TRANSFORMATION DES ORGANES FONDAMENTAUX : FASCIATION, VRILLES, ÉPINES
$ 81. Nous avons déjà vu de nombreux exemples de la facilité avec laquelle les organes des végétaux prennent les caractères les uns des autres : nous avons vu les feuilles porter des bourgeons, les racines se développer comme la tige, les tiges revêtir la forme des racines. Il arrive assez fréquemment aussi que les axes qui composent la tige se dilatent et prennent un aspect foliacé, comme on le voit assez souvent dans le Lis, le Sureau, la Chicorée sauvage, le Petit-Houx surtout, sur lequel il semble que les axes floraux naissent du milieu d’une feuille. Quelquefois, plusieurs axes ainsi élargis s’alignent, se soudentensemble, et forment une large crête qui se charge de bractées et de fleurs; l’Amarante créte-decoq, cultivée si généralement dansles jardins, nous offre un exemple de cet état, qui, chez elle, est devenu normal. Cettedilatation, due vraisemblablement à un excès de nutrition, est nommé fasciation (pl. IV, fig. 31).
Les vrilles et les épines doivent leur formation, non plus à une surabondance de sucs, mais, au contraire, à l'avortement d’un organe ou de quelqu’une de ses parties.
$ 82. On appelle vrilles de petits filets herbacés, mous et flexibles qui se tortillent souvent autour des corps qui les avoisinent. Leur position et LEur point de départ, en même temps que la comparaison de la plante sur laquelle on les examine avec les plantes d’une organisation analogue, servent à faire reconnaître quel est l’organe qui les à produites. Ainsi, dans la Vigne, la tige, comme nous l’avons dit ($26),in’est pas le résultat de l'élongation de l’axe primaire, mais bien de substitutions successives des axes secondaire, ter—
tiaire, et autres qui rejettent chacun de côté l’axe qui le précède: l'axe ainsi rejeté se termine en vrille, et comme, dans les plantes voisines et dans la Vigne même, là où elle fleurit, la place de ces vrilles est occupée par un bouquet de fleurs, on doit considérer ces vrilles comme des axes floraux avortés.
Dans les feuilles composées, c'estquelquefois la foliole terminale seule, souvent ce sont aussi les folioles latérales supérieures, ou les inférieures, sur lesquelles le parenchyme ne se développe pas, et dont les faisceaux fibro-vasculaires avortent en vrilles. Il arrive même qu'aucune des folioles ne se forme, et que toute la feuille devient une vrille. Suivant l’un ou l'autre de ces cas, la vrille est simple ou rameuse, bifide, trifide, etc. (pl. IV, fig. 32). Quelques botanistes considèrent comme une stipule avortée la vrille latérale unique que l’on voit sur le côté de la feuille des Cucurbitacées, dans le Melon, par exemple, se fondant sur la position de cette vrille et sur ce fait, qu'il se forme même quelquefois deux vrilles latérales sur ces plantes ; d’autres hotanistes, en voyant la côte qui porte cette vrille se prolonger inférieurement jusqu’à laisselle de la feuille placéeau-dessous, la regardent comme un dede un
rameau avorlé (pl. IV, fig. 33).
$ 83. Les épines ou piquants, reconnaissent une origine identi-
que à celle des vrilles; mais les organes dégénérés qui les présentent ont pris une consistance plus solide : ils sont roides et acérés. Le plus ordinairement ce sont les rameaux supérieurs, quelquefois mème ce sont tous les rameaux d’un végétal, comme dans l’Ajone, qui se transforment en épines, et ainsi métamorphosés, ils continuent à porter des feuilles, comme dans le Prunellier, ou restent nus, comme dans les Gleditschia. Ces rameaux-ép ines peuvent être simples ou devenir rameux. Après la chute des folioles, le pétiole se change en épine dans quelques Astragales. Dans l'arbre si connu sous le nom d’Acacia, ce sont les stipules qui forment les épines (pl. IV, fig. 34) ; dans certaines plantes, dans l’Alyssum et le Mesembryanthemum spinosum, par exemple, ce sont les axes floraux; dans d’autres, comme le Groseillier à maquereaux, ce sont les coussinets (pl. IV, fig. 35). Les nervures des feuilles, soit
que le parenchyme ne les accompagne pas jusqu’à leur extrémité, comme dans plusieurs Chardons, soit qu'il manque complétement,
comme dans l’Épine-vinette, donnent aussi naissance à des épines (pl. IV, fig. 36).
Par leur structure, aussi bien que par leur position déterminée, qui est celle des organes qu'ils remplacent, les épines diffèrent totalement des aiguillons, qui sont cellulaires et disséminés sans
ordre sur l’épiderme dont ils sont une dépendance ($ 20).
8 84. Après avoir étudié la structure, la forme et l'agencement des organes fondamentaux, c’est-à-dire leur Organographie, nous devons examiner les fonctions de ces organes dans l’entretien de la vie du végétal, ou leur Physiologie.
La Nutrition consiste essentiellement dans un échange perpétuel de molécules entre l’être organisé et le monde extérieur. Mais cette définition est plutôt l'indication du phénomène général et continu qui résume la vie de l'individu, que l'explication du travail foncüonnel dont ce phénomène est le terme. Ce n’est point en effet par l’action directe et immédiate d’un seul organe, ni par l’action une et identique de tous les organes qui composent la plante, que ce résultat est oblenu : le travail physiologique est divisé, et les parties diverses ont leurs rôles spéciaux.
Les unes sont chargées de pomper les liquides qui les entourent et qui doivent introduire dans le végétal les substances alimentaires ; leur fonction est l’Absorption.
Les autres doivent transporter le liquide nourricier sur tous les points des tissus ; leur fonction est la Circulation.
D'autres mettent celiquide en rapport avec l'air qui doit lui donner des propriétés nouvelles ; elles ont pour fonction la Respiration.
D’autres extrayent, de ces matériaux généraux, des sucs particuliers, destinés à des usages déterminés : leur fonction est la Sécrétion.
D'autres débarrassent la plante des éléments inutiles, et cette fonction d'élimination estnommée Excrétion.
Enfin, rendues propres à conserver les parties existantes et à en former de nouvelles, les matières nutritives sont fixées dans la substance même de l’être vivant, et celte fonction finale, but définitif de ce travail préparatoire, est la Nutrition proprement dite ou Assimilation. |
Absorption, Circulation, Respiration, Sécrétion, Excrétion, Assimilation, telles sont les six fonctions, en quelque sorte élémentaires, quicomposent la fonction complexe désignée sous le nom général de Nutrition.