GLU
Cejourd'hui vingt et un mars 1789.
Cahier de plaintes, doléances et remontrances que la communauté de Tragny se propose de faire à Sa Majesté et aux États généraux pour obéir aux ordres de Sa Majesté portés par ses lettres données à Versailles le 24 février 1789 pour la convocation et tenue des États généraux à Versailles le 27 avril 1789, et satisfaire aux dispositions du règlement y annexé, ainsi que de l'ordonnance de Monsieur le lieutenant-général au bailliage et siège royal de Vie. La communauté de Tragny, assemblée au son de la cloche au lieu accoutumé à l'effet par elle de procéder à la rédaction du cahier de plaintes, doléstnces et remontrances qu'elle entend faire à Sa Majesté, et que sa bonté paternelle veut bien lui permettre, et de présenter les moyens de pourvoir et de subvenir aux besoins de l'État, ainsi qu'à tout ce qui peut intéresser la prospérité du royaume et celle de tous et chacun des sujets de Sa Majesté, a procédé comme il suit.
Plaintes et doléances que la communauté de Tragny supplie très humblement Sa Majesté et les États généraux d'écouter
Art. I, — Le sel est à un prix exorbitant pour les sujets du royaume, tandis que Tétranger ne le paye qu'au quart, le
CVHIEU DE TIWGNY 669
commerce étant considérable pour Messieurs les Fermiers généraux. Il se fait une consommation immense de bois dans les salines, qui cause la cherté et rareté des bois, et occasionne la Yolerie et pillage des bois, et occasionne de brûler la paille faute de bois, ce qui occasionne la ruine de la terre faute d'amendement; et, pour récompense, le plus fin et mauvais sel des salines nous reste dans les environs.
Art. 2. — Les frais qu'occasionne aux vendeurs la charge de priseurs sont la ruine de la veuve et de l'orphelin et mettent les particuliers hors d'état de faire faire des ventes pour s'acquitter ou pour acquérir, les frais emportant le quart des ventes, tandis qu'auparavant les frais de vente n'emportaient (jue le sol par livre, et encore aux frais de l'acheteur.
Art. 3. — Les enclos sont préjudiciables au public, quoique utiles aux particuliers; que de là en partie vient la cherté de la viande, des cuirs, du suif, par la rareté des bestiaux qu'on ne peut nourrir faute de fourrage.
Art. 4- — Le commerce du blé est la ruine du peuple pour raison qu'il est enlevé par l'étranger : surtout lorsque les blés sont aussi rares qu'ils le sont aujourd'hui, le pauvre peuple est menacé d'une grande nécessité. Il y a des commerçants qui font des amas de blé et n'en veuillent point vendre, espérant qu'il viendra plus cher, et laissent le pauvre peuple dans la misère avec leur famille.
Art. 5. — Les droits d'entrée à la ville pour les denrées, et de gabelle, foulent beaucoup le peuple, ainsi que les acquits pour le transport des denrées de Lorraine en France. Or, on est bien persuadé que ce n'est pas l'intention du Roi qu'on multiplie les charges de ses sujets dont il est le père commun.
Art. 6. — Les habitants, pauvres comme riches, doivent chacun une quarte de blé annuellement au seigneur pour droit de four; et cependant il n'y a aucun four banal, ce qui cause un préjudice considérable aux habitants qui n'ont point de blé pour eux-mêmes.
Art. 7. — Le seigneur jouit du tiers des biens communaux, ainsi que du droit de troupeau et marcairerie, lesquels perçoit par lui-même tant en prés qu'en terres, ainsi qu'il tire de la communauté une taille fixe dite taille et aide de S -Remy, sans que ledit seigneur ni les décimateurs gérant grosse et menue dîme de la totalité du ban, cependant il ne payent aucunement
670 BAILLIAGE DE ViC
dans les constructions ni réfections tant de l'église que de la maison curiale, non plus que d'autres charges de ladite communauté, ce qui met le plus souvent les habitants hors d'état de pouvoir supporter les charges des impositions, comme on l'a pu voir dans les tableaux qui ont été remis à Messieurs du bureau intermédiaire du district, de même qu'ils ont été ohli* gés de faire un emprunt d'une somme de douze cents livres dont ils en payent la rente; que si cependant le tiers payait comme tous autres biens communaux, ainsi que la dîme, on n'aurait pas été obligé de faire cet emprunt, ce qui mettrait les habitants plus à leur aise de satisfaire aux charges à eux imposées.
Art. 8. — Que les colombiers, trop multipliés en pigeons, soient tenus d'être enfennés dans le temps des semailles tant en blé que marsage, et le temps de la semaille des chanvres, ce qui occasionne une perte considérable. Les pigeons enlèvent un tiers des denrées semées, ce qui empêche le produit des récoltes.
Art. 9. — Daigne Sa Majesté prendre en considération les justes plaintes et doléances ainsi que les remontrances suivantes :
Art. 10. — Que les corvées soient remises à l'ancienneté, et c|ue la supprimation des haras soit, attendu qu'au lieu que la multiplication des chevaux, ils sont à moitié plus chers par l'empêchement que la saillie des chevaux ne se fait pas en temps et lieu, faute que les laboureurs ne peuvent plus nourrir d'entiers, ce qui porte un préjudice considérable aux cultures qui ne se font pas en temps et lieux;
Art. II. — Que tous les commerces soient libres tant en France qu'en Lorraine; qu'il n'y ait qu'un même poids et une même mesure, et que les employés soient renvoyés; et que les invalides soldés qui sont dans le royaume, qui ne font aucune corvée et ne payent aucune chose en communauté ni à Sa Majesté, soient transférés dans les villes et frontières où besoin sera, ce qui deviendra moins coûteux à Sa Majesté, et fera le bien de l'État qui aura une épargne d'au moins cent mille livres chaque jour;
Art. 12. — Les biens des ecclésiastiques, du Clergé, de même que ceux des nobles, qui forment la plus forte partie du royaume, qui ne payent à Sa Majesté que les vingtièmes,
CAHIER DE TURQUESTEIN 67 1
soient tenus de payer aux impositions comme sur le pied de ceux du Tiers état, ce qui fera qu'à la suite Sa Majesté trouvera les moyens nécessaires pour subvenir aux dépenses de Sa Majesté, de môme qu'à celles de son État ;
Art. i3. — Que Sa Majesté impose sur tous les biens des cotes séparées, selon la qualité des biens, et personne n'aura lieu de se plaindre : elle trouvera la grande ressource qu'elle cherche. Gela paraît équitable. Voilà les moyens de pourvoir et de subvenir aux besoins de l'Etat, ainsi qu'à tout ce qui peut intéresser la prospérité du royaume et celle de tout et chacun des sujets de Sa Majesté ; qu'elle daigne y jeter un regard favorable, et ses très humbles, très sévères et obéissants sujets, pénétrés de reconnaissance, ne cesseront d'offrir les vœux les plus fervents S Dieu pour la conservation des jours de Sa Majesté et de la famille royale.
 Tragny, les jour et an avant dits. Signé par les habitants, lecture faite.
Nicolas Cézard; François Le Roy; George Marc; Nicolas Girard; Claude Nassoy.
TURQUESTEIN