XIII
Cahier dressé par les habitants du village d'/\zoudan^e, pour être présenté à l'assemblée des trois Ordres du baillia^ie de Vie, en se conformant aux intentions du Roi, exprimées en sa lettre pour la convocation des États généraux, datée de Versailles le 7 février 1789, et au règlement y annexé
Nous olx'issoiis luiriil)leni('iit en disant notre façon de penser sni' b; désordre dans les finances dont Sa Majesté se [)laint, e( en donnant nos doléances sur notre propre situalion et nos s(»uliaits pour un avenii' plus beiireux et les moyens d'y parvenir.
Nous croyons (jue les principales causes de ce désordre sont :
1° Le lon(j temps sans tenir d'Etals généraux; 2" l'autorité dont les mirustres se sont eniparés, et dont ils ont abusé; leur conduite était entièrement opposée à celle du ministre (jui diri()e nos linant-es, qui a été un des plus ardents à demander et pr((vo(|U(!r les llltals (jénéraux.
\(>us pensons (|ue le meilleur moyen pour acquitter les dettes de l'Etat est de supprimer tous privilèges ou exenq)tions de payer les impôts, notamuient ceux dont les ecclésiastiques et la noblesse ont joui |)ai' une injuste usui'palion ; il est de droit naturel (|ue tout citoyen contribue à supporter les charges itubruiiies.
I. Iniposiliuris ordinaires [loiir Ica siœ premiers mois d(i raniice lyyo:
Iin|H)sili(iri |)rinci|)alc 820 ^^ » s. » d.
liiipoHitions accessoires 687 7 /(
Cîi[>ilali(in 82S 19 3
ToTAi .'.... 1 780 f^ 6 s. 7 d.
Deux vinfjlii'ines et qunlre sous pour livre du iiremicr p<iur /7.90 .'
,, , , ( i*""" caliier , . . I <i8;H'' 10 s. .■{(!.
IJ eus-fonds . . ) , 1 • o ,• .,
I a« cailler . . . K.-'i 0 J
Total. i go/j ^^ lO s. 0 d.
(Arcli. Meurlhe-el-Moselle, L. ;io8.)
CAHiKU d'azoudangk f^^J
Quant à nous, hieiiloiu do [)ouv()ir supporter des aLKjinenlalions d'impôts, nous sommes accablés sous le faix de ceux (jue nous payons ; et nous avons tout lieu d'espérer la décharge de j)lusieurs et de la diminution des autres.
Xons sommes cliarijés comme les autres communautés de (l(»ul)les vimjlièmes, de sols pour livie, de subvention, capitation, travaux des routes, et, au par delà, de payer notre pari d'ime qratitication accordée au maître de poste de ce lieu, tandis que sa résidence dans notre village nous occasionne une surcharge considérable comme nous allons l'expliquer.
Notre finage n'est pas fort étendu, et il est v<'rilié par un bon calcul que le maître de poste en cultive la cinquième partie ; or h' maître de poste ne contribue en rien aux impositions pour raison de ses cultures ; donc il rt^sulte (jue sa part est rejetée sur les auti'es habitants, ce qui leur [troduit une surcharge considérable.
Notre communauté se trouve dans un moment de crise, étant oblig«;e de rebâtir son clocher cjui est tombé en ruine, et la nef de l'église paroissiale qui est trop petite ; elle n'a aucune ressource pour subvenir à ces dépens ; et son embarras personnel est plus grand que celui où se trouveront les Etats géïK'iaux pour payer la dette nationale.
Par ces considérations importantes nous demandons et nous osons espérer une diminutiiju clés tailles ordinainvs pro[)ortionn('e à la surcharrje occasionnée à notre comnumauté par la résidence du maître de poste et au besoin où nous |nous| trouvons.
Nous demanderons aussi unanimement avec toutes les communaut<'s des environs la suppression des salines en partie, et la diminution du j)ri\ du sel; la suppression de la foraine, de la marque des cuirs, de la mar({ue des 1ers ; la dimiiuilion des droits de contrôle, avec des règlements simples et clairs pour leur perception, sauf néanmoins à rejeter sur d'autres impôts moins onéreux le déchet que la suppression ou la diminution des objets ci-dessus relatés pourraient a[)porter aux revenus de l'État.
