CHAPITRE
Doléances, plaintes et rcmomrances des vignerons et manœuvres
Il n'y a dans Chérisey qu'un seul vigneron en métairie à l'instar de ceux du pays messeîn, tous les autres sont de petits propriétaires en vignes, lesquels marchandent avec d'autres propriétaires pour cultiver et façonner leurs vignes. La plus forte partie des vignes doivent au seigneur du lieu sept hottes de vin de cens par jour de vigne. Ce qui fait plus de peine, c'est la servitude de la banalité du pressoir qu'on paie à la vingtième hotte à la cuve comme au pressoir et on nourrit les pressureurs.
L^ne autre plainte que les vignerons ont à faire et dont ils désirent le redressement comme de ia précédente servitude, est que les trois ordres de la ville de Metz s'emparent des marcs de leurs raisins sur territoire du pays messein à l'aide d'arrêt du conseil obtenu sur Requête. Etre vigneron à Chérisey est un chétif état, parce que les vignes y étant sujettes à la gelée, les tailles, les vingtièmes, les cens, le pressurage, les façons de cultures, les échalats qui sont chers, tout payé, il ne reste rien ou très peu aux propriétaires, ce qui fait que cet Etat devient semblable à celui du manœuvre.
Ceux-ci se plaignent d'être la plus forte partie du temps sans ouvrage parce que les laboureurs, vu l'état de mai être difficile où ils sont réduits, tâchent de faire par eux-mêmes et par le service de leurs enfants et de leurs domestiques, les ouvrages pour lesquels ils occupaient autrefois les manœuvres.
Tous les manœuvres des campagnes ne peuvent pas travailler à la fois sur les routes. D'ailleurs, ce n'est pas un ouvrage à faire pendant l'hiver. Ainsi, pendant les temps ouvrables, ne gagnant que dix à douze sols pour se nourrir, eux, leurs femmes et leurs enfants, dans quelles extrémités ne se trouvent-iis pas réduits, sans pain, sans argent, sans crédit, surtout dans le cas du surenchérissement du prix du blé, la grande cherté du fer, des bois et autres denrées sans ressources du coté des reli-
gieux décimateurs. Ils demandent donc aux Etats Généraux de supplier Sa Majesté de ne plus permettre le commerce des blés, surtout à l'étranger. Ils conviennent que le pain de la province soit partagé entre eux et tous leurs concitoyens français qui sont dans le besoin de ce comestible. Mais il leur répugne de jeûner pour nourrir les étrangers, comme il leur répugne de se passer de sel lorsqu'on le vend à l'étranger à beaucoup meilleur marché qu'ils ne le paient eux-mêmes. Il faudrait que le plus haut prix du blé ne passât pas 8 h. pour que le prix du pain soit proportionné avec leur salaire journalier, ou ordonner que ce salaire soit augmenté. A quoi sert-il que les blés se vendent aux prix auxquels ils sont montés s'il faut courir au secours de la plus forte partie du peuple plongé dans la plus affreuse indigence. Les pauvres de Chérisey conviennent que Monsieur le Marquis de Chérisey, seigneur dudit lieu mérite des actions de grâce de leur part et qu'il est toujours prêt à secourir l'indigent soit en santé, soit en maladies.
Telles sont les doléances, les plaintes et remontrances que les habitants et communautés de Chérisey de la partie de Lorraine ont pu rédiger sur leur cahier pendant le court espace de temps qui leur a été donné entre l'assignation à comparaître à l'assemblée convoquée par Monsieur le Lieutenant Général de Pont-à-Mousson et le jour de la comparution de Pierre Dardaine, maire en la haute justice de Chérisey de la partie de Lorraine et Dominique Gillct garde des chasses des bois de Chérisey leurs députés élus à la pluralité des voix selon que le porte le procès verbal entre les mains desquelles a été remis le présent cahier de doléances, plaintes et remontrances, lequel après avoir été coté et paraphé depuis la première page jusqu'à la dernière et lecture faite de son contenu a été signé par les habitants de Chérisey de ladite partie de Lorraine sur les deux exemplaires dont le second doit être déposé au Grefïe, clos et fermé le dixième Mars mil sept cent quatre vingt neuf.
[Signatures de] D. Bronne; Nicolas Hoget ; Pierre-Sébastien Caille; Claude Fiatte; Dominique Gillet; Pierre Dardaine, élu; Pierre Gouget.
Paraphé par nous, Maire de la justice et Pierre Noire greffier,
[Signatures de] Pierre Dardaine, maire; Pierre Noire, greffier (O.
CLEMERY
Départ, de Meurthe-et-Moselle. — Arr. de Nancy. — Canton de Nomeny. — Habit. : 263 (1936).
Dioc. de Metz. — Archidiaconé de Vie. — Archiprêtré de Nomeny. — Patron : Abbé de Saint-Symphorien de Metz. — Décimateur : Marquis Duhautoy.
(i') Recueil FlorcMige, à Pont-à-Mousson. Cahier de 24 pages, dont 16 de texte et signatures.
l'eux : 66 (1789). — Habit. : 310 (1790).
