CLASSE DES ARACHNIDES
$ 219, La classe des Arachnides se compose d'animaux articulés qui ont beaucoup d’analogie avec les insectes, et qui sont également organisés pour vivre dans l'air; mais qui s'en distinguent, au premier coup d'œil, par la forme générale du corps et par le nombre des pattes, et qui différent aussi de ces animaux par plusieurs particularités importantes dans leur structure intérieure. En effet, les Arachnides (pl. 13, fig. 6, 7) ont toutes la tête confondue avec le thorax et dépourvue d'antennes ; elles ont quatrepaires de pattes et jamais d'ailes ; enfin elles respirent en général à l’aide de cavités pulmonaires, et ont presque toutes un appareil circulatoire assez complet
& 220. Le squelette tégumentaire de ces animaux est en général moins solide que celui des insectes, etleur corps se compose de deux parties principales, presque toujours distinctes : l'une appelée céphalothoraæ , parce qu’elle est formée par la tête et le thorax. confondus en un seul tronçon ; l’autre nommée abdomen, et.com= posée tantôt d'une suite d'anneaux distincts (comme cela se voit chez les Scorpions (fig. 7), tantôt d'une masse molle, globuleuse et sans divisions {chez les Araignées, par exemple, fig. 6).
Les organes de la locomotion sont toujours fixés au céphalothorax: et consistent en huit pattes très semblables à celles des insectes et presque toujours terminées par deux crochels; en général, leur
longueur est considérable, et elles se cassent facilement; mais, de même que chez les crustacés, le moignon, après s'être cicatrisé , reproduit une nouvelle patte qui croît peu à peu , et finit par être semblable à celle dont l'animal avait été privé. Jamais les arachnides ne présentent de vestiges d'ailes, et leur abdomen est tou- jours complétement dépourvu d'appendices locomoteurs.
8 221. C'est sur la partie antérieure du céphalothorax que se trouvent la bouche et les yeux. Ces derniers organes sont toujours simples et en nombre assez considérable : on en Compte ordinairement huit, et on distingue dans chacun d'eux une cornée transparente, derrière laquelle se trouvent un cristallin et une humeur vitrée, puis une rétine formée par la terminaison d’un nerf optique et une enveloppe de matière colorante.
$ 222. Le système nerveux des arachnides présente des différences assez grandes ; tantôt {chez les Scorpions, par exemple) il se compose d'une série de huit masses ganglionnaires réunies entre elles par de doubles cordons de communication et formant une
Chaîne étendue, d’un bout du Corps à l’autre, d’une manière presque uniforme ; d'autres fois {chez les Araignées. etc. }on trouve tous les ganglions du thorax réunis en une seule masse, d'où partent en arrière deux cordons qui vont aboutir à un ganglion abdominal unique. Du reste, la disposition générale de ces parties est toujours la même: les ganglions antérieurs , situés au-devant où au-dessus de l'æsophage, et considérés plus ordinairement comme représentant le cerveau de ces animaux , donnent naissance aux nerfs optiques en avant, et se continuent en arrière avec le collier œsophagien ; les autres ganglions sont situés au-dessous du tube alimentaire , et envoient des nerfs aux pattes , aux appendices de l'abdomen, etc.
La plupart des arachnides sont carnivores. Les unes ont la bouche armée de mâchoires tranchantes ou aiguës et se nourrissent d'insectes qu'elles saisissent vivants; les autres se tiennent fixées sur d’autres animaux dont elles sucent les humeurs : ces parasites ont la bouche conformée en manière de suçoir. On distingue chez les premières: 4° une paire de mandibules, qui, en général, sont armées d'une griffe mobile ; 2° deux mâchoires portant des palpes articulés ; 3° une petite lèvre sans palpes. Le canal digestif s'étend jusqu'à l'extrémité de l’abdomen ; on rencontre près de la bouche des organes salivaires qui ont leur ouverture dans le premier article des mandibules et qui paraissent sécréter un liquide venimeux. Enfin, plus loin en arrière , le tube digestif donne attache à des canaux biliaires qui remplacent le foie.
Le crochet mobile des mandibules présente, près de son extrémilé, une petite ouverture qui est l'orifice du canal excréteur de la
glande venimeuse dont nous avons déjà parlé, et la liqueur qu’elle verse au fond des plaies détermine presque aussitôt l'engourdisse ment des insectes auxquels ces animaux font la chasse, mais est trop faible pour nuire à l'homme, et c'est sans aucune raison que le vulgaire attribue souvent à la morsure des Araignées les boutons et les rougeurs qui se développent quelquefois sur notre peau.
Certaines arachnides sont pourvues d’un autre appareil venimeux destiné au même usage el servant en même temps comme arme défensive : tel est le crochet qui termine l'abdomen des Scorpions (pl. 43, fig. 7). Ce dard présente au-dessous de la pointe plusieurs ouvertures qui communiquent avec une glande venimeuse, et la pijûre de ces arachnides est souvent mortelle pour les animaux même assez gros, tels que les chiens. Les grands Scorpions des pays chauds sont aussi très redoutables pour l'homme, mais la piqûre des espèces qui habitent l'Europe ne paraît être jamais mortelle ; il en résulte ordinairement une inflammation locale plus ou moins vive, accompagnée de fièvre et d'engourdissement, et quelquefois de vomissements, de douleurs dans tout le corps et de tremblement. Pour combattre ces accidents, les médecins conseillent l'usage de l'ammoniaque (ou alcali volatil) administrée à l'intérieur aussi bien qu’à l'extérieur , et l'application de substances émollientes sur la plaie.
