INTRODUCTION
Les élections aux Etats Généraux dans le bailliage de Pont-à-Mousson La rédaction des cahiers de doléances
Le bailliage de Pont-à-Mousson, créé en 1641 par le duc de Lorraine Charles IV (^O, maintenu sous Léopold et Stanislas, fut l'un des plus importants des 34 bailliages que comprenait la Lorraine en 1789. Avec ses 60 communes ou 65 paroisses (-), et ses 5.599 feux ou 27.944 habitants (3), il se plaçait respectivement aux sixième et quinzième rangs
(i) Lepage. Les Communes de la Meurthe, t. II, p. 346. Arch. de M.-et-M., série B m.
(2) Les 65 paroisses du bailliage dépendaient de 2 évêcliés, celui de Metz et celui de Toul. L'évêché de Metz avait 4 archidiaconés dont celui de Vie ; ce dernier avait s archiprêtrés dont celui de Gorze, celui de Nom'eny et celui de Pont-à-Mousson ; de Varchiprêtré de Pont-à-Moitsson dépendaient les paroisses suivantes : Arry, Alton, Belleau, Champ'ey, Corny, Pont-à-Mousson (Saint-Martin), Lesménils, Mousson, Villeau-Val Sainte-Marie, Vittonville ; de 'Varcbiprêtrc de Corse dépendaient les 3 paroisses d'Arnaville, de Bayonville, de Vandelainville ; de Varchiprêtré de Nomeny dépendaient les paroisses de : Chérisey, Clémery Goin, Morville, Serrières (Arch. de M.-et-M., série D 295. Thibault, Histoire des Lois et Usages de la Lorraine, .p. 358. Dorvaux, Les Anciens Pouillcs du Diocèse de Mets, pj). 533-560.') Le diocèse de Toul avait 6 archidiaconés; du grand archidiaconé et du doyenne de Toul dépendait la paroisse d'Andilly; V archidiaconé de Port avait 5 do\ennés dont celui de Prény et celui de Dieulouard ; du doyenné de Prény dépendaient les paroisses suivantes : P.lénod, Essey, Pey-en-Haye, Flirey. Gézoncourt, Griscourt, Hamonville. Jaulny, Jezainvillc, Limey, Lironville, Maidières (Saint-Pierre et Saint-Remy), Mandres-aux-quatre-Tours, Maizerais, Mamey, Montauville, Norroy, Pagny, Pont-à-Mousson (Saint-Jean-Baptiste, Saint-Laurent, Sainte-Croix-en-Rup'), Prény, Regniéville, Remenauville, Saint-Baussant, Seicheprey, Vandières, Viéville-en-Haye, \'ilcey-sur-Trey, Vill'ers-sous-Prény ; du doyenne de Dieulouard dépendaient les jiaroisses de : Ansauville, Bernécourt, Domèyre, Manoncourt, Manonville, Martincourt. Minorville, Noviant, Rogéville, Avrainville, Grosrouvres, Rosières-en-Haye, Tremblecourt et Villers-en-Haye. (Arch. de M.-et-M., série B 289. Benoit de Toul, Pouillc ecclésiastique et civil du Diocèse de Toul, pp. 269-308.)
(3) Xous avons retrouvé un rapport du lieutenant général du baDliage, Breton, sur le nombre de feux du bailliage. Ce rapport comprend la liste alphabétique des communes, avec le nombre de feux et le nom d'es députés. Plusieurs erreurs ont dû se glisser dans ce rapport quant au nombre de feux; aussi ne faut-il pas en accepter sans réserves le total, fixé au chiffre exagéré de 5.599. (Arch. nat., B" 19.)
parmi les bailliages lorrains (O. Son personnel comprenait : le duc du Chatelet d'Haraucourt, bailli ; Breton, lieutenant général ; Ragot, lieutenant particulier; Mallarmé, assesseur; Le Lorrain, Roger, Gallot, Schouller, Thiéry, Gourier, conseillers ; Rouyer, avocat du roi ; Georges des Aulnois, procureur du roi; Georges de Lemud, procureur honoraire du roi; M" Vistoo, avocat en Parlement et greffier en chef; M* Perrin, greffier-commis ; Breton, curateur en titre ; M® Lambert, receveur des consignations ; M^ Dudot, commissaire aux saisies réelles ; Didier et Jacquemin, jurés-priseurs ; Bourgeois, Guerry et Thouvenin, commis ; Lambert, conservateur des hypothèques (-).
A Pont-à-Mousson, comme ailleurs, l'annonce de la convocation des Etats Généraux souleva une immense vague d'espoir. Dès le mois de novembre 1788, villes et campagnes s'agitaient. On demanda d'abord le doublement du tiers et le rétablissement des Etats provinciaux. A l'Assemblée générale des trois ordres de la Lorraine, qui se réunit à Nancy le 20 janvier 1789 pour discuter de ces questions — bien inutilement d'ailleurs — la ville de Pont-à-Mousson fut représentée par une délégation de cinq membres, sous la présidence de Trouard de Riolles, maire de la ville (3). Cependant, des ordres précis ne tardèrent pas à arriver au sujet des élections en Lorraine. Le 27 février 1789 parut à Pontà-Mousson la première note officielle : l'ordonnance de Louis-René Breton, lieutenant général civil et criminel du bailliage en l'absence du duc du Chatelet, bailli d'épée. Ce document imprimé, d'un format de cahier de neuf pages, prescrivait la publication, « à son de trompe et cri public dans tous les carrefours et lieux accoutumés... », du règlement royal du 24 janvier 178(7, fixant l'ouverture des Etats Généraux au 2^ avril suivant (4), du règlement royal du 7 février, déterminant les modalités des élections en Lorraine (s), et de l'ordonnance même de Breton, convoquant pour le ii mars, en l'église du collège royal et militaire de Pont-à-'Mousson, les trois états du bailliage, pour la rédaction des cahiers de doléances et pour l'élection des députés qui représenteraient le bailliage à l'Assemblée de réduction de Bar (6).
Suivant ces règlements, on procéda de deux manières à la nomination des députés. Les membres du Clergé (évêques, curés,, délégués des chapitres et des abbayes) et de Ja Noblesse (nobles fieflfés ou non fîefifés) se réunirent au chef-lieu du bailliage et désignèrent directement leurs députés; quant aux députés du Tiers-Etat, ils furent choisis au chef-lieu du bailliage parmi les délégués élus, soit dans les communautés de
(i) Cardinal Mathieu. L'Ancien Régime en Lorrains et Barrois, p. 41. Arch. de la Meuse, série L 2.146.
