CLASSE DES CRUSTACÉS
$S 227. Les crustacés sont des animaux articulés proprement dits, ayant la respiration branchiale ou cutanée seulement, un ap-
pareil circulatoire et les deux sexes bien distincts. Les Crabes
(pl. 43, fig, 1), les Ecrevisses et les Homards forment le type de ce groupe; mais On y range aussi un grand nombre d'animaux dont la structure estheaucoup moins compliquée, et dont la formeextérieure est différente; car, à mesure que l’on descend dans la série naturelle formée par ces êtres, on voit le même plan général d’organisation se modifier successivement et se simplifier de plus en plus. Les derniers crustacés sont même si imparfaits, qu’ils ne peuvent vivre que fixés en parasites sur d’autres animaux, et que la plupart des naturalistes les ont rangés parmi les vers intestinaux.
$ 228. Le squelette tégumentaire des crustacés offre, en général, une consistance très considérable. Presque toujours il a une dureté pierreuse, et renferme, en effet, une proportion très considérable de carbonate de chaux. On peut considérer cette enveloppe solide comme étant une espèce d'épiderme ; car, au-dessous d'elle, on trouve une membrane qui ressemble au derme des animaux supérieurs ; et, à certaines époques , la première se détache et tombe. La manière dont ils se dépouillent de leur ancienne enveloppe est très singulière; en général, ils parviennent à en sorir sans y occasionner la moindre déformation , et, lorsqu'ils la quittent, toute la surface de leur corps est déjà reyêtue de sa nou
vellé gaine; mais celle-ci est encore molle et n'acquiert la solidité qu'elle doitavoir qu'au bout de quelques jours.
Le corps des crustacés se compose d’une série d’anneaux plus ou moins distincts. Tantôt la plupart de ces segments sont simplement articulés entre eux et jouissent d’une mobilité assez grande ; tantôt ils sont presque tous soudés ensemble et ne se distinguent que par des sillons situés à leur point de jonction ; enfin d'autres fois leur union est encore plus intime, et c'est par analogie seulement qu'on est conduit à considérer le tronçon résultant de leur fusion comme composé de plusieurs anneaux plutôt que d'un seul. Il en résulte, comme on le pense bien, des différences très grandes dans la forme générale de ces animaux; et si l'on compare entre eux un Cloporte (pl. 43, fig. 4) ou un Talitre (fig. 3) et un Crabe (fig. 4). par exemple, on sera porté, au premier abord, à les croire conformés d'après des types entièrement dissemblables ; mais une étude plus approfondie de leur structure fait voir que la composition de leur squelette tégumentaire est essentiellement la même, et que les différences tiennent presque entièrement à ce que la plupart des anneaux, complétement distincts et mobiles chez les Cloportes , sont soudés entre’eux chez les Crabes, et à ce que certaines parties analogues ne présentent pas chez ces deux animaux les mêmes proportions. Ainsi, chez le Cloporte ou chez le Talitre, on trouvera une tête distincte suivie d'un thorax composé de sept anneaux semblables entre eux et portant chacun une paire de pattes; enfin , à la partie postérieure du corps , on verra un abdomen formé également de sept segments, dont la grandeur diminue rapidement, mais dont la forme est à peu près la même que dans le thorax. Chez un Crabe, au contraire , la tête n’est pas séparée du thorax et ne forme, avec toute cette partie moyenne du corps, qu'un seul tronçon recouvert par un grand bouclier solide, nommé carapace; enfin l'abdomen échappe d'abord à l'œil, car il est reployé en dessous du thorax et n'offre que peu de volume: cependant ilest facile de démontrer que, chez le Crabe comme chez le Cloporte, il existe en arrière de la tête sept anneaux thoraciques bien reconnaissables, et que la carapace n’est pas un organe nouveau créé pour les premiers, mais seulement la portion dorsale de l’un des anneaux de la tête, qui a pris un développement extrême et a chevauché sur tous les anneaux voisins. Chez d’autres animaux de la même classe, la forme générale du corps s'éloigne encore davantage de celles dont nous venons de parler. Ainsi les Limnadies sont renfermées entre deux boucliers ovalaires , réunis comme les valves d'une buître, et c'est après avoir enlevé cette cuirasse mobile qu'on reconnaît la structure annulaire de leur corps.
