‹ Cahiers de doléances des bailliages des généralités de Metz et de Nancy pour les États généraux de 1789. l. serie. Département de Meurthe-et-Moselle (volume 2)Chapitre 123 sur 192 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

État des finances qu'il faut changer en supprimant la Ferme, en diminuant les impositions, et en abaissant la quantité de salines, usines en Lorraine, enfin en révoquant tous les droits sur le public.

Suppression de la Ferme en lui substituant des receveurs bailliagers provinciaux et un receveur général ou trésorier général.

Diminations des impositions en le prenant sur le superflu des gros bénéficiers des abbayes, des ibhés commendataires, ou sur la masse totale jusqu^à l'extinction du corps entier qui .serait inutile à l'État, sur les pensions improportionnées aux mérites de ceux qui les perçoivent, pendant que le peuple gémit, sur les donations qu'ont faites Nos Seigneurs les ducs de Lorraine à la Noblesse et aux abbayes, qu'ont nos rois dues depuis [sic] ; sur les deniers généralement que perçoivent les gros bénéficiers séculiers, et sur celles [sic] que payent tous les sujets du Roi : les séquestres ou commissaires établis à cet eflfet en rendront compte de leur recette aux receveurs bailliagers, ceux-ci aux provinciaux, et ceux-là au général, le dernier au Roi. •

Abolissement des salines .que ne servant qu'[àj enrichir les Fermiers et commis et étrangers, qu'à appauvrir les sujets du Roi.

Le profit du Fermier et de ses adjoints est clair : l'étranger s'engraisse et ses bestiaux de la graisse des pauvres Français et Lorrains allemands. U fait en conséquence un commerce rétrogressif chez les sujets du Roi, et lui emporte à bon prix son argent, en lui vendant ses bétes grasses qu'il a engraissées moyennant le sel que le sujet du Roi lui a passé pour rien.

Le sujet du Roi, depuis la première jusqu'à la moyenne et dernière classe, en souffre considérablement jusqu'à la dernière misère : il se passe de soupe et légumes à cause de la cherté du sel, à faute de moyens d'en acheter.

Que mange-t-il donc? Des pommes de terre sans pain et sans sel avec du gros lait ou du petit lait ; ce fait est constant dans la plus grande partie de l'allemand français et de la Lorraine.

Qu'arrive-t-il? Le riche est surpris dans la contrebande, est

pris, et ensuite privé des moyens à la subsistance de sa famille : des batailles entre contrebandiers et employés de la Ferme, des massacres de part et d'autre, la ruine totale des familles, et quelquefois infamie pour toute là postérité.

Cherté de bois de chauffage jusqu'à prix de iS''^ de France la corde plus et moins dans nos environs des salines et dans Télendue de nos cantons.

Cessation du commerce; dans la France et la Lorraine, les bestiaux sont privés de sel qui contribue à bonifier les fourrages et autre nourriture. Ils restent sans appétit, sans augmentation et sans prix.

Les amendements des mêmes bestiaux sont moins gras, les terrains [moins] fertiles.

L'homme ainsi privé de sel et de nourriture salée est moins robuste, languissant, moins portant, sujet à toutes sortes de maladies, vient ainsi plus tôt qu'il doit à sa carrière. Pour se soustraire à tant de misères et incommodités, il devient traître à sa patrie, il vole, pille; il a sa ressource à l'émigration. . Moyens consistant en laissant subsister une partie des salines pour fournir le sel aux sujets du Roi, en en privant l'étranger, laisser le sel marchand et à bon prix, ainsi que le tabac, et prendre le profit qu'a le Roi sur ces deux objets sur d'autres impositions ordinaires ;

Ou en abolissant toutes les salines, et rendre le sel de la mer navigable et commerçant parle Rhin, la Sarre et la Nied, et d'autres rivières: il sera encore moins coûtant.

Suppression (f excès de droits sur les marchandises ; sortie, entrée et passade. — Le commerce libre fait vivre les sujets; il est à voir comme tous les autres royaumes sont florissants, et ce par le commerce ; qu'il n'y ait point de droits d'impôts dans l'intérieur, mais sur les frontières seulement pour l'entrée et pour la sortie: les grands commerçants porteront pour la plus grande partie les charges du médiocre et du pauvre : le commerce libre les récompensera d'ailleurs.

Pour le moyen^ le Roi n'aura besoin que de garderies frontières et cela par les invalides et autres pensionnés du Roi ; la charge de solder cent mille hommes, sans compter les supérieurs, diminuera de beaucoup : on pense que le Roi en sera totalement récompensé.

CAHIER DE LANING 4^5

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