(2) Almatiach de Lorraine et Barrois, année 1789, p. 81. (Bibl. municipale de Pontà-Mousson, n" 21.783.')
(3) Parisot. Hisf. de Lorraine, t. III, ,p. 6. Délibérations du Conseil municipal, 1 786-1 790, î" 28-30 V. (BiW. municipale de Pont-à-Mousson. Archives.)
(4) Edme Champion. La France d'après les Cahiers de 178c, p. 12.
(5) A. Brette. Recueil de Documents relatifs à la convocation des Etats Généraux, t. I, p. 220. (La Lorraine fut partagée en quatre grandes 'circonscripitions électorales : Nancy, Mirecourt, Sarreguemines, Bar-le-Duc.)
(6) Recueil Florange, à Ponf-à-Moiisson. Pont-à-Mousson, Briey, Longuyon et Etain devaient aller voter à Bar, parce qu'au xv« siècle ils faisaient partie du Barrois. (A. Troux. La Région Meurthoise à la veille de la Réi'olution, p. 28.')
paroisses, soit dans les villes. Pour être député, il fallait remplir trois conditions : être Français ou naturalisé, âgé de vingt-cinq ans et inscrit aux rôles des impositions.
Nous ne possédons pas de documents détaillés sur la période électorale dans les communes. A Pont-à-Mousson, une grande réunion eut lieu le 6 mars 1789 à l'Hôtel de Ville (O, où des délégués des corps, des communautés et des corporations (-), ainsi que ceux des habitants qui n'appartenaient à aucune corporation, durent d'abord désigner les membres de quatre bureaux, appelés à rédiger le cahier de doléances de la ville. Le 10 mars eut lieu l'éiection de huit députés représentant la ville, et porteurs du cahier de doléances à la réunion générale du 11 mars; le choix porta sur les personnages suivants : Viard, lieutenant de maire et lieutenant de police; Lempereur, marchand; Colombel, magasinier; Maugras, médecin; Ragot, lieutenant particulier au bailliage; Mallarmé, assesseur; Demor)', rentier; Willemin, avocat et échevin au siège municipal (3).
Suivant la décision du lieutenant général du bailliage Breton, l'Assemblée préliminaire devait se réunir le 11 mars 1789, à 8 heures du matin. « Cette séance sera ouverte, écrit Breton à ses supérieurs à Versailles, par une messe solennelle du Saint-Esprit qui sera chantée par ces messieurs; je me propose ensuite de faire un discours d'une demie heure dans lequel je m'attacherai principalement à inspirer cette union, ce zèle si nécessaire pour parvenir aux vues bienfaisantes et si paternelles de Sa Majesté dans la convocation de tous les ordres de son royaume » (4). Nous sommes surpris de constater que le procès-verbal de cette première séance ne mentionne ni la messe, ni le discours projeté par le lieutenant général, en absence du duc du Chatelet, bailli d'épée de la ville. Par contre, nous y relevons les opérations suivantes : l'appel général des députés ou membres des trois ordres, le serment de ceux-ci et l'ordre donné par Breton en ce qui concerne la nomination des députés des deux ordres privilégiés et la rédaction des cahiers de doléances (s).
Après cette première séance générale, les trois ordres se réunirent le même jour dans trois salles différentes, pour procéder à l'élection des
(i) L'Hôtel de Ville de Pont-à-Mousson comprenait les magistrats suivants en 1789 : Trouard de Riolles, maire royal et chef d'e police; Viard, lieutenant de maire et d'e police; Caresme, Willemin, Lacretelle et Radot, échevins ; Salle, échevin-trésorier; Brabant, conseiller-échevin honoraire ; Maire, procureur du roi ; Caresme, secrétairegreffier. (Almanach de Lorraine et Barrais, p. 119.)
(2) Le procès-verbal de la réunion énumère des 6 corporations et les 34 communautés suivantes : corporations des avocats, des procureurs, des chirurgiens, des apothicaires, des négociants et marchands, des huissiers; communautés des arts et métiers : les marchands épici'ers, les armuriers, les bonnetiers et fileurs de laine, les bouchers, les boulangers, les bourreliers, les charcutiers, les chamoiseurs et tanneurs, les chapeliers, les charpentiers, les chaudronniers, les cloutiers, les cordiers, les cordonniers, les tailleurs les couvreurs, Jes distilleurs, les fripiers, les charrons, les menuisiers, les orfèvres, l'es pâtissiers, les perruquiers, les potiers de terre, les serruriers, les taillandiers, les tapissiers, les tonneliers, les tourneurs, les vanniers, les tisserands, les huiliers, les savetiers et les merciers. (Délibérations du Conseil municipal, 1786-1790. Bibliothèque MUNICIPALE DE PoNT-A-MoussoN. Archives.)
(3) BiBL. MUNICIPALE DE PoNT-A-MoussoN. Délibérations du Conseil municipal, 1786-1790, f° 68 V., 69 V. Archives.
(4) Archives nationales, série B' 19. Bailliage de Pont-à-Mousson.
(5) Recueil Florange, à Pont-à-Mousson, n° 5.
commissaires pour la rédaction des cahiers de doléances. Le procès-verbal , de la réunion du Clergé nous apprend les noms et qualités des douze commissaires chargés de la rédaction de son cahier : Jacques Ruell, prieur et principal du collège; Antoine Breton, prévôt de la collégiale de Sainte-Croix de Pont-à-Mousson (O; Berthemot, curé de Rosièresen-Haye; François Marchand, curé d'Arry ; Antoine Noblot, curé de Prény; Jean-Baptiste Crabouillet, curé de Sainte-Croix de Pont-à-Mousson; Gillôt, prieur de Sainte-Marie; Charles Miclion, curé de Gezoncourt; Louis Lambert, curé de Villers-en-Haye ; Antoine, curé d'Arnaville ; Bouilly, curé de Vittonville, et Gehin, curé de Grosrouvres (2). Ces honorables ecclésiastiques se mirent immédiatement au travail et leur cahier. prêt le 18 mars, lu et discuté dans une séance spéciale, fut passé pour impression au typographe local, Martin Thiéry, afin que les « peuples vissent sur quoi portent les demandes et pétitions de leurs pasteurs » (3). A cette même séance du 18 mars, les quatre-vingt-six membres de l'ordre du Clergé avaient désigné les deux députés suivants : Jacques Ruell, prieur et principal du collège, et Berthemot, curé de Rosières-en-Haye, puis Marchand, curé d'Arry, député suppléant, tous trois porteurs de leur cahier et chargés de les représenter à la réunion de Bar.