La tête, ou plutôt la portion céphalique du corps, porte les yeux,
les antennes et les appendices buccaux. Tantôt elle est mobile et distincte du thorax (pl. 13, fig. 3); tantôt, au contraire, soudée à cette seconde portion du corps , qui, à son tour, se compose d'anneaux articulés entre eux chez certaines espèces, soudés en une seule masse chez d’autres (pl. 13, fig. 4).
Les antennes sont presque toujours au nombre de deux paires , et constituent, en général, des espèces de cornes filiformes très allongées. Les pattes naissent par paires des divers anneaux thoraciques ; souvent on en cempte sept paires : chez les Cloportes, les Crevettes des ruisseaux et les Talitres, par exemple; mais d'autres fois, comme cela se voit chez les Crabes (pl. 13, fig. 4) et les Homards, leur nombre. est réduit à cinq paires : seulement, les appendices qui, dans le premier cas, formaient les quatre pattes antérieures, sont affectés à d’autres usages et transformés en organes de mastication. Il existe aussi des différences très grandes dans leur structure : chez quelques crustacés, elles sont toutes fohiacées, membraneuses, et propres à la natation seulement; chez d’autres , elles ont la forme de petites colonnes coudées , articulées etdisposées uniquement pour la marche: chez d’autres encore, tout en restant propres à ce dernier genre de locomotion , elles doivent servir en même temps comme autant de petites bêches pour fouir la terre, et alors elles sont élargies et lamellaires vers le bout; enfin, chez d'autres encore, elles se terminent en pince, et deviennent alors des instruments de préhension en même temps qu'elles remplissent encore leurs fonctions ordinaires dans la locomotion. Chez les crustacés nageurs , tels que les Homards, les Ecrevisses, les Palémons , etc., l'abdomen offre en général un développement considérable, et se termine par une large nageoire, de façon à devenir le principal agent locomoteur ; mais chez ceux qui doivent marcher plus qu'ils ne nagent, 1l est en général très petit et reployé sur le thorax : chez les Crabes, par exemple, cette portion du corps est réduite presque à rien, et constitue l'espèce de tablier mobile qu'on aperçoit à la face inférieure du corps entre les pattes.
$ 229. Le système nerveux se compose d’une double série de ganglions situés sur la face ventrale du corps, près de la ligne médiane, En général leur nombre correspond à celui des segments distincts dont le corps se compose, et toujours ceux de la première paire sont logés dans la tête, au-devant de l'œsophage, où ils constituent une espèce de cerveau; mais la disposition des ganglions du thorax et de l'abdomen varie beaucoup : tantôt ils sont également espacés entre eux, et forment avec leurs cordons de communication une chaîne étendue d’un bout du corps à l’autre ; tantôt ils sont plus ou moins rapprochés entre eux, et quelquefois |
ils sont tous réunis en une seule masse, située vers le milieu du thorax. Il est à noter que cette centralisation du système nerveux devient de plus en plus complète à mesure que l'animal acquiert une organisation plus élevée. Du reste, les crustacés n'ont tous que des facultés très bornées , et aucun d'entre eux ne présente beaucoup d'intérêt sous le rapport de ses mœurs. Les yeux sont conformés à peu près de même que chez les insectes : quelquefois ils sont simples ; mais en général ils sont composés , et, chez tous les crustacés les plus parfaits, ces organes sont portés sur des pédoncules mobiles , disposition qui ne se voit dans aucune des autres divisions de l’embranchement des animaux articulés. Chez un grand nombre de crustacés , il existe aussi un appareil de l'ouie, qui est situé à la base des antennes externes, et qui se compose d'une petite membrane semblable à un tympan, au-dessus de laquelle se trouve une espèce de vestibule rempli de liquide et renfermant la terminaison d’un nerf particulier. On ne sait rien de positif touchant l'odorat et le goût chez ces animaux.
