CI.VIII
VATHIMÉNIL
Bureau de Vie, dépendant de Metz — Diocèse de Nancy Annexe de Glonville — Doyenné de Deneuvre
Très humble et très respectueuse remontrance et doléance
La communauté de Vathiméuil, convaincue que l'état actuel des finances exige que chacun des particuliers fournisse selon ses propres facultés, tant pour leur rétablissement (|ue pour procurer à un chacun des sujets la tranquillité dont ils sont privés depuis si longtemps, s'y prêtera avec d'autant |)lus de plaisir qu'elle voit qu'un auguste monarque, du haut de son trône, ne dédaigne point d'abaisser ses yeux sui- tout son |)euple, et particulièrement sur la partie la plus malheureuse de ses sujets qui, depuis longtemps condamnée à un morne silence, peut aujourd'hui réclamer ses droits, et faire retentir ses justes plaintes jusqu'aux pie Is d'un trône où préside la justice. Quoi de plus beau que de vouloir et de pouvoir rendre un bonheur si grand à des sujets qui le désirent depuis si longtemps ? Versons donc dans son sein paternel nos plaintes et doléances, en lui renouvelant nos sentiments de la fidélité la plus parfaite; réduisons nos représentations aux articles suivants, et faisons-les parvenir à un souverain dont la bienveillance égale la sagesse.
Art. I. — Espérons [que] ce puissant monarque voudra ordonner que le sel dont on fait usage soit diminué; il se vend huit sous quatre deniers la livre, ce qui met le peuple hors d'état d'en faire usage ; cette communauté se trouve enclavée dans la Lorraine.
Art. 2. — Cette communauté, comme beaucoup d'autres, se trouve, étant enclavée et sur les frontières de Lorraine, se trouve journellement obligée de payer les droits forains; elle désire l'abolition des acquits, pour rendre le trafic libre.
Art. 3. — Les marques de fers de toute espèce et les marques de cuir ruinent le laboureur et font une augmentation sur leurs harnois, et augmentent les dépenses de souliers.
Art. 4. — Les employés de la Ferme forment un corps consi-
dérable et coûtent beaucoup d'entretien : s'ils ctiiient supprimés, le bon ordre ne laisserait de régner, et à moins de frais.
Art. 5. — Cette même communauté demande que la maîtrise des Eaux et Forêts de Vie soit supprimée ; pour soixantecinq cordes de bois divisées entre quatre-vingt-quatre habitants, coûte aux usagers cent vingt livres pour les droits de ladite maîtrise ; suivent les rapports que font les gardes contre les délinquants; ils s'enregistrent à Vie, distance de huit lieues, ce qui augmente considérablement les frais et ruine le public. La Maîtrise retient les amendes et les intérêts prononcés sur chaque rapport, et font croire à la communauté que c'est pour payer les gardes-surveillants, ce (jui est faux, puisque les communautés les payent.
Art. 6. — Sur le linage de Vathiménil et sur celui de Moyen limitrophe est située une forêt de dix-huit cents arpents qui appartient à Monseigneur l'évêque de Metz, seigneur temporel de ce lieu, dans laquelle les usagers tant de Vathiménil que ceux de Moyen jouissaient d'un affouage de trois cordes de bois, mesure de six pieds, et trois cents de fagots par chacun laboureur, et moitié pour chaque manouvrier, et des bois de niarnage de bâtiments. Mondit seigneur évêque de Metz les en a déboutés par un arrêt du Réformateur du i6 avril 174^^; Messieurs les abbé, prieur, et religieux bénédictins à Breuil se sont soutenus dans leurs droits et en jouissent encore aujourd'hui, et les communautés en sont privées.
Ces bois étaient distribués pour indemniser les usagers des rentes ([ue perçoit Abonseigneur sur chaque })articulier de la communauté, qui sont de douze boisseaux de seigle, vingt d'avoine, trois sous d'argent et une poule par année pour un laboureur, un demi-résal de seigle, douze boisseaux d'avoine, trois sous d'argent, une poule pour un manouvrier, dans lesquelles rentes est compris un résal d'avoine pour sauvegarde (pii, selon la coutume générale de l'Evêché, titre V, article XV, en est exclu comme n'ayant plus le titre de régalien ; cependant, il exige journellement de fair*; entrer toutes ces rentes mêmes sur des pauvres manœuvres qui ne font cultiver aucune chose. Ces renies et les affouages demandent une attimtiou particvdière, et la communauté espère qu'on leur fera rendre justice, ainsi que d'une taille de fi'2^ lo s. (jui se tire sur le général.
CAHIER DK VATHIMÉNIL ■yOI
Art. 7. — Le prix du bois va tous les jours en augmentant. Les usagers de Valhiménil n'ayant pour tout alïbnage que soixante-cinq cordes de bois à répartir sur 84 habitants, ils se trouvent dans la nécessité de s'en procnrer; mais, ce qui fait monter le prix, il s'est construit deux manufactures de faïence, l'une à Saint-Clément, distance d'une demi-lieue, une à Moyen, distance d'une lieue, et une verrerie à Baccarat, distance de deux lieues. Ces messieurs embrassent toutes les cou[)es situées dans les Vosges, ce qui rend l'impossibilité de s'en procurer qu'au plus haut prix.