Nous croyons que le bien [)id)lic exige : 1° La réforme de notre ordonnance criminelle ([ui est entachée de plusieurs vices essentiels ;
2° Nous n'avons jamais vu de lettre de cachet; mais, par
DOI.EANCKS
5o BAILLIAGE DE VIC
des comptes fidèles qu'on nous en a rendus, nous trouvons qu'elles ont beaucoup de rapport au fatal cordon que le qrand sultan envoie dans ses États ; c'est pourquoi il nous semble qu'on doit abolir les lettres de cachet dans cette monarchie ;
3° Nous demandons des États provinciaux dont l'organisation soit combinée par les trois Ordres de la province, et aidée des conseils du ministre chargé de la direction des finances de ce royaume ;
4" Nous pensons que pour maintenir les chaussées royales en bon état, il faut charger les communautés de leur entretien en leur répartissant équitablement les sommes qui seront levées pour le prix et valeur dudit entretien ;
5° Que l'on pourrait supprimer le tirage de la milice, obligeant les communautés à fournir au besoin un certain nombre de miliciens proportionné à celui des garçons en état de servir (|ui se trouverait dans chaque communauté. Elles pourraient se procurer des miliciens à des prix raisonnables par des adjudications au rabais de leurs services ;
6° Il serait très avantageux à cette province d'y introduire les règlements qui sont en vigueur eu Alsace à l'égard des Juifs, pour éviter leur tromperie et leurs usures énormes ;
7° (Jue par le même motif, et pour augmenter le commerce dans cette province où l'argent est très rare, il serait à propos d'y introduire la permission (jui existe en Lorraine de prêter à intérêt au taux ordinaire sur simple obligation authentifjue, ou sous seing privé, et sans aliéner le fonds ; où il y a parité de raison, la loi doit être la même ;
8° Il conviendrait (le supj)rimer l'argent de Lorraine gui n'est d'aucune utilité, et gêne le coninierce ;
9° Il serait d'une très grande utilité pour cette province d'y suj(j)rimer les charges d'huissier-priseur, en la chargeant du remboursement de leur finance ;
i(>° 11 est indispensable de rétablir dans la chàtellenie de Friboiirg, dont nous dépendons, la haute-justice qiu' le parlement d<' Metz a siq)[)rimée à la sollicitation de notre seigneur, Mf l'évêquc de Metz, sans que nous ayons été entendus ;
11° 11 serait utile aux laboureurs de cette contrée que la tenue et la police du marché de Lonpiin, le seul qui est à leur portée, soit modelée sur Li tenue de la police du marché de Strasbourg ou d'un autre marché bien réglé ;
CAHIER D AZOUDANGE 01
12° Il devient indispensable de faire dans cette communauté de nouvelles déclarations pour le vingtième à cause des nombreux changements arrivés dans les propriétés depuis les dernières déclarations, qui mettent une confusion extrême dans les cotes et un embarras infini dans la perception de cette imposition ; et de remettre au greffe de cette communauté un état détaillé de l'estimation de tous les biens imposés.
Observent les habitants de ladite communauté qu'il y a environ dix années qu'il s'est introduit par la voie du châtelain de Fribourg, fermier à mondit seigneur l'évèque de Metz, un troupeau de moutons pour vain pâturer sur notre finage ; et que d'un temps mémorial ce troupeau n'a jamais venu sur ledit ban que deux fois la semaine, obligé d'aller gîter au chef-lieu de Fribourg ; ce qui fait que les habitants ne peuvent faire aucune élève.
En outre l'on a beaucoup à se plaindre de la dégradation que font tous les ans les bètes sauvages dans les grains. Il serait à souhaiter que les seigneurs les écartent par des traques réitérées.
Fait et arnMé en l'assemblée de la communauté d'Azoudange, le vingt-deux mars mil sept cent quatre-vingt-neuf.
N. Gaudron; J. Vautrin; Christophe Dieudonné ; Jean-Christophe Girard ; Laurent Condebas.
BACCARAT (Ville de)