CHAPITRE
Des doléances, plaintes et remo-ntrances des laboureurs
Article premier. — Les laboureurs osent porter des plaintes les plus amères contre ceux qui ont proposé l'établissement des haras dans la province. Les petits chevaux du pays leur coûtaient peu, ils les élevaient même chez eux, ne mangaient pas tant et faisaient autant d'ouvrage que ceux qu'on substitue à présent et valent jusqu'à douze louis pièce, prix qui n'est plus proportionné avec l'exhaussement du prix des canons de leurs Baux qu'exigent les propriétaires. A présent, cherté de canons, cherté extraordinaire des chevaux, les augmentations des Tailles, augmentation des gages des domestiques, la chère côte représentative de la corvée, la cherté des bois qui cause l'augmentation des ouvrages de charronnage, l'augmentation du fer, du cuir, les pâtures qui ne leur suffisent plus, depuis les défrichements, les défauts de foin et les enclos, le défaut de basse-cour chez eux, les amendements qui sont devenus rares et chers depuis cette époque, les terres qui, par ce manquement, ne sont plus si fertiles. Tout ce qui les environne les décourage et leur fait appréhender que dans peu, ils déchoiront en grand nombre de leur état. La cherté actuelle des blés ne peut même pas les réjouir parce qu'ils ont à craindre que si ce renchérissement se soutient, les propriétaires auxquels les chapitres surtout donnent l'exemple, ne surenchérissent encore les canons de leurs fermes. Ah ! propriétaires s'écriraient-ils volontiers, prenez garde de ces différents surenchérissements dont nous venons de parler, lesquels nous laissent à peine le moyen d'élever nos enfants chétivement qu'en
suant sang et eau et veillant et mangeant un pain très court, ne nous force d'abandonner vos terres pour vous les laisser cultiver vous-mêmes. Il faudrait améliorer l'agriculture et nous ne pouvons pas; il faudrait faire des essais et nous n'en avons pas le moyen ni le temps ; ils demandent donc que leurs dites plaintes et doléances soient prises en considération.
Akt. 2. — Les laboureurs espèrent que les seigneurs en imitant la bienfaisance du Roi feraient revivre les anciens règlements sages et prudents de tenir par différents temps en chaque année leurs colombiers fermés pour épargner les diverses semences qu'on jette en terre et aux approches des récoltes ne pas leur laisser dévorer les champs que les vents ont couchés. Il semble que la destruction des petits colombiers qui étaient autrefois dans les presbytères pour procurer aux curés une ressource dans le besoin et du bouillon aux paroissiens malades, n'a fait que rétablir, grossir et multiplier ceux des seigneurs. Cependant, il est certain que ces volailles causent un grand préjudice et que les plaintes qu'on en fait méritent attention.