‹ Cahiers de doléances des bailliages des généralités de Metz et de Nancy pour les États généraux de 1789. 1. sér.; Département de Meurthe-et-Moselle (volume 3)Chapitre 170 sur 246 · CAHIER DE LELLI.NG [{'J · texte numérisé non relu

CAHIER DE LELLI.NG [{'J

mité des salines, et on le donne aux étrangers à un prix très médiocre (chose que le commun ne peut comprendre); et cependant, de ce prix excessif du sel et de la grande quantité que l'on fournit aux étrangers, n'est-ce pas deux maux très préjudiciables à l'État?

i" La rareté dans le bois, conséquemment la cheité, de façon qu'il y a fort peu d'habitants dans la campagne eu (Hat d'acheter leur provision pour un liiver ; 2° la cherté dans les bestiaux, car les habitants de la campagne sont privés du meilleur moyen à nourrir des bestiaux en rendant par le sel leur mauvais fourrage sain et nourrissant, et la campagne serait encore une fois plus fournie de bestiaux qu'elle n'est à présent; et on se plaint même qu'on donne aux enfants de la famille sel de la plus mauvaise qualité et aux étrangers sel de la meilleure qualité, et le prix dont on nous fait payer la livre de sel est huit sols de France,

Art. 2. — Sollicite également ladite communauté une diminution sur le prix du tabac qui, par l'usage qu'on a contracté, est devenu en quelque façon de première nécessité.

Art. 3. — Elle sollicite aussi la suppression des bureaux des hauts-conduits, et d'acquits-à-caution qui mettent beaucoup de gêne aux transports de denrées d'un endroit à un autre, les voituriers étant obligés de déposer des gages dans ces bureaux, qui souvent sont perdus pour eux, particulièrement quand ils laissent écouler huit jours sans les retirer, ce qu'il leur est souvent impossible de faire, faute d'occasion, et préfèrent plutôt de sacrifier leurs gages que d'envoyer un exprès ([ui leur coûte la valeur de leurs gages déposés.

Art. 4- — Se plaint également la communauté que les buralistes paraissent avoir une taxe arbitraire, demandent tantôt plus, tantôt moins, ce qui leur procure la facilité de tromper le commun qui n'a aucune connaissance du tarif.

Art. 5. — Elle sollicite de même la suppression des huissiers-priseurs dont les honoraires absorbent la valeur d'une vente forcée, ce qui est une charge pour le peuple très onéreuse pendant que les officiers municipaux de chaque communauté pourraient faire les mêmes affaires avec bien moins de frais.

Art. 6. — Ladite communauté sollicite aussi la suppression de la marque des cuirs et des fers qui fait une augmentation

trop considérable de dépenses pour les gens de la campagne sur les elFets dont ils ne peuvent s'en passer.

Art. 7. — Elle se plaint aussi que les seigneurs et décimateurs mettent souvent les communautés dans la campagne dans des dettes considérables par des procès pour établir des droits ou soutenir des droits prétendus; preuve de cela : la communauté de Lelling a actuellement un procès pendant au ])arlement de Metz, qu'on a voulu surcharger leur ban avec un troupeau de bêtes blanches.

Art. 8. — Ladite communauté se plaint également que les seigneurs de leur ban et finage ont fait faire les démembrement et arpentage de leur ban il y a environ cent ans, et chacun a pris sa part et portion du surplus ou blanc de leur ban, qui a resté sans culture un certain nombre d'années; et après, voyant leurs biens sans rapporter du profit, ils ont fait conjointement avec les habitants de ladite communauté que les habitants doivent donner annuellement aux seigneurs pour ledit blanc un foural de froment et un foural d'avoine de chaque arpent planté ou non planté sur notre ban, et il a été arrêté dans ladite convention que ledit ban et finage de Lelling ne doit plus être jamais démembré et arpenté, moyennant ces deux Iburaux. Nonobstant, les successeurs desdits seigneurs, il y a environ une quarantaine d'années, ont sommé et contraint ladite communauté par un procès, et les habitants, par leur peu de lumières et de connaissances qu'ils avaient dans cette affaire, ont été condamnés au démembrement de leur ban; et les seigneurs sont actuellement propriétaires du surplus des blancs de leur ban et tirent également ces deux fouraux, moitié froment et moitié avoine, ci-dessus mentionnés. Il est vrai qu'il n'y a aucun habitant dans la communauté qui ait connaissance de ladite convention parce que les pièces se sont perdues par le peu de soin des préposés; mais cela a été transmis du père au fils. Ainsi, si en cas ces seigneurs ont des titres plus authentiques, qu'ils nous les produisent.