Le procès-verbal de la réunion du 11 mars des membres de la Noblesse nous apprend l'élection de six commissaires et d'un président pour la rédaction de leur cahier. Les voix portèrent sur le choix des personnages suivants : Charles-Alexandre-Hubert de Charvet, premier avocat au Parlement de Nancy et seigneur de Blénod et de Jezainville ; Georges- François-Gabriel, baron de Manonville, seigneur de Manonville et de Domèvre ; Roch-Hyacinthe, vicomte Duhautoy, chevalier de Saint-Louis et maréchal des camps et armées du roi ; Guillaume, professeur en droit et seigneur de Villers-en-Haye ; Le Lorrain fils, conseiller du bailliage ; de l'Aubrussel, chevalier, président au Parlement de Metz et seigneur de Montrichard (4). Ces personnages de marque, réunis sous la présidence du marquis de Clermont-Tonnerre, mirent aussi sept jours à rédiger leur cahier de doléances. Le H) mars, celui-ci enfin prêt, fut lu. approuvé et signé par les membres de la Noblesse ; cette même séance fut encore employée à l'élection des deux députés de l'ordre : le 7ncomte Duhautoy et le chevalier de Charvet; le conseiller du bailliage. Le Lorrain fils, fut élu député suppléant (s).
A l'assemblée du Tiers-Etat du 11 mars, on procéda à l'élection de quatre bureaux, composé chacun d'un président et de quatre membres. Ces bureaux, présidés par Viard, Maugras, Villemin et Mallarmé, députés de la ville de Pont-à-Mousson. travaillèrent à la fusion en un seul des soixante cahiers du bailliage (6). Ce long travail fut terminé pour le 18 mars. A la réunion de ce jour, le cahier fut lu, discuté puis adopté;
(i) Docteur en théologie, prévôt, âgé de 36 ans, Amtoine Br'eton était (Us de Louis-René Breton, lieutenant général du bailliage de Pont-à-Mousson. (Ftei,. Aa Collégiale Sainte-Croi'x de Pont-à-Mousson, p. 68.)
(2)' Recueil Florangc, à Pont-à-Monsson, n" 7.
(3) Ibid., n° 19.
(4) Ibid., n° 6.
(s) Ibid., n° 13.
(6) Ibid., n° 4.
on passa ensuite à l'élection de quatre députés pour représenter le Tiers à Bar « en exécution du règlement particulier de cette province » ; l'assemblée, composée de cent vingt-cinq députés, désigna Louis-René Viard, avocat au Parlement ; François Empereur, mercier-quincaillier ; Pierre Colombel, magasinier; François-René- Auguste Mallarmé, conseiller du roi et assesseur civil et criminel au bailliage de Pont-à-Mousson ; le docteur Maugras fut élu député suppléant (0.
L'élection de Mallarmé était due en partie à l'extrême amabilité qu'il déploya en faveur des députés communaux (2).
La lettre de l'un d'eux — le député de Corny — en fait foi : « Ah ! Monsieur, écrivait-il, quel logement avons-nous trouvé en arrivant! Celui de M. de Mallarmé, conseiller du roi, qui, nous prenant par la main, nous a conduit lui-même dans son hôtel, là nous a donné une belle chambre, bon feu, bon. lit et bonne table, bon vin et du dessert, et tout ce qui peut suffire à la vie et, par dessus tout, une affabilité peu connue dans ce siècle, car Madame son épouse et son honorable famille nous ont fait des accueils bien au-dessus de nos mérites! » (3). Cette élection de Mallarmé fut une véritable illégalité. Le lieutenant général du bailliage Breton, soutenu par les officiers municipaux et contrairement à l'esprit du règlement, décida que pour l'élection des députés de la ville de Pontà-Mousson on devait procéder par « réduction » (l'article XXYIII ordonnait pourtant une élection « libre ») et voter « en dedans », c'est-à-dire que les délégués du Tiers étaient obligés de choisir parmi eux les huit députés de la ville de Pont-à-^Mousson (4), qui devinrent en fait seuls candidats à l'élection .des quatre députés du bailliage. C'est ce qui arriva d'ailleurs! Or, le règlement était clair à ce «ujet; pour être élu il n'était pas nécessaire d'être membre de l'assemblée ni même habitant du bailliage, les seules conditions nécessaires pour être éligible étaient la qualité de Français, l'âge de vingt-cinq ans, la domiciliation et l'inscription aux rôles des impositions. Aussi, un grand nombre de mussipontains, encouragés par l'avocat du roi, Rouyer, élevèrent une vive protestation contre la décision de Breton et portèrent leurs plaintes jusqu'au Roi, comme en témoigne le texte suivant :
« Cejourd'hui dix huit mars mil sept cent quatre-vingt-neuf, cinq heures de relevée,
(i) Recueil Florange, à Pont-à-Mousson, n°" 9 et 9 bis.
(2) Nous avons retrouvé un des billets imprimés et envoyés jiar les délégués intéressés de la ville de Pont-à-Mousson.
« Monsieur,
» Une société patriotique (jjV) désirant donner une preuve de confraternité aux habitants de votre communauté, s'est présentée à l'Hôtel Commun de cette ville, pour offrir des Logements aux Députés de votr'e Paroisse qui doivent se rendre à l'Assemblée générale du 11 courant, convoquée par M. -le Bailli, je m'empresse de vous en prévenir, en vous priant d'adresser mesdits Sieurs vos Députés à MM. les Officiers Municipaux de cette ville, qui leur indiqueront le logement qui leur est préparé.
» J'ai l'honneur d'être resp'ectueusement. Monsieur, votre très humble serviteur.
» Pont-à-Mousson, le 7 mars 1 789. »
Arch. de M.-et-M., série F. Collection Hyver, n° i.
(3) Archives nationales, B* 19.
(4) Ces députés sont : Viard, Empereur, Colombel, Maugras, Ragot, Mallarme, Déniory et Villemin. (Recueil Florange, n" 5.)