$ 230. La plupart des crustacés vivent de substances animales ; mais ils présentent de grandes différences dans leur régime : les uns ne se nourrissent que de matières liquides, les autres se repaissent d'aliments solides, et on remarque dans la conformation de leur bouche des différences correspondantes. Chez les crustacés masticateurs, il existe au-devant de cette ouverture une lèvre courte et transversale, suivie d'une paire de mandibules, d'une lèvre inférieure, d'une ou deux paires de mâchoires proprement dites, et en général d’une ou de trois paires de mâchoires auxiliaires ou pattes-mâchoires, qui servent principalement à la préhension des aliments. Chez les crustacés suceurs, au contraire, la bouche se prolonge en une espèce de bec ou de trompe, semblable à ce que nous avons déjà vu chez les insectes dont les mœurs sont analogues. Dans l'intérieur de ce tube se trouvent des appendices grêles et pointus, qui font l'office de petites lancettes, et, de chaque côté, on voit d'ordinaire des organes analogues -aux mächoires auxiliaires des crustacés broyeurs, mais qui sont conformés pour servir à fixer l'animal sur sa proie.
& 231. Le canal digestif s'étend de la tête à l'extrémité postérieure de l'abdomen, et se compose d’un œsophage très court, d'un estomac grand et en général armé intérieurement de dents puissantes, d'un intestin grêle et d'un rectum. Chez quelques crustacés, la bile est sécrétée par des vaisseaux biliaires assez semblables à ceux des insectes; mais, en général, il existe un foie très volumineux , divisé en plusieurs lobes et composé d'une multitude de petits tubes terminés en cul-de-sac et groupés autour d'un canal
excréteur ramifié, dont l'extrémité débouche de chaque côté dans l'intestin , près du pylore.
$ 232. On ne sait rien sur la manière dont le chyle passe de l'intestin dans l'appareil circulatoire. Le sang est incolore ou légèrement teint en bleu ou en lilas, et se coagule facilement. Ce liquide est mis en mouvement par un cœur situé sur la ligne médiane du dos (pl. 43, fig. 2 ) et composé d'une seule cavité. Sa forme varie, et'ses contractions chassent le sang dans les artères, qui le distribuent à toutes les parties du corps. Les veines sont très, incomplètes et sont formées principalement par les lacunes que les divers organes laissent entre eux et que tapisse une couche mince du tissu cellulaire ; elles aboutissent à de vastes sinus situés près de la base des pattes, et de ces cavités le sang se rend aux organes respiratoires , puis revient au cœur par des canaux bien distincts nommés branchiocardiaques.
$ 233. Les crustacés sont presque tous des animaux essentiel lement aquatiques : aussi leur respiration se fait-elle presque toujours à l’aide de branchies, et lorsque ces organes manquent, c'est la peau de certaines parties du corps (le plus souvent des pattes) qui en tient lieu. Du reste, la disposition de l'appareil respiratoire varie beaucoup. Ainsi , chez les Crabes, les Écrevisses et tous les autres crustacés d’une organisation analogue, les branchies consistent en un nombre considérable de pyramides composées chacune d'une multitude de petits cylindres disposés comme les poils d’une brosse, ou de petites lamelles empilées les unes sur les autres comme les feuillets d’un livre. Ces organes sont fixés par leur extrémité au bord inférieur de la voûte des flancs, et sont renfermés dans deux grandes cavités situées sur les côtés du thorax et comprises entre la carapace et la voûte dont nous venons de parler, disposition qui ne se retrouve dans aucune autre classe. La cavité respiratoire communique au dehors par deux ouvertures : l’une, servant à l'entrée de l'eau, est presque toujours située entre-la base des pattes et le bord de la carapace ; l’autre, destinée à la sortie de ce liquide, est placée sur les côtés de la bouche. Enfin le renouvellement de l'eau à la surface des branchies est déterminé par les mouvements d’une grande valvule située près de cette dernière ouverture et formée par un appendice lamelleux des mâchoires de la seconde paire. Chez d’autres crustacés, les Squilles, par exemple, les branchies ont la forme de panaches , et, au lieu d'être renfermées dans le thorax, flottent librement à l'extérieur, et sont fixées aux membres abominaux ; chez d’autres encore, tels que les Crevettes des ruisseaux et les Talitres, ce sont des vésicules membraneuses fixées à la base des pattes, sous le thorax, qui tiennent lieu de branchies; enfin, chez les crustacés isopodes, la respiration
s'effectue à l’aide de fausses pattes abdominales , qui sont devenues foliacées et membraneuses.