Et le total des paires de (piartes qu'ils tirent annuellement se monte à soixante-douze, moitié froment et moilié avoine, et l'abbaye de Saint-Avold est pour la moitié, laquelle lire encore de la moilié du ban de chaijue arpent plaiit('* ou non planté deux picotins moitié froment moitié avoine.

Art. 9. — Elle se plaint aussi (jue la communauté est char-

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gée de l'entrelien du fossé qui vient de l'étang du Bischwald, et traverse le ban dudit Lclling, et pour laciliter la course des eaux, la communauté est obligée de le nettover trois ou quatre fois par an en fauchant et ôtant les herbes, et tous les trois ou quatre ans le faire réparer en neuf, et la communauté avait aussi autrefois la pêche dudit fossé ; mais, depuis une vingtaine d'années, les seigneurs profilent dudit droit et laissent la charge à la communauté : ainsi, elle demande que les [seigneurs] soient compris dans la charge desdits fossés.

Art. 10. — Elle se plaint également du moulin de Pontpierre, distance environ une lieue de notre ban sur les terres d'Empire, appartenant à Monsieur le comte de Créhange, qui occasionne des dommages considérables à ladite communauté, faute du meunier qui, en temps d'orages et de grandes pluies, ne lève pas les vantaux et glissoirs, et arrête les eaux et les fait rebrousser jusqu'à ce que nos prairies soient entièrement inondées, et encore celles de nos voisins, et cela pendant huit et souvent quinze jours; c'est à ces causes que la communauté demande instamment un règlement pour ce moulin.

Art. II. — La communauté sollicite aussi la suppression de la charge de l'entretien de l'église paroissiale, compris le clocher et cloche, attendu que nous avons nous-mêmes une église, des cloches et clocher à entretenir.

Art. 12. — Elle se plaint que les Bénédictins de Saint- Avold n'ont aucun droit seigneurial dans notre communauté. Cependant ils prétendent de jouir le droit de parcours snr notre ban le troisième jour, et cela sans avoir produit aucun titre ; et, outre cela, chaque laboureur est obligé de labourer trois jours par an pour lesdits Bénédictins dans les terres de leur censé, nommée Berfang, à une lieue de distance, et la communauté demande la suppression desdits droits.

Art. i3. — Se plaint aussi ladite communauté de Lelling de la charge onéreuse dont les maisons situées sur la partie de l'abbaye de Saint-Avold sont chargées, attendu [qu'Jindépendamment du \ingtième assez considérable, ils sont tenus de donner tous les ans un bichet ras d'avoine et une poule ; c'est à cette cause que le propriétaire est dans sa maison comme dans une maison de louage.

Fait et arrêté le présent cahier de doléances le quinze du mois de mars, de la communauté de Lelling. Et lesdits habi-

tants prions instamment Messieurs les députés aux Etats généraux d'avoir égard à tout son contenu, particulièrement sur la suppression des Fermes ; sans cela, les maux de l'Etat seront incurables; et ladite communauté en conservera une éternelle mémoire; et ont signé avec nous, syndic, et autres officiers de la municipalité, ceux qui savent écrire, comme il suit.

Peter Pierr; Paul Blanchard; George Lemel; André Burg, zindicli (syndic); Pierre Becker.

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