» Par devant les notaires et tabellions royaux résidents à Pont-à- Mousson, soussignés, sont comparus les notables bourgeois de la ville de Pont-à-Mousson, aussi soussignés, lesquels ont déclaré tant pour eux que pour tous les autres bourgeois qui sont absents, que cejourd'hui, huit heures du matin, ils se sont rendus dans la grande salle de Messieurs les Chanoines réguliers de ladite Ville, où se tenait l'assemblée particulière des députés de l'ordre du Tiers de cette ville, et des différentes communautés du bailliage, présidés par Monsieur le Lieutenant général, pour l'absence de Monsieur le Bailli d'épée ; il aurait été observé, par un des Messieurs soussignés, au nom de tous, que les bourgeois de cette ville, désiraient être entendus par l'un d'eux, sur des objets qui les intéressaient, à quoi Monsieur le Lieutenant général, en sa qualité, ayant déféré, il a été dit, au nom de tous les bourgeois, que lors de l'assemblée particulière, tenue pardevant Messieurs les officiers de l'Hôtel de Ville, le dix courant, composée des différents députés des corporations de cette ville, il a été décidé par les officiers municipaux, que lesdits députés des coi^porations ne pouvaient faire qu'entre eux, et non en dehors, l'élection des huit députés, pour se rendre à l'assemblée du bailliage de cejourd'hui ; que cette décision, outre qu'elle est contraire à la volonté expresse de l'art. XXVIII qui n'ordonne point de réduction, mais une élection libre, est encore prononcée par des juges incompétents, puisque l'autorité des officiers municipaux est réduite uniquement à l'art. XXVI; que M. le Lieutenant général ayant entendu et écouté attentivement les remontrances et observations dont s'agit, a remis la décision de la demande des comparants à cinq heures de relevée, cinq heures étant prêtes de sonner, les comparants se sont rendus de nouveau dans la salle dont il s'agit, et en présence de l'assemblée toujours présidée par M. le Lieutenant général, la remontrance faite de matinée, ayant été répétée très sommairement, M. le Lieutenant général, pour M. le Bailli a décidé et prononcé qu'en confirmant, en tant que besoin est, la décision rendue par les officiers municipaux, du dix courant, il ordonnait également que dans le moment les différents députés, tant de la ville que de la campagne, feraient leurs élections des députés aux Etats Généraux, par forme de réduction entre eux, sans avoir la liberté de choisir en dehors; qu'en conséquence il enjoignait à tous les bourgeois présents, qui n'étaient point députés, de se retirer. A quoi les comparants déférèrent avec la soumission qu'ils doivent aux décisions de M. le Bailli ou de son lieutenant; ils se sont en effet retirés en une salle voisine de celle où se tenait ladite assemblée, où étant tous, ils auraient aussitôt, et sans désemparer, appelé les notaires instrumentaires des présentes, pour demander acte de leurs comparutions, dires et protestations contre la sentence rendue cejourd'hui, cinq heures de relevée, par M. le Lieutenant général du bailliage de Pont-à-Mousson, pour l'absence de M. le Bailli, se réservant tous de porter aux pieds du Trône leurs justes réclamations contre ledit jugement, et d'inviter M. de Riolle, maire royal de cette ville, actuellement à Paris, qui a toujours donné des marques de son vrai zèle, et de toute son affection pour l'ordre du Tiers, à s'employer près des Ministres, pour faire agréer leurs réclamations, de tout quoi les comparants ont requis acte. Le tout ainsi fait à Pont-à-Mousson les jour, an et heures
avant dits, en une salle de mesdits sieurs chanoines réguliers, et ont lesdils comparants signé à la minute, après lecture faite.
» [Signatures] Rouyer, avocat du roi au bailliage royal de cette ville; Jacquinot, avocat et notaire ; Courier, conseiller au bailliage ; Roger, conseiller au bailliage; Paticier, rentier; Burlereaux, adjoint des marchands; J. Lutz, marchand tanneur chamoiseur; Légaux, cy-devant négociant; Gallot, conseiller au bailliage; Aubry, avocat; Jacquinot, ancien régisseur pour le roi des domaines et messageries; Humbert, négociant; N. Royer, commerçant ; Grégoire, marchand ; Royer marchand ; Conrard, négociant ; Bedin, maître bottier; Jean-Nicolas Vallois, chamoiseur; Pierre Collin, marchand; Laurent, artiste; Vincenot, négociant; François Noël, ferblantier ; J.-Fr. Doublet, négociant ; Mangeot, libraire ; Pierre Borom, apothicaire ; Et. Pierre, md. ; Laharotte, Lt. des perruquiers ; P. Modo, couvreur ; P. Maire, marchand ; Collin, md.
» Et pour notaires, Albert et Cabaret.
» Contrôlé à Pont-à-Mousson par M^ Lambert qui en a perçu le droit.
» Pour copie délivrée par ledit M*^ Cabaret, conformément à l'original qui est joint à ses minutes.
[Signé] Cabaret» (■).
Le lieutenant général du bailliage fut sévèrement blâmé.
« J'ai mis sous les yeux du Roy, lui écrivit Necker, le 2S> mars, la réclamation que les habitants de Pont-à-Mousson vous ont chargé de présenter au conseil ;. Sa Majesté a considéré que l'assemblée de Bar étant fixée au 30 mars, il n'y a aucune possibilité de recommencer les élections faites les 10 et 18 de ce mois, elle improuve les décisions des officiers municipaux et du lieutenant général qui avaient l'exemple de ce qui s'est passé dans les ordres du Clergé et de la Noblesse pour ne pas mettre les entraves à la liberté des suffrages. Cependant le Roi désire que le bon esprit qui parait avoir dirigé la conduite de l'assemblée règne toujours parmi les membres qui doivent avoir droit de se plaindre ou de réclamer contre les décisions arbitraires. Sa Majesté se réserve de pourvoir dans son conseil à ce que les officiers chargés de l'exécution de ses règlements ne se permettent plus à l'avenir de \es interpréter lorsqu'ils n'auront rien d'équivoque » (^). Un autre reproche ne fut pas moins dur. « Je vous ai fait connaître, lui écrit Barentin, le 18 avril, que la décision que vous avez rendue pour l'élection des députés en dedans était absolument contraire à l'esprit du règlement, et elle aurait nécessité la nullité de toutes vos opérations si je n'avois considéré l'inconvénient de les faire recommencer attendu le point 011 elles se trouvaient avancées à l'époque oi^i j'ai été instruit de votre décision... » (3).