$ 223. La respiration des arachnides est aérienne comme celle des insectes, et se fait quelquefois au moyen de trachées ; mais chez la plupart de ces animaux, et notamment chez les Araignées et les Scorpions, elle est concentrée dans des poches logées dans l'abdomen et appelées poumons. Ces derniers organes présentent dans leur intérieur une multitude de lamelles membraneuses disposées comme les feuillets d'un livre : aussi ressemblent-ils bien plus à des branchies intérieures qu'à de véritables poumons. Chaque poumon reçoit l'air par une ouverture située à la face inférieure de l’abdomen , et on en compte tantôt deux, tantôt quatre ou même huit.
Certaines Araignées possèdent en même temps des poumons et des trachées : les Ségestries sont dans ce cas; et d’autres, telles que les Faucheurs et les Mites, sont pourvues de trachées seulement. Ces tubes ont la même structure que chez les insectes, et l'air y pénètre par deux stigmates très petits, Situés à la partie inférieure de l'abdomen.
Le sang est blanc chez tous les animaux de cette classe. Les arachnides pulmonaires sont pourvues d'un appareil circulatoire assez complet. Le cœur, situé sur le dos, a la forme d'un vaisseau allongé, et donne naissance à diverses artères ; le sang, après avoir traversé les organes, se rend aux poumons, et de là arrive au
eœur, en suivant une marche semblable à celle qui se voit chez les crustacés. Chez les arachnides dont la respiration s'effectue uniquement à l'aide de trachées, l'appareil de la circulation est rudimentaire.
S 224. Les arachnides pondent des œufs comme les insectes, et le mâle diffère en général de la femelle par la forme des palpes maxillaires, dont les usages paraissent être très im portants. Un grand nombre de ces animaux enveloppent leurs œufs dans un cocon de soie, et quelquefois la mère demeure avec sa jeune famille pour la protéger, et porte même les petits sur son dos lorsqu'ils sont encore trop faibles pour marcher. Tous ces animaux subissent plusieurs mues avant que d'arriver à l’âge adulte, et quelques uns éprouvent une sorte de métamorphose: car il en est dont les pattes ne sont d'abord qu’au nombre de trois paires, et qui en acquièrent une quatrième à un âge plus où moins avancé.
S 225. Les arachnides sont douées d'instincts variés qui sont quelquefois non moins remarquables que ceux des insectes ; et on serait même porté à leur accorder des facultés plus développées, car on a vu des animaux de cette classe se prêter à une espèce d'éducation et donner des signes d’une sorte d'intelligence. Plu- Sieurs ont recours à des ruses particulières pour s'emparer de leur proie, et d'autres déploient dans la construction de leur demeure une industrie singulière : la mygale creuse-en terre un nid pourvu d'une porte mobile sur une sorte de charnière, et les toiles que nos araignées de jardin tendent avec une régularité admirable sont également curieuses. La soie avec laquelle ces animaux construisent ainsi des retraites, tendent des piéges à leur proie et forment des cocons pour les œufs, est sécrétée par un appareil logé dans la partie postérieure de l'abdomen. Cet appareil consiste en plusieurs paquets de vaisseaux contournés sur eux-mêmes et aboutissant à des pores percés au sommet de quatre ou de six mamelons coniques ou cylindriques appelés filières et situés au-dessous de l'anus. La matière gluante expulsée à travers ces pores prend de la consistance par le contact de l'air, et constitue des fils d'une ténuité extrême et d'une longueur très grande. A l'aide de ses pattes, l'animal réunit en une seule corde une multitude de ces fils; et chaque fois qu'en se balançant les filières viennent à toucher le corps sur lequel . il pose, il y attache le bout d’un de ces fils, dont l'extrémité opposée est encore renfermée dans l'appareil sécréteur, et dont il peut par conséquent augmenter à volonté .la longueur. La couleur et le diamètre des fils varient beaucoup : une araignée du Mexique se construit une toile composée de fils rouges, jaunes et noirs entrelacés avec un art qui étonne ; et on a calculé que dix mille fils sortant des pores d’une des filières de quelques unes de nos araignées
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communes n’égalent pas en grosseur un de nos cheveux, tandis que d’autres espèces, propres aux pays chauds, forment des trames si fortes qu’elles suffisent ponr arrêter de petits oiseaux, et que l’homme même a besoin de faire un effort pour les rompre. La manière dont les aranéides mettent leur soie en œuvre ne varie pas moins : les unes se bornent à tendre des fils irréguliers, d'autres tissent une toile dont les mailles sont d'une régularité extrême. Quelquefois on les voit immobiles au milieu de leur trame, guettant leur proie; d’autres fois elles se cachent dans une retraite qu’elles se construisent tout auprès, qui a tantôt l'apparence d'un tube soyeux, tantôt celle d’une petite coupe.
$ 226. Les arachnides se divisent en deux ordres, d’après la structure des organes de la respiration et de la circulation, savoir : les Arachnides pulmonaires et les Arachnides trachéennes. Les Araïgnées (pl. 13, fig. 6) et les Scorpions (pl. 13, fig. 7) appartiennent au premier de ces groupes. Les Faucheuses et les Mites ou Acaries, au second. Parmi ces derniers nous citerons l'Acarus, qui se loge dans la peau de l’homme et y détermine la gale.