des vomissements , des tranchées aigues et une foule d'autres symptômes effrayants; enfin, si ces accidents ne se calment pas , la gangrène s'empare de la partie blessée, le
malade est tourmenté par une soif inextinguible , un mal de:tête violent, une faiblesse extrême, une terreur accablante: symptômes qui sont les précurseurs de la mort. On a vu un homme succomber en huit heures à la morsure d’une Vipère ; mais, nous le répétons, dans notre climat ces blessures ne sont en général mortelles que pour les enfants et les animaux de pelite taille.
Nous avons dit que le venin des serpents n’agissait que par absorption : aussi la première précaution à prendre lors d'accidents de ce genre consiste à comprimer les veines au-dessus de la blessure, et à appliquer un eventouse sur celle-ci ; mais ces moyens, destinés à retarder l'absorption du poison, ne suffisent pas toujours pour préserver complétement de ses atteintes , et après les avoir employés, il faut agrandir la plaie et la brûler profondément, soit avec un fer rouge, soit avec la pierre à cautère (potasse caustique) ou quelque autre caustique puissant; l'ammoniaque, où alcali volatil , appliqué sur la plaie et administré à l’intérieur, est aussi très utile.
Les serpents venimeux ont tous la tête large en arrière, la langue très extensible , et un aspect féroce. Ils sont ovo-vivipares. On les divise en Crotales, Vipères, Naias, etc.
$ 170. L'un des genres les plus remarquables de ce groupe est celui des Croraes , appelés vulgairement Serpents à sonneltes, à cause de l'instrument bruyant qu'ils portent au bout de la queue. Cetinstrument estformé de plusieurs cornets écailleux emboîtés 1à= chementles uns dans les autres, de façon à se mouvoir et à résonner quand l'animal rampe ou remue la queue ; les cornets dont il se compose paraissent être formés par l’épiderme, dont l'animal se dépouille à certaines époques ; leur nombre augmente avec l'âge, et il en reste un de plus après chaque mue. Ces serpents habitent l'A= mérique ; leur venin est extrémement puissant; mais en général ils ne mordent que lorsqu'ils sont provoqués, et ils attaquent bien rarement des animaux tropgros pour qu'ils puissent les avaler. Ils ne grimpent pas aux arbres ; cependant ils font leur nourriture principale d'oiseaux, d'écureuils, etc. On a cru pendant longtemps qu'ils avaient le pouvoir d’engourdir leurs victimes par leur haleine où même de les charmer par leur regard, et de les contraindre ainsi à venir se précipiter dans leur gueule; mais c’est seulement la frayeur extrême qu'ils inspirent à ces petits animaux qui trouble ceux-ci au point de les empêcher de fuir , de leur faire exécuter des mouvements désordonnés, et de les faire tomber même dans la gueule de leurs ennemis.
8471. Les Virères ont le dessous de laqueue garni d'une double série de plaques comme les Couleuvres ; presque toutes se distinguent facilement de ces dernières, non seulement par leurs cro=
chets , mais aussi par les écailles du dessus de la tête, qui sont petites et granulées, tandis que chez les Couleuvres elles ont la forme de grandes plaques lisses. La Vipère commune est dans ce cas; elle est brune, avec une double rangée de taches transversales, noiràtres sur le dos. Sa longueur excède rarement huit décimètres , et elle se trouve dans les cantons boisés, montueux et pierreux de presque toutes les parties tempérées et méridionalesde l'Europe. Il y à quelques années , elle s'était multipliée d'une manière effrayante dans la forêt de Fontainebleau. Sa nourriture principale consiste en souris, mulots, taupes, lézards, grenouilles, jeunes oi-seaux et insectes. Comme la Couleuvre, elle passe l'hiver et une partie du printemps engourdié dans des trous.
$ 1472. Des serpents voisins des vipères, mais dont les côtes antérieures peuvent se redresser et se porter en avant de manière à dilater cette partie du corps en un disque plus ou moins large , ont reçu le nom de Nara.
L’Aspic de Cléopatre (pl. 9, fig. 40), célèbre dans l'histoire, est une espèce de Naia qui se trouve en Egypte. C'est aussi à ce genre qu'appartient le Serpent à lunettes, qui se trouve dans l'Inde, et qui porte un trait noir en forme de lunettes sur la partie élargie de son disque. Ces animaux sont très venimeux; mais les bateleurs indiens, après leur avoir arraché les crochets à venin , les apprivoisent, et leur font exécuter une espèce de danse pour étonner le peuple.
$ 173. On donne le'nom de Barracrexs (de Béroæyos, grenouille) à tous les reptiles qui, par leur mode d'organisation, ressemblent aux Grenouilles. Le caractère le plus saillant de ces animaux est l'existence de branchies pendant les premiers temps de la vie, de façon qu'ils ressemblent d'abord à des poissons, et que plus tardils se métamorphosent en reptiles ordinaires. La plupart perdent leurs branchies lorsque leurs poumons sont bien développéset qu'ils sont parvenus à l'état parfait; mais il en est qui conservent ces organes pendant toute leur vie.
Les batraciens n’ont ni carapace, ni écailles, ni ongles; leur corps est revêtu d'une peau nue. Jusqu'en ces derniers temps, on à cru que leur cœur ne présentait qu'une seule oreillette, aussi bien qu'un seul ventricule ; mais on a constaté récemment qu'il y existe deux oreillettes et un ventricule, comme chez les autres reptiles. Ils ont deux poumons égaux et assez grands, et leur respiration s'effectue par des mouvements de déglutition : car, leurs côtes étant rudimentaires, leur thorax ne peut se dilater de manière à forcer l'air à entrer dans les poumons.
Les œufs des batraciens ont un enveloppe gélatineuse qui se gonfle beaucoup dans l'eau; le petit qui en sort manque de pieds (pl. 9, fig. 13 à 15), et ressemble beaucoup à un poisson par sa
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forme générale et par l'existence des branchies , qui sont fixées de chaque côté du cou à des prolongements de l'os hyoïde; les membres se développent successivement, et plusieurs de ces animaux, par les progrès de l'âge, perdent leur queue, et éprouvent dans leur structureinterne des changements très considérables. Pendant qu'ils subissent ces métamorphoses ; on les désigne sous le nom de tétards.
Nous citerons comme exemples de ce groupe de reptiles les Grenouilles, les Crapauds, les Salamandres, appelées vulgairement Lézards d'eau , et les Protées, qui conservent leurs branchies pendant toute la vie, et possèdent en même temps des poumons.