$ 234. Il existe un très petit nombre de ces animaux qui vivent à l'air; mais ils font exception à ce que nous avons dit relativement aux différences de structure de l'appareil respiratoire chez les animaux aquatiques et terrestres ; car, au lieu d'être pourvus de poumons ou de trachées , ils respirent par des branchies, comme les premiers : seulement, ces organes sont disposés de manière à se maintenir dans un état d'humidité nécessaire à l'exercice de leurs fonctions. Les Gécarcins ou Crabes de terre (pl. 43, fig. 1 )qu’onrencontre dans diverses régions du globe, mais qui abondent surtout aux Antilles, où on les connaît sous le nom de Tourlouroux, nous offrent un exemple remarquable de cette anomalie. Au lieu de vivre dans l’eau , comme les crustacés ordinaires, ils sont terrestres, et, quoiqu ils soient pourvus de branchies, quelques uns d’entre eux S'asphyxient promptement par la submersion, Leur respiration est en effet trop active pour que la petite quantité d'oxygène dissoute dans l'eau puisse suffire à leurs besoins, tandis que dansl’air ils trouvent ce gaz en abondance; et une disposition analogue a celle que nous avons déjà rencontrée chez quelques poissons leur permet de rester hors de l'eau sans que leurs branchies se dessèchent au point de devenir impropres à remplir leurs fonctions : tantôt il existe au fond de la cavité respiratoire une espèce d’auge destinée à servir de réservoir pour l'eau nécessaire au maintien de l'humidité autour des branchies: d’autres fois on trouve à Ja voûte de cette cavité une membrane spongieuse qui paraît servir aux mêmes usages. La plupart de ces Crabes de terre se tiennent d'ordinaire dans les bois humides, et s’y cachent dans des trous qu'ils creusent dans le sol; mais les localités qu'ils préfèrent va- rient suivant les espèces : les unes vivent dans les terrains bas et marécageux qui avoisinent la mer; d’autres setiennent sur les Collines boisées loin du littoral, et à certaines époques ces dernières quittent leur demeure habitueile pour gagner la mer. Les Cloportes (pl. 13, fig. 4) sont aussi des crustacés terrestres dont la respiration aérienne s'effectue à l’aide de lames foliacées qui sont situées sous l'abdomen, et qui, chez d’autres animaux conformés à peu prèsde la même manière, remplissent les fonctions de branchies. | __ S 235. Les crustacés sont tous ovipares : la femelle se distingue en général du mâle par la forme plus élargie de son abdomen , et, après avoir pondu ses œufs, elle les porte pendant un certain temps suspendus sous cette partie du corps ou même renfermés dans une espèce de poche formée par des appendices appartenant aux pattes ; quelquefois les petits naissent dans cette poche et y restent jus-
qu’à ce qu'ils aient subi leur première mue. En général, les jeunes n’éprouvent pas de véritables métamorphoses ; quelquefois cependant ils acquièrent, par les progrès de l’âge, un plus grand nombre de pattes , et il en est qui changent complétement de forme pendant les premiers temps de la vie.