Seigneur : Charles-Henri, marquis Duhautoy (1789).
Impositions (1789) : Subvention 549 livres
Ponts et Chaussées 521 livres
1.070 livres Députés : Joseph Lemoine et Sébastien Lallemand.
CAHIER
Cejourd'hui huit mars mil sept cent quatre vingt neuf sur les trois heures de relevée.
Les habitants de la communauté de Duhautoy, ci devant Clémery (0, étant ledit jour assemblés dans une des salles du château de Monsieur le Marquis de Duhautoy seigneur dudit lieu, Belleau, etc.. pour obéir et satisfaire aux ordres de Sa Majesté portés sur les lettres données à Versailles le sept février dernier pour la convocation et la tenue des Etats Généraux de ce royaume y annexés ainsi qu'à l'ordonnance de Monsieur le Lieutenant général de Pont-à-Mousson, leurs juridictions étant donc en ladite assemblée les mêmes habitants ont déclaré d'une voix unanime qu'ils allaient de suite s'occuper de la rédaction de leur cahier de doléances, plaintes et remontrances comme en efïet ils y ont procédé comme s'ensuit :
ARTICLE PREMIER
La communauté dudit lieu est composée de soixante habitants du nombre desquels il y en a toujours eu au moins vingt-cinq réputés pour mendiants qui n'ont aucune ressource pour se procurer les aliments nécessaires aux nécessités présentes de cette vie que les secours de leur charitable.
Les mêmes habitants sont tous, chacun envers soi, chargés de rentes annuelles, et perpétuelle envers leur seigneur pour droits de cour et de bourgeoisie. Ce droit est tel que le laboureur dudit lieu doit quatre bichets de blé et six d'avoine, mesure de Pont-à-Mousson.
Chaque manœuvre doit deux bichets de 'blé et trois d'avoine même mesure. Les femmes veuves et filles usant de leurs droits ne doivent que moitié.
Chaque manœuvre doit en outre pour droit d'assise pour chacun d'eux et envers leur seigneur trois bichets de blé, et quatre d'avoine, mesure de Nomeny et quatre poules le tout payable au jour de la recette. Les femmes veuves et filles n'en doivent que moitié.
(i) Le 26 mars 1728, fut érigé, en faveur d'e Gaston-Jean-Baptiste comte du Hautoy, un marquisat, dont le siège, fixé d'aliord à Belleau, fut transféré en 1 760 au village de Clémery qui en prit le nom. (Dorvaux. Les Anciens Pouillcs dm Diocèse de Metz, p. 537.)
Il est dû par la communauté pour emprunt par elle fait, un capital de mille livres, cours du Royaume pour servir à acquitter le prix des ouvrages de la construction de leur nouveau cimetière fait pendant le courant de l'année dernière avec la rente dudit capital.
Il est dû par la communauté au nommé François Colson cirrier à Manoncourt, une somme de cent vingt livres pour prix de cire par lui fournie depuis plusieurs années à la communauté à défaut de deniers de fabrique.
Il est dû au Seigneur du lieu un droit de charues, la charue a été fixée par arrêt de la Cour à vingt huit jour, le jour à 400 verges et pour ce droit, l'on paie quatre quarte de blé et quatre d'avoine à six bichets l'un, le tout de mesure de Nomeny.
ARTICLE 7 Chaque laboureur doit au seigneur quatre journée de charues.
Tous les habitants du lieu doivent faucher et fanner chaque année les foins du Breuil composés d'environ trente fauchées et les laboureurs doivent les rentrer sur les greniers du château.
Chaque manœuvre doit mie journée au Seigneur à siller les blés, finalement lesdits habitants sont tenus de fermer en bon et suffisant état un sillon appelé le champ de la ville appartenant au dit seigneur.
Le ban et le finage de ce lieu est composé d'environ de huit à iieuf cents jours de terres labourables, dans le nombre desquels il y en a presque un tiers qui ne peut être réputé que pour friche et le tout pris à ferme d'un chétif rapport.
Il appartient à la communauté environ soixante jours de paquis convertis en terres labourables distribuées par portions égales entre tous les habitants duquel nombre desdits soixante jours de terre, le seigneur en a perçu son tiers, il ne reste donc plus à la communauté que quarante jours.
Il appartient à la même communauté, quelques petits cantons de bois de la consistance d'environ deux cents arpents, mesure de Lorraine, d'un petit rapport distribué par afïouages pour être partagés par portions
égales entre tous les habitants et dont le Seigneur a le droit de tirer double portion avant le partage.
Fait et arrêté en l'Assemblée de communauté ledit jour huit mars mil sept cent quatre vingt neuf. Certifié sincère et véritable et ont lesdits habitants signé après lecture faite :
[Signatures de] Mangeot, greffier; J. Palissot, syndic; Nicolas; E. Benoit ; Jean Lemoine ; Claude Georges ; Etienne Mulot ; J. Lemoine ; Lallemand ; Joseph Mouche; Léopold Chambille ; Etienne Courard (■).