Art. 8. — Cette même communauté n'avant que trois cent vingt-cinq arpents de bois très médiocres, on les divise en vingt-cinq triages qui se coupent chaque vingt-cintj ans et ne profitent que d'un vingt-cinquième. Cette partie de vingtième se monte à cent trente-huit livres dix-liuit sous six deniers.
Art. 9. — Les accrues d'eaux ont donné à Monseigneur l'évêque de Metz au moins cent quarante fauchées de prés dans la prairie de Vathiménil, qui ont été moulinées par le torrent de la rivière de ]Meurthe dans la partie des propriétaires qui en sont privés, et les vingtièmes leur restent.
Art. 10. — Du passé il y avait haute-justice dans le lieu où l'on établissait tuteur; on y plaidait à moitié de ce que l'on exige aujourd'hui dans celle de Baccarat où sont réunies toutes les justices subalternes. La communauté désirerait ({u'elle soit rétablie.
Art. ri. — La communauté de Vathiménil n'étant qu'une annexe où il y a un vicaire résidant, la pension qu'on lui accorde n'est pas suffisante pour son entretien, n'ayant pour toutes choses que trois cent cinquante livres ; il n'y a aucune fondation. Celte même communauté demande qu'on lui accorde le tiers de la dîme, avec lequel il pourrait faire honneur petitement.
Art. 12. — Les messieurs Bénédictins de Moyenmoutier, malgré un arrêt qui les condamne à fournir toutes choses nécessaires au service divin, refusent de fournir les quatre couleurs pour les ornements, les livres et linges, etc. ; cependant, de compagnie avec M. le curé de Glonville, perçoivent journellement les dîmes sur le finage.
Art. i3. — La situation du village de Vathiménil est des plus humiliantes; il est affligé d'un courant d'eau passant au
milieu du village, dont les maisons en souffrent tons les hivers, ou par les inondations, ou par les çilaces qui se forment, ce (Mii cause des pertes de bêtes dont plusieurs laboureurs ont été délabrés. Outre ce ruisseau, passe dans la prairie une rivière considérable qui empêche le commerce des habitants; ainsi ils sont comme enclavés dans une île d'où ils ne peuvent sortir que par un très beau temps que les gués sont guéables ; il serait bien à désirer qu'on y puisse construire un pont.
Art. i4- — Outre ces incommodités, la susdite communauté est en arrière ; elle doit un capital de 8 ooo livres à Madame Lahausse, de Lunéville, et mille livres au s*" François Ga, de Moyen, dont elle en paye les rentes tous les ans au marc la livre de subvention. Ces dettes sont contractées pour avoir soutenu un procès intenté par Monseigneur l'évêque de Metz, qui ne s'est lini qu'au bout de dix-huit ans, et, en outre, pour lormer des rampes au déchargement du ruisseau qui les incommode dans le village.
Art. i5. — Le finage de Vathiménil est le plus médiocre de tous ceux connus. 11 ne fournit qu'en seigle, et peu, si l'on n'y met de l'engrais en quantité.
Art. i6. — Les officiers de Monseigneur l'évêque de Metz ont exigé des anciens de Vathiménil une espèce de banalité portant que les usagers seraient obligés de porter leurs mouites à un de ses moulins construit à Moyen, distance d'une lieue et demie, très mauvais chemin, et l'autre partie de l'année se trouvent libres ; il a construit un moulin à son compte à uii quart de lieue de Vathiménil ; cette même communauté demande t[u'elle soit libre d'aller à l'un ou à l'autre. Elle n'est pas obligée de faire riche un meunier de Son Excellence au préjudice d'un autre.
La communauté de Vathiménil, convaincue par les espérances dont elle est fondée que ses très humbles remontrances seront écoutées, fondées sur. la candeur d'àme dont elles sont dictées et les motifs simples dont chaque article sont conçus, c'est dans ces vues et espérances que les habitants composant ladite communauté forment les vœux les |)lus ardents pour la conservation du règne de son auguste [Roi|.
J. Thouvenin, maire ; J.-P. Durand, syndic; J.-N. Thouvenin, membre ; François Helle, membre.
Art. 17. — Monseigneur l'évêque de Metz établit des ber-
CAHIER DE VATHIMÉML -Joli
(jeries dans toutes les communautés de ses dépendances; il en a construit une à Vathiménil depuis dix ans, de soixante j)ieds en quarré. Le troupeau grossit journellement, et prive les habitants du vain pâturage, et empêche les usages ilu nourri qu'ils feraient sans cette bergerie, secours cependant qui aiderait à soutenir les ménages.
Art. i8. — Malgré l'établissement de ces bergeries, il vent toujours jouir du tiers-denier du revenu des émoluments communaux, ce qui fait et forme un double emploi.
Art. 19. — Enfin, le dernier article de doléance présenté est qu'en 1746 les campagnes furent ravagées par le fléau des grêles, qui enleva toutes les récoltes de l'année; le Roi ayant eu égard aux pertes des communautés en leur remettant le dixième de cette année, en augmentant les dix années suivantes de deux sous pour livre pour éteindre la finance de cette malheureuse année, il y a quarante-deux ans, et les deux sous se lèvent encore, et qui forment un surtout aux vingtièmes.
Toutes ces très humbles remontrances parlent le langage de la vérité devant un Roi qui la chérit souverainement et qui en fait la règle sacrée de toute sa conduite.
J.-P. Durand, si/ndic; J.-N. Thouvenin, membre ; N . Lucas; H. Thouvenin, sergent.
VAUCOURT