L'incident iVlallarmé fut le seul à notre connaissance aux élections des députés du bailliage.
(i) Archives nationales, B* 19.
(2) Ibid., B* 19.
(3) Ibid., B* 19.
Pour le i8 mars donc, l'élection des députés des trois ordres et la rédaction de leurs cahiers étaient une chose faite. Le lendemain, une dernière séance eut lieu réunissant les huit députés, leurs remplaçants éventuels et les officiers du bailliage. Le procès-verbal indique la prestation du serment des députés, la remise des cahiers contenant des pouvoirs et instructions rédigés dans chaque ordre (') et l'ordre donné de se rendre à l'assemblée générale de Bar-le-Duc le 31 mars prochain (2). Des huit députés du bailliage de Pont-à-Mousson, trois furent seulement élus le i**" avril à l'assemblée de réduction de Bar-le-Duc : Roch-Hyacinthe, vicomte Duhaiitoy, pour la Noblesse ; Louis-René Viard, pour le Tiers-Etat, et Charles- Alexandre -Gabriel Charvet de Blénod, député suppléant pour la Noblesse (3). Ces trois hommes, un noble et deux gens de loi, portèrent au loin, à Versailles, les espérances de 27.944 Lorrains.
La conservation des cahiers de doléances
Malgré les nombreuses recherches que nous avons effectuées dans les différentes archives publiques et privées, nous n'avons pu retrouver tous les cahiers. Nous devions avoir, en principe, les soixante cahiers des soixante communes et les trois cahiers généraux des trois ordres du bailliage. En fait, nous n'avons que les quarante-quatre cahiers (plus exactement quarante-sept, trois étant en deux exemplaires), des communes suivantes : Andilly, Arnaville, Arry, Alton (deux exemplaires différents), Avrainville, Bayonville, Delleau, Champey, Chérisey, Clémery, Corny, Domèvre, Gésoncourt, Griscourt, Goin, Jaulny, Jezainville, Lesménils, Maidières, Mamey, Manoncoiirt, Manonville, Martincourt, Minorville, Montauville (deux exemplaires différents), M orville-sur-S cille , Mousson, Norroy, Pagny, Pont-à-Mousson (deux exemplaires différents), Prény, Regniéville, RogéT/ille, Rosières-en-Haye, Serrières, Tremblecourt, Vandelainville, Vandières, Viéville-cn-Haye, Vilcey-sur-Trey, Ville-au-Val, Villers-en-Haye, Villers-sous-Prény et Vittonmlle.
Nous avons également les trois cahiers généraux des trois ordres du bailliage. Malheureusement, les cahiers des seize communes suivantes nous font défaut : Ansauville, Beaumont, Bemécourt, Blénod, Essey-et-Mai-
(i') Les députés du Qergé et de la Noblesse, outr'e les cahiers de doléances de leurs ordres, furent porteurs d'un « Cahier des pouvoirs et instructions... » ; nous avons plusieurs copies de ces deux cahiers. (Rectwil Florangc, à Pont-à-Mousson, n° 14 ; Mavidal et Laurent, Archives parlementaires, t. II, pp. 228-230; Archiz-cs natioiiales, B* 19; Bibliothèque nationale. Le 24 157.') Le Tiers Etat ne fit pas rédiger un cahier spécial, ses représentants ne furent porteurs que du cahier de doléancVs de l'ordre. Nous publions plus loin « Cahiers de doléances » et « Cahiers des pouvoirs et instructions... » dont furent chargés les députés du Qergé et de la Noblesse.
(2) Recueil Florange, à Pont-à-M ourson, n° 11.
(3) Archives nationales, C, § i, 20' et 2.
zerais, Fey-en-Haye, Flirey, Grosrouvres, Hamonville, Limey, Lironville, Mandres-aux-Quatre-Tours, Noviant, Remenauville, Saint-Baussant, Seicheprey.
Ces cahiers proviennent en grande partie (trente) des Archives de Meurthe-et-Moselle, S'" B, Fonds judiciaire, et de la collection de M. J. Florange (dix-sept et les trois cahiers généraux). De tous les cahiers, deux furent seulement édités : le cahier de doléances du Clergé (à Pont-à-Mousson, chez Martin Thiéry, imprimeur du roi et du collège, 1789), et le cahier de doléances du Tiers-Etat (« à Pont-à-Mousson et se trouve à Paris, chez Gattey, libraire de S. A. S. Madame la duchesse d'Orléans, au Palais Royal, n° 14, 1789»; ce même cahier fut publié par Mavidal et Laurent dans les Archives parlementaires, t. II, p. 230).
Notons finalement que le bailliage de Pont-à-Mousson était entouré en 1789 par les neuf bailliages suivants : bailliages de Metz, de Vie, de Nomeny. de Verdun, de Nancy, de Toul, de Commercy, de Saint-Mihiel et de Thiaucourt. Des neuf bailliages, trois seulement ont leurs cahiers de doléances édités : ceux de Vie (O, de Nancy (2) et de Metz (3).
Contenu des cahiers de doléances
Nous avons la liste des rédacteurs des cahiers généraux; il y eut pour le Clergé : Ruell, principal du collège ; Breton, prévôt de la collégiale de Sainte-Croix; Berthemot, curé de Rosières-en-Haye; Marchand, curé d'Arry ; Noblot, curé de Prény ; Crabouillet, curé de Sainte-Croix de Pont-à-Mousson ; Gillot, prieur de Sainte-Marie ; Michon, curé de Gezoncourt ; Lambert, curé de Villers-en-Haye ; Antoine, curé d'Amaville ; Bouilly, curé de Vittonville, et Gehin, curé de Grosrouvres. A part Ruell, tous ces hommes eurent un rôle assez efifacé et qui consista à approuver les décisions du principal du collège. Ceux qui participèrent à la rédaction du cahier de la Noblesse furent : Charvet, avocat au Parlement de Nancy; baron de Manonville, vicomte Diihautoy; professeur Guillaume; Le Lorrain fils, conseiller du bailliage; de l'Anbrussel, président au Parlement de Metz, et le marquis de Clermont-Tonnerre ; presque tous hommes de loi, ces rédacteurs avaient été choisis tant pour leur culture que pour le rôle éminent qu'ils tenaient dans la vie publique. Pour le Tiers-Etat, le cahier fut élaboré par seize députés communaux présidés par quatre mussipontains : Viard, avocat; Maugras, docteur; Villemin, avocat, et Mallarmé, assesseur au bailliage, qui, déjà rédacteurs du cahier de Pont-à-Mousson, eurent beau jeu pour faire triompher leurs
(i) Charles Etienne. Cahiers du Bailliage de Vie.
(2) Je.an Godfrin. Cahiers du. Bailliage de Nancy.
(3) N. DoRVAUX et P. Lespr.\nd. Cahiers des Bailliages de Mets et de Thionville.
idées. Ce furent généralement des paysans, aidés du syndic, du maître d'école ou du curé, qui rédigèrent les cahiers des communes. Nous n'avons pas trouvé traces des brochures qui leur auraient servi de modèles. Ces cahiers, mentionnant surtout des questions d'intérêt local, ont une originalité indiscutable. Si parfois le style ou l'écriture révèlent l'intervention d'un notable instruit, leur accent sincère trahit assez l'intérêt que ces paysans lorrains attachaient à leurs doléances. Le cahier général du Tiers- Etat ne les reproduit malheureusement qu'en partie, car certaines d'entre elles durent paraître assez insignifiantes aux yeux des avocats qui le rédigèrent et qui désiraient plutôt y insérer, pour les voir triompher, leurs conceptions philosophiques ou politiques. Par ailleurs, les considérations exposées et les décisions prises à l'assemblée générale des trois ordres, réunie à Nancy en janvier 1789, devaient influer sur l'exposé de leurs doléances.
Les cahiers se ressentent, en général, d'une rédaction précipitée : huit ou dix jours (deux jours à peine pour Villers-sous-Prény, un jour pour Chérisey) sont insuffisants pour un travail réfléchi et soigné. Leur présentation est différente : parfois dédiés au Roi (« Sire »). ou au Roi et aux Etats Généraux, ils sont le plus souvent sans dédicace. Leur volume, qui n'est pas toujours en rapport avec le nombre de doléances — celles-ci sont généralement numérotées ou classées selon la matière — est plutôt fonction du style abondant ou sobre de l'auteur. L'écriture du cahier manuscrit, quand elle n'est pas illisible, est chargée de fioritures qui la rendent difficile à déchiffrer. Les cahiers communaux, datés des 8, 9 ou 10 mars, et les trois cahiers généraux datés du 18 mars, sont tous signés, soit par les intéressés, soit par les députés, et nous avons pu constater avec surprise l'absence de la croix conventionnelle, signature des illettrés ; un grand progrès avait été réalisé sur ce point depuis le début du xviii* siècle. Les cahiers communaux avaient été rédigés au domicile du syndic ou à celui du maire, voire même à l'église du village ou au château du seigneur.
Examinons maintenant le contenu de ces cahiers, qui formulent des doléances d'ordre politique, judiciaire, financier, économique et religieux, d'intérêt local ou général.
La France, et particulièrement la Lorraine, se trouvaient en 1789 dans une situation désastreuse, et les institutions qui régissaient la vie politique et économique du pays exigeaient en efïet des réformes profondes et immédiates. Dans chaque cahier, aux maux signalés, des remèdes sont proposés ; d'ailleurs les mêmes questions sont remises en discussion dans plusicui-s cahiers, aussi n'analyserons-nous pas chacun de ceux-ci séparément, mais grouperons-nous les diverses réclamations par catégories.
Ainsi, dans le domaine politique, tous les cahiers portent à la connaissance du souverain leurs plaintes respectueuses au sujet du régime et de son administration défectueuse, réclamant une constitution, la réunion quadriennale des Etats Généraux, le rétablissement des Etats provinciaux de Lorraine et du Barrois, auxquels seraient subordonnés les états secondaires d'arrondissement, de district et de municipalité, réclamant encore la responsabilité des ministres devant les Etats Généraux et une plus grande liberté.
Au point de vue judiciaire, les maux n'étaient pas moindres et les cahiers sont unanimes à demander la réforme de la justice avec un code « de lois claires », réclamant un code de droit public franc^ais et un code de législation civile et criminelle, une hiérarchie « graduelle » dans la magistrature, la composition des tribunaux par « tiers des trois ordres », la suppression de la vénalité, l'abréviation des procédures, la diminution des droits de sceau, de contrôle, des parchemins et papiers timbrés, la justice gratuite, la suppression des chambres ardentes et même la suppression des procureurs.
Les doléances relatives aux finances sont également nombreuses et portent sur le poids et la répartition des charges, « charges postérieures et contraires au traité de Vienne, conclu en 1733 pour la cession de la Lorraine à la France, qui stipule la conservation des lois, coutumes et usages, droits et privilèges des trois ordres de l'Etat » (Viéville-en-Haye). On réclame tout d'abord l'économie en haut lieu : « Daignez, Sire, vous souvenir, lit-on dans le cahier du Clergé, que chaque fois que l'importunité vous arrache un brevet de cent pistoles, que c'est le tribut annuel de deux cents malheureux qui le ramassent à la sueur de leur front et aux dépens d'une famille languissante ». Viennent ensuite les doléances sur la répartition « proportionnelle des charges entre les trois ordres » ; la fixation des impôts et des emprunts par les Etats Généraux seuls et pour trois ans ; la publication des comptes annuels ; la stabilité de la valeur des monnaies; l'établissement d'un impôt sur les objets de luxe, sur les cartes (O, sur les équipages et chevaux de parade; la diminution de la subvention et la suppression de la gabelle « déjà réprouvée par le cœur bienfaisant de votre Majesté» (Avrainville) ; la suppression des receveurs généraux des Finances, « cette armée de gardes chèrement soldée », ajoutent plusieurs cahiers (2) ; l'établissement du droit de timbre sur les grâces, concessions et lettres patentes ; la suppression des loteries (3), des offices de jurés-priseurs « vrais fléaux des campagnes » (4) ; la diminution des droits sur la marque des cuirs et des fers ; enfin « une seule imposition proportionnée aux besoins de l'Etat et qu'elle soit supportée par tous les sujets composant les trois ordres » (Bayonville).
(i) L'es lettres patentes de Louis XVL datées du 8 mai 1779, ordonnent déjà la perception de « 8 sols pour livre en sus du droit sur les cartes dans les duchés de Lorraine et Barrois, accordant sur le produit d'esdits 8 sols pour livre, une somme de 6.000 livres à l'Hôpital des enfants trouvés de Nancy ». ^Recueil des Edifs, t. XIV, pp. 237-238.)
(2) L'édit d'octobre 1781 créa 48 offices de receveurs généraux des finances. L'article IX de l'édit précise leur traitement : « Accordons à chacun desdits receveurs généraux pour leur tenir lieu d'e gages l'intérêt de la finance de leur office à raison de 5%^par an, voulons que sur lesdits gages il leur soit fait chaque année la retenue du dixième et de la capitation. » (Recueil des Edits, t. XIV, pp. 562-568.)
(3) Les arrêts des 7 et 13 décembre 1779 du Parlement portaient défense de « tenir et distribuer des billets d'e loteries étrangères ». (Recueil des Edits, t. XIV, P- 323-
C4) Les lettres patentes du 3 janvier 1782 établissent les gages des jurés-priseurs : « Ceux en titre d'office percevront 3 livres pour chaque vacation de trois heures par eux employées, soit à la prisée, soit à la vente des meubl'es ; outre les 4 deniers pour livre du prix des ventes seulement, et leurs frais de voyage, tels qu'ils sont fixés pour les huissiers : 6 sols pour chacun rôle de grosse de leurs procès-verbaux, et autant pour l'enregistrement de chacune des oppositions faites à la délivrance des deniers pro\-'enant des mêmes ventes. » (Recueil des Edits, t. XV, p. 3.)
Les doléances concernant les questions économiques sont plus nombreuses encore que les autres. Pour comprendre la situation de la Lorraine en 1789, relevons à ce sujet dans le cahier de la Noblesse, cet exposé, un peu long mais bien sincère :
«... Les deux duchés ont des droits légitimes à la protection du Gouvernement, que lors du retour du duc Léopold dans ses Etats, ils venaient d'être dévastés par les guerres longues et malheureuses des deux règnes précédents; qu'alors que la province était sans manufactures, son commerce nul, sa population faible et son numéraire extrêmement rare, qu'à l'époque de la réunion des deux duchés à la couronne de France, cette même province n'avait pu encore se relever de ses pertes et qu'elle n'a dû l'état de prospérité qu'elle a acquis depuis qu'aux bienfaits et à la protection d'un Prince dont l'heureuse impuissance de faire la guerre avait tourné toutes les vues vers la gloire à la faire fleurir; que depuis son entière réunion à l'administration générale du Royaume, ses impôts et ses charges se sont considérablement augmentés, que les habitants des campagnes, les cultivateurs et la basse classe du peuple en sont accablés, qu'on a promis solennellement à cette province de conserver ses privilèges sans atteintes et qu'il lui en reste bien peu, qu'elle a au moins partagé la charge et les inconvénients de ia dernière guerre sans en ressentir aucun avantage, que les établissements d'industrie et de commerce sont en très petit nombre et que la ligne de séparation qui existe entre elle et la France son royaume, lui ôte tous moyens de participer à ses ressources. »
Les cahiers du Tiers-Etat insistent particulièrement sur les droits seigneuriaux, charges ou abus qui écrasaient les paysans : cultures, forêts, chasse, corvée, clôtures, colombiers, mines, industrie et commerce y sont étudiés tour à tour et des améliorations sont proposées. En ce qui concerne les DROITS FÉODAUX OU la CLTLTURE, on réclamait : la suppression des banalités des moulins et pressoirs ('), du droit de parcours (2)^ des pépinières publiques, des commissions de distillateurs d'eau-de-vie (3), la réglementation de la plantation des vignes (■+), la diminution du prix
(i) L'arrêt du Parlement, daté du 2.^ décembre 1779, porte règlement pour les moulins banaux « à cause du mauvais état des moulins et les malversions des meuniers ». {Recueil des Edits, t. XIV, pp. 328-331.) L'arrêt de la Chambre des Comptes de Lorraine, daté du 21 janvier 1780, porte règlement pour les moulins domaniaux. {Recueil des Edits, t. XIV, pp. 337-342.) La mouture variait entre la seixième partie (communes) et la vingt-quatrième partie (Pont-à- Mousson') . La banalité du pressoir était fixée à la septième partie.
(2) Le droit de parcours était un droit réciproque de deux ou plusieurs communautés voisines, concernant la pâture de leur bétail sur leur territoire respectif. L'arrêt du Parlement de Nancy, daté du 30 avril 1779, défend à tous propriétaires « qui auront des chèvres et boucs dans les troupeaux de les mener pâturer dans les vignes, bols, jardins, prairies et Vergers ». {Recueil des Edits, t. XIV, pp. 217-219.) Les lettres patentes du 9 mai 1 783 interdisent « le vain pâturage dans toutes les coupes de nettoiement faites dans les forêts ». {Recueil des Edits, t. XV, p. 293.)
(3) La Déclaration du 13 août 1782 nous apprend qu'il y avait en Lorraine 700 distillateurs et 2 inspedteurs pour la fabrication des eaux-de-vie. {Recueii des Edits, it. XV, p. 112.')
(4) L'arrêt du Parlement du 21 juin 1781 remet en vigueur la Déclaration du 24 avril 1730, qui défend de convertir les terres arables en vignes et de planter des « gamets » ou de la « grosse race », et n'admet que la meill'eure espèce « vulgairement appelée pineaux ». {Recueil des Edits, t. XIV, pp. 530-534.)
du blé (0, du sel (^), du tabac (3), l'abolition des clos champêtres nuisibles au parcours des troupeaux pour la vaine pâture (4), l'affermissement des domaines royaux « à la Province » et non aux particuliers (s), la suppression des jours de préférence de moisson, de fenaison et de vendange des seigneurs, l'abolition du droit de revetûre des seigneurs (^\ la distribution des primes d'encouragement à l'agriculture, le rétablissement des magasins d'abondance, la suppression des haras, la liberté de culture du tabac, « comme du temps de nos princes » (Villers-en-Haye), la suppression du droit d'assise et du tiers denier (7). En ce qui concerne les FORÊTS, on y proposait : l'interdiction du défrichement (8), l'augmentation des gages des gardes de forêts, l'attribution du droit de distribution des affouages annuels des communautés aux ofificiers des justices seigneuriales, l'interdiction de pâturer dans 'les bois et la diminution du prix du bois (9).
Les cahiers du Tiers-Etat réclamaient encore le transfert du droit de CHASSE (10), qui serait exclusivement réservé à l'Etat au détriment des seigneurs, et l'extension de ce droit, étant donnée l'abondance du gibier « qui depuis quelques années ravage les campagnes » (Morville-sur- Seille) ; la réparation des routes et leur entretien par les trois ordres ; la suppression des colombiers et la claustration des pigeons six semaines avant la moisson ; la suppression des mines de sel, « qui consomment trop de bois», au profit des salines maritimes; la suppression de I'in- DUSTRiE dans les villages, la réduction du nombres des « usines à feu » (forges et verreries...); la distribution des primes d'encouragement pour l'établissement de manufactures; la construction de moulins à chevaux; l'établissement d'ateliers et manufactures pour les enfants de familles nombreuses ('O; la modération des droits d'entrée dans le royaume, des
(i) Le prix du blé variait entre 8 et 12 livres le quintal.
(2) La livre de sel coûtait 6 sols 3 deniers.
(3) Les prix du tabac étaient : 3 livres 12 sols la livre ou 5 sols l'once (30 gr. i).
(4) L'édit de mars 1767, confirmant les anciennes ordonnances du lo juillet 1603 et du 13 juill'et 171 9, autorisait tout propriétaire d'enclore ses prairies et d'y faire des regains.
(s') L'es domaines de Lorraine et Barrois furent mis à bail pour trente ans (du i*' janvier 1775 au 31 décembre 1804), par l'arrêt du Conseil d'Etat du 27 juillet 1773; le preneur, Nicolas Saufiferet, devait payer 780.000 livres pour chacune des trente années. (Recueil des Edits, t. XIH, pp. 109-129.) Des Jettres patentes du 25 septembre 1774 cassent le bail et un nouvel arrêt du Conseil d'Etat, daté du 11 octobre 1774, l'attribue à Jean-François Martin pour neuf années, moyennant la somme de 830.000 livres. (Recueil des Edits, t. XIH, pp. 300-310.)
(6) Le droit de revêture : droit payé par chaque héritier (2 sols) pour être mis en possession d'un héritage, ou par chaque personne qui acquiert un bien sur le territoire seigneurial.
(7) Le droit d'assise e^t ie tiers denier sont perçus par le seigneur; le premier en nature (par exemple 3 bichets de blé et 4 d'avoine et 4 poul'es à Clémery, le second provenait du prix des ventes exitraordinaires des bois et pâturages des communautés.
(8) Les lettres patentes de mai 1773 réglementent les défrichements dans les duchés de Lorraine et de Bar. (Recueil des Edits, t. XIII, pp. 66-70.)
(9) Les cultivateurs devaient payer 3 livres 10 sols par arpent pour Je bois, livré par la maîtrise des eaux et forêts.
(10) L'arrêt d'e la Chambre, du 29 juillet 1782, défend « de chasser depuis le 15 mars jusqu'au 15 août et de pêcher depuis le i*"" novembre jusqu'au i*"" mars dans les ruisseaux ou rivières où .la truite abonde, pendant les mois d'avril et de mai dans les autres ». (Recueil des Edits, t. XV, p. 90.)
(11) Une manufacture fut créée à Pont-à-Mousson, en 1786, où furent recueillis 80 enfants, pour apprendre à filer et à tisser la laine et le coton. (Lepage. Les Communes de la Meurthe, t. II, p. 349.)
minerais de plomb pour le vernissage des poteries. Enfin, au point de vue commercial on conseillait l'établissement d'un tarif uniforme dans le royaume après la décision des « états de la province » au sujet du reculement des barrières, la suppression des bureaux chargés de la perception des droits de foraine et de transit, la suppression de l'impôt sur les vins de Lorraine transportés en pays messein ('), l'unification des poids. aunes et mesures, « au moins dans chaque province » (2), et la libre circulation des grains, eaux-de-vie, bois et draps
Quand aux doléances concernant l'administration, elles portaient sur la suppression des officiers municipaux peu capables ou ignorants, et leur remplacement par des citoyens choisis dans les trois ordres des villes, élus pour trois ans, et qui formeraient les « Etats municipaux » ; elles portaient encore sur l'établissement des polices et des prisons dans les villages, et sur l'octroi de plus d'autorité aux assemblées municipales et aux maires.
Les doléances touchant aux questions militaires ne sont pas moins nombreuses et suggéraient la création d'un code militaire, la résidence fixe et obligatoire des gradés, l'exemption de la milice pour les fils de
(i) Plusieurs communes protestent contre cet impôt de 3 livres par muid de 4 à 5 hottes, perçus sur les vins de Lorraine au profit de la ville de Metz. (Arrêt du Conseil royal du 17 août 1779. Recueil des Edits, t. XIV, pp. 287-294.)
(2) Les .principales mesures en usaj^e au haiMiaf^e de Pont-à-Mousson furent les suivantes :
MESURES LINEAIRES Toises et aunes
Toise de Lorraine 2 m. 859
Toise de Bar
Hâtiments j m. 842
Terres 2 m. 944
Toise d'Evêché 2 m. 707
Toise de Metz 2 m. 977
Toise de Toul 2 m. 910
Tois'e de Verdun 2 m. 653
Toise de France i m. 949
Aune de Bar o m. 649
Aune de Lorraine o m. 639
Aune de Metz o m. 677
Aune de Paris 1 m. 188
MESURES DE CAPACITE Bois de chauffage Corde de Lorraine
Commerce 2 stères 902
Salines 3 stèr'es 365
Affouages 4 stères 487
Corde de Metz 4 stères 387
Corde de Bar 2 stères 206
Liquides
Demi-pinte ou choi)ine o 1. 61
Pinte 1 1. 22
Mesure (18 pots) 44 ,1. 07
Pot 2 1. 32
Pièce (84 pots) 104 1. 79
Hotte de Pont-à-Mousson .... 39 1. 1 7
Hotfe de Metz 42 1.
Pot de Verdun 2 1. 48
(De Riocour, Les Monnaies lorraines. Tables des anciennes mesures de Lorraine. Mém. Soc. d'Arch. Lor., 1884, pp. 36-43.)
Grains
Lorraine
Pinte I 1. 22
Quarte (2 pintes) 2 1. 44
Bichet (12 quartes) 29 1. 30
Resal (4 bichets) 1 17 1. 25
Barrois
Pinte I 1. 07
Bichet (i6 pintes) 17 1. 09
Muids {t,2 bichets) 546 1. 90
Blé (Pont-à-Mousson)
Quarte (4 bichets) : 86 1. 64; 132 livres.
Avoine (Pont-à-Mousson)
Quarte (4 bichets) : 205 1. 20.