‹ Cahiers de doléances des bailliages des généralités de Metz et de Nancy pour les États généraux de 1789Chapitre 125 sur 204 · Cf. Cahier de Lanl'roicourt, p · texte numérisé non relu

Cf. Cahier de Lanl'roicourt, p

BAILLIAGE DE NANCY

ceux-ci contribuent en aucune façon aux charges? Nous ne doutons pas que la réclamation ne soit générale et nous espérons qu’il y aura un remède au mal. Il est trop dur en effet qu’un seigneur tire tout gratuitement le tiers du produit dans une vente de bois, tandis que la communauté, pour une église ou un presbitaire, ses puits et fontaines, ou autres besoins considérables, est obligée encore à emprunter des surplus pour les rembourser par des années de privation, de contribution et de souffrances. De la façon, le seigneur seul profite des biens communaux et s’engraisse des charges loin d’en porter une partie. C’est aussi assurément acheter trop cher l’usage de son patrimoine et de sa resource que de donner le tier d’un terrain, quand on veut le cultiver et avoir chacun une modique portion. Le poids est accablant; il faudroit que ces messieurs fussent réduits à une double portion, ou au moins obligé à contribuer au prorata dans les obligations.

10° Un abus odieux et décourageant pour les gens de campagnes, c’est que les seigneurs, en se réservant les amendes de leurs admodiateurs, éludent les loix qui les adjugent aux fabriques et par cette voye, qui le plus souvent n’est qu’une feinte, ou du moins une affaire de facile transaction, ils authorisent leurs représentai à frustrer beaucoup, par un bétail immense, comme ils l’ont d’ordinaire, les autres laboureurs et particuliers, accablés de charges royales et seigneuriales.

11° Nous sommes forcés de nous plaindre comme tous nos semblables de la multitude des colombiers ou du moins de l’inobservation des règles; ce préjudice est inapréciable. Sans parler de ce que les pigeons mangent à la maturité des denrées, il faut en semant compter sur leur part; mais souvent, pour ne pas y compter assez, on ne sçait combien l’on perd. Comme de nouvelles loix ne seroient vraisemblablement pas mieux observées que les règles actuelles et que des sujets ne peuvent guères les faire observer à leurs maîtres, le bien public exigeroit que ces voliers soient supprimés ou au moins réduits à un très petit nombre.

12° Il y a un deîfaut très préjudiciable d’uniformité dans la spécification des objets décimables et dans le taux auquel la dixme s’en perçoit. C’est pour les communautés une source journalière d’injustices actives ou passives, de procès et de ruines. Il seroit à souhaiter qu’une règle générale déterminât

CAHIER ü’aRMAUCOURT

avec modération ce qui doit dîmer et à quelle mesure il le doit. Nous osons ajouter, avec modération (x), pafce qu’elle n’est qu’un juste égard, d’un côté, aux accroissements des charges territoriales, à la chèreté des semences, à la dureté par conséquent de la servitude, de l’autre côté, à l’augmentation prodigieuse du bénéfice qu’a procuré jusqu’ici et procurera encore l’enchérissement progressif des denrées. Nous espérons que tant de légumes qui forment de si grandes inégalités et difficultés, comme surtout la pomme de terre en Lorraine, seront soustraits à la dixme ou qu’on en exemptera la saison des versennes.

13° Nous souhaitons le plus ardament le rétablissement des États provinciaux dans notre patrie et c’est sur ce point que nous donnons avec un double empressement nos pouvoirs à Messieurs les grands députés.

14° Comme le bien ne sera probablement pas opéré en entier à ces États Généraux qui se préparent, nous nous joignons à tous ceux qui demandent une tenue périodique de cette assemblée ou du moins un retour dans quelques années d’ici.

15° Les sages députés et d’autres personnes plus éclairées que nous aviseront mieux aussi sur les grands et politiques objets. Cependant, pour dire notie avis, ainsi qu’on nous le demande, nous croyons que pour guérir et prévenir le mauvais état des finances, il faudroit diminuer les pensions fortes et multipliées et faire tenir lieu de quelque choses à l’honneur d’être utile à la patrie; d’employer au besoin de l’État une partie de tant de riches abayes données jusqu’ici à des commandataires peu utiles peut être; faire contribuer avec nous et les généreux ecclésiastiques, nobles et privilégiés, qui veulent partager nos maux, ceux encore qui continuent à vouloir se dispenser de leurs devoirs et nous mettre à même, en supprimant tant d’entraves ruineuses et surtout en rétablissant nos états provinciaux, de donner de bon cœur et avec honneur au besoin de la patrie ce que nous donnons malgré nous aux entreprises lucratives de financiers et aux extorsions de leurs suppôts, plus ruineux encore qu’eux-mêmes. Sa Majesté a annoncé à ses peuples la volonté décidée à abréger et simplifier les procédures; nous recevrons ce bienfait

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