NOTIONS GÉNÉRALES
$ 1. La BOTANIQUE (du grec Botæyn, herbe) est la partie de l’Histoire Naturelle qui traite des végétaux.
Cette science a un triple objet; elle étudie : l'anatomie des organes des plantes, leur forme et leur agencement, ou leur organographie; le jeu de ces organes dans la vie des végétaux, c’està-dire leurs fonctions, ou leur physiologie ; et la botanique descriptive, qui comprend la classification des végétaux et leur histoire particulière. :
On voit donc que la botanique consiste, non pas, comme le vulgaire se l'imagine, dans le talent stérile de retenir par cœur quantité de noms de plantes, et de pouvoir appliquer ces noms aux êtres qui les portent, mais dans la connaissance des végétaux euxmêmes, de leur organisation, de leur développement, de leur manière de vivre, de leurs propriétés, et des rapports qu'ils ont entre eux, aussi bien que des caractères par lesquels ils diffèrent les uns des autres.
S 2. Définition des végétaux.— Les végétaux sont des êtres organisés pour vivre, et qui ne sont pas doués, comme les animaux, de la faculté de sentir et d’exéçuter des mouvements volontaires.
De mème que les animaux, ces êtres se distinguent facilement
(1) En publiant cette nouvelle édition du Cahier de Botanique, les auteurs se plaisent à reconnaître la part active que M. Émile Baudement a bien voulu prendre
dans le remaniement du texte, devenu nécessaire par suite de l'adoption du nouveau programme, ef ils s’empressent d’en remercier ce jeune professeur.
des corps inorganiques par leur structure, par le travail nutritif à l’aide duquel leur substance se renouvelle et s’'augmente, par leur origine, par leur composition chimique et par la durée limitée de leur existence.
Ils diffèrent des animaux non-seulement parce qu’ils sont privés des fonctions de relation, mais aussi parce qu’ils n’accomplissent pas de la même manière les fonctions générales de la vie qui leur sont communes avec ces derniers. Presque toujours les végétaux vivent fixés du sol ; ils absorbent du dehors les matières nutritives, qu'ils s’assimilent sans les digérer préalablement, et ils n’ont rien qui ressemble à un estomac; enfin, par le travail de la respiration, ils s'emparent de l’acide carbonique de l'air, et exhalent de l'oxygène.
Dans le plus grand nombre des cas, rien n’est par conséquent plus facile que de distinguer un végétal d’un animal ; mais lorsqu’on compare entre eux les êtres les plus simples des deux règnes, la plupart des différences dont nous venons de parler s’effacent peu à peu, et, à leur limite inférieure, ces deux grandes divisions de la nature organique semblent se confondre. Ainsi, il est des infusoires qui paraissent dans le jeune âge ressembler à des animaux, mais qui acquièrent par la suite tous les caractères des végétaux; et certains polypes ressemblent beaucoup à des plantes lorsqu'ils commencent à se développer au moyen de bourgeons, bien qu’ils aient plus tard la conformation et les propriétés des animaux en général.
Nous avons dit que les végélaux sont privés de la faculté de sentir et d'exécuter des mouvements volontaires : cela est bien évident dans l'immense majorité des cas; mais il est quelques plantes ou quelques-unes de leurs parties qui, au premier abord, paraissent faire exception à cette règle. Ainsi, les branches et les feuilles de tous les végétaux se dirigent du côté d’où leur viennent l'air et la lumière. Certaines plantes, aux approches de la nuit ou au point du jour, ferment leurs feuilles ou leurs fleurs, et il en est qui se contractent de la sorte toutes les fois qu’un corps étranger vient à les toucher. Le petit arbustenommé Sensitive présente ce phénomène d’une manière bien remarquable; et une plante des marais de l'Amérique, la Dionée attrape-mouche, exécute des mouvements encore plus singuliers : ses feuilles, divisées en deux lobes, sont tellement irritables, qu’au moindre attouchement elles se ferment : aussi, quand un insecte vient se poser sur la face interne de l’une d'elles, les deux lobes se rapprochent aussitôt, et l'animal, saisi entre les épines dont ces lobes sont hérissés, meurt dans cette espèce de piège naturel. Les Rossolis, dont les fleurs blanches ornent
souvent nos étangs, présentent aussi quelque chose d'analogue, car les poils qui bordent leurs larges feuilles rondes se couchent dès qu'ils sont irrités par le contact d’un corps étranger. * : Mais ces phénomènes paraissent différer essentiellement des mouvements volontaires des animaux, el rien n'indique que les plantes dont nous venons de parler éprouvent des sensations, ni qu'elles dirigent par la volonté les mouvements qu’elles exécutent : tantôt ceux-ci sont le résultat de l’action de la chaleur.ou dé l'humidité sur certaines parties de leurs tissus, et d’autres fois ils ne peuvent être comparés qu'aux mouvements automatiques, qu’il est facile de déterminer, à l'aide de l'électricité, dans le corps d’animaux récemment décapités et privés des fonctions de relation. Du reste, ces propriétés sont pour ainsi dire exceptionnelles dans le règne végétal. Nous les examinerons après avoir étudié les caractères propres et constants